Dans l’intimité vibrante de l’Eglise romane de Goult, bijou architectural du Luberon doté d’une acoustique cristalline, le Quatuor Arod a offert une soirée d’exception pour le deuxième concert du jubilé d’or du Festival International de Quatuors à cordes du Luberon puisqu’il fête cette année… son 50ème anniversaire ! Devant quelques 90 spectateurs (jauge de l’église… quasi pleine et conquise d’avance !…), les archets des jeunes Jordan Victoria, Alexandre Vu, Tanguy Parisot et Jérémy Garbarg ont tissé un voyage musical de Ludwig van Beethoven à Felix Mendelssohn, en passant par l’univers fulgurant de György Kurtág — un programme audacieux porté par une belle alchimie.
Ouverture beethovénienne : Jeunesse et audace
L’opus 18 n°1 en fa majeur de Beethoven a servi d’écrin idéal à l’énergie communicative du quatuor. Dès l’Allegro con brio, la précision rythmique et la chaleur des timbres ont captivé, tandis que l’Adagio (dédié à Roméo et Juliette) a révélé une profondeur émotionnelle saisissante. Les dialogues entre les pupitres, fluides et organiques, ont rappelé pourquoi ce jeune ensemble est déjà une référence.
Kurtág : Hommage au maître, pont entre les époques
Le cœur du programme a battu au rythme des Douze Microludes op. 13 de György Kurtág. Dans un geste symbolique souligné par la directrice artistique (Mme Hélène Salmona), dans ses toujours très didactiques propos d’avant-concert, pour cette édition intitulée « De 50 ans en 50 ans…« , l’œuvre créée en 1975 liait le passé au présent. L’anecdote partagée en prélude par le violoncelliste a ému : le Quatuor Arod rencontra Kurtág il y a trois ans, alors âgé de 96 ans, pour recevoir son enseignement direct. Cette filiation transpirait dans leur interprétation : chaque microcosme sonore, des grincements inquiétants aux murmures célestes, était habité d’une intention frissonnante. La tension, l’humour noir et la poésie ont fusionné dans un équilibre vertigineux — un hommage bouleversant au génie hongrois bientôt centenaire !…
Mendelssohn : L’éclat romantique couronné de soleil
La seconde partie a enveloppé la nef avec le Quatuor en mi bémol majeur op. 44 n°3 de Félix Mendelssohn. Le quatuor a déployé une vitalité électrique dans le Scherzo, alliant légèreté féerique et rigueur classique. L’Adagio a chanté comme une romance nocturne, portée par le vibrato sensuel de Tanguy Parisot à l’alto, avant un Finale étincelant où la complicité des musiciens a explosé en volutes joyeuses.
Un bis poétique et un public conquis
Sous les ovations, le quatuor a offert un bis aussi symbolique qu’envoûtant : le mouvement lent du fameux « Lever de soleil« … ouvrage joué la veille par le Quatuor Javus ! Ce clin d’œil fraternel entre générations d’artistes a clos la soirée dans une douceur vibrante, comme un hommage à la continuité du festival… auquel on souhaite longue vie !
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CRITIQUE, festival. ROUSSILLON, 50ème Festival International de Quatuors du Luberon (Eglise de Goult, le 17 août 2025. BEETHOVEN / KURTAG / MENDELSSOHN. Quatuor AROD (Jordan Victoria, Alexandre Vu, Tanguy Parisot et Jérémy Garbarg). Crédit photographique (c) Emmanuel Andrieu
Le festival se poursuit jusqu’au 31 août… Pour toutes les informations pratiques et les réservations : https://quatuors-luberon.org





