L’américaine, originaire de l’Arkansas, née à Little Rock, FLORENCE PRICE (1887-1953) est le sujet d’une juste résurrection au concert et au disque. La compositrice atteint sa maturité musicale à Chicago dans les années 1930 – décennie durant laquelle ses fameux débuts avec l’orchestre de la ville ont marqué les esprits, ayant créé entre autres les concertos impressionnants ici abordés. Le Concerto pour piano, daté de 1934 (enchaîné en un seul mouvement), déploie ses plus belles mélodies (son irrésistible juba dance, fusionnée au ragtime dans l’Andantino final), serties d’un sens de la virtuosité et du brio, idéalement romantique.
Tout en complicité avec l’Orchestre suédois et son chef américain John Jeter, la violoniste française Fanny Clamagirand réalise l’un de ses albums les plus réussis, dans cette équation rare de l’élégance et de l’expressivité, du naturel et de la caractérisation particulièrement détaillée.
Le Concerto pour violon n°1 (1939) semble n’avoir jamais été joué du vivant de la compositrice ; il est pourtant le plus vaste, gratifié d’une riche orchestration qui se souvient des génies du romantisme tardif d’Europe centrale. Le Concerto pour violon n°2 plus tardif (1952), est une œuvre beaucoup plus dense et compacte, structurée en un seul mouvement expressif. « Dances in the Canebrakes », à l’origine pour piano, évoque la culture afro-américaine du XIXe siècle, réalisé dans l’orchestration de William Grant Still.
L’intégrale en cours des œuvres orchestrales de Price, symphoniques et concertantes, confirme ainsi de réelles affinités entre le chef John Jeter et la compositrice américaine que le québécois Yannick Nézet Séguin honore simultanément chez DG. John Jeter réalise ainsi son déjà 4è volume des œuvres de Florence Price, avec argument indiscutable le violon brillant et profond de Fanny Clamagirand, partenaire de luxe qui chante et cisèle l’art de Price avec élégance et une justesse émotionnelle indicutable. Très expressive et d’un naturel qui soigne les respirations comme les nuances, Fanny Clamagirand exprime la vivacité néoclassique, l’ardeur noble du premier mouvement du Concerto pour violon n°1 (tempo moderato) ; s’alanguit dans une rêverie souple et poétique dans l’Andante, cependant que l’Allegro final berce et captive tout autant par le souci du détail et le chant quasi parlando d’une séquence très caractérisée, qui de fait chante sans ralentir, avec une acuité habitée, brillante, jamais factice.
A la fois plus franc et d’une humeur rhapsodique, le 2è Concerto d’un seul tenant, affirme la maturité de l’écriture de Florence Price, plus concise et plus intense, mais non moins lyrique voire enivrée. Le violon de Fanny Clamagirand sait nuancer avec un naturel quasi improvisé ; la balance avec l’orchestre contribue au sentiment de plénitude dialoguée entre soliste et orchestre ; jeu facétieux, langueur suspendue, vivacité contrastée, les interprètes expriment dans une fluidité continue, la grande diversité des épisodes enchaînés. Ce 2è Concerto, d’une justesse expressive absolue, dans un juste équilibre entre brio percutant et insondable tendresse, devrait être joué dans toutes les salles de concert.
Même intelligence à la fois structurelle et expressive dans le Concerto pour piano dont la radicalité fusionne avec une étonnante tendresse et séduction de chaque séquence ; la compositrice ayant à sa disposition le fabuleux Orchestre symphonique de Chicago (entre autres pour la création de sa Symphonie n°1 l’année précédant la composition de son Concerto, soit en 1933) ; elle excelle dans les choix de l’orchestration ; joue et réussit dans le style post romantique avec un art consommé des contrastes, soignant les pauses extatiques et rêveuse (raffinement harmonique de l’Adagio, avec la complicité du violoncelle entre autres). La saveur facétieuse, idéalement dansante de l’Andantino est un autre temps fort de la partition, flamboyante célébration du rythme.
Jubilation rythmique, feu chorégraphique, raffinement de l’orchestration marquent tout autant la suite en 3 mouvements « Dances in the Canebrakes », belle révélation là aussi dont le mérite revient au chef qui sait détailler et aussi exprimer le souffle, l’énergie, l‘irrésistible tendresse surtout, de l’art rayonnant de Florence Price. Sa vivacité, ses élans poétiques ne sont pas sans rappeler l’invention de son cadet Kurt Weil, actif à la même période. C’est dire. Incontournable.
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CRITIQUE CD, événement. FLORENCE PRICE (1887-1953): Concertos pour violon n°1 et 2 /
Concerto pour piano / Dances in the Canebrakes (Fanny Clamagirand, violon – Han Chen, piano / Malmö Opera Orchestra / John Jeter, direction – enregistré en mars 2024 à Malmö (Suède) – 1 cd Naxos – CLIC de CLASSIQUENEWS été 2025
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