Le programme porté par l’ensemble sur instruments anciens Hexaméron révèle un Weber méconnu, d’une pudeur fervente que les interprètes attisent avec un feu remarquable.
Belle profondeur grave du Trio dès son allegro initial, qui laisse suspendu un climat à la fois agité et tendre, passant d’un timbre à l’autre, flûte, violoncelle, forte piano ; l’hypersensibilité d’un Weber amoureux et nostalgique, enivré et presque insouciant se déploie dans le jeu dialogué des 3 instrumentistes… Il s’agit bien des visions et humeurs, sensations et souvenirs d’un voyageur intérieur ;
… le titre générique de l’album informant surtout d’un imaginaire webérien, constamment tenté par l’ailleurs et l’évasion – sa propension à en vivre les vertiges, en particulièrement psychiquement. L’engagement et la vivacité des musiciens expriment les frémissements, élans, manifestations multiples de cette intimité mobile, où le jaillissement solaire n’écarte jamais l’ombre ni le doute. Le mordant du Scherzo, l’esprit rêveur (flûte puis clavier) de l’Andante, l’exaltation chaloupée du Finale… éclairent une expressivité volubile qui approche le spleen ou sensucht d’un Schubert, ses désirs, frustrations, son ardeur fervente capable de surenchères plus rustiques …
Ce double jeu, – acuité vive et expressive (parfois dans l’esprit de la taverne, des airs à boire), et langueur diaphane et plus suspendue, fait les délices de la Sonate violon / piano de 1810. Ce avec d’autant plus d’éclat que les interprètes ne manquent pas d’agilité contrastée.
Les mélodies sélectionnées grâce à la verve toute en nuances des deux solistes, expriment enchantement ou là aussi ferveur affûtée de cœurs hypersensibles, et dans une intensité narrative, très articulée et dramatique (lied « Klage » défendu par Coline Dutilleul, incisive et juste qu’accompagne avec acuité Luca Montebugnoli). Sans omettre un climat de pudeur vive (« Abschied von Leben » par l’excellent baryton David Witczak, traversé par le sentiment de l’adieu).
L’acuité dramatique se conjugue à la maîtrise de la transcription, dans les 3 airs arrangés pour voix, piano, flûte et violoncelle, extraits d’Obéron (dernier opéra de Weber créé en 1826) : le duo en particulier brille d’astuce, de fraîcheur, de finesse… mozartienne. Quand la cavatina finale de « Rezia », déploie un feu plus grave, dévoilant une couleur sombre et fantastique, proche du Freischütz (très convaincante Coline Dutilleul).
Le passage avec les 4 séquence du Konzertstück opus 79 de 1821 est très réussi : immergeant l’auditeur dans un climat de gravité suspendue que le jeu des 4 instrumentistes d’Hexaméron fait scintiller entre virtuosité éperdue (bellinienne et chopinienne au clavier) et gravité radicale. Tel embrasement expressif (feu de l’Allegro passionato ; vivacité parodique et facétieuse de la Marcia) se révèle être la marque générale du programme, soulignant la verve incandescente de Weber, sa vitalité intime, trépidante d’une impérieuse résolution (dernier mouvement « Più mosso. Presto assai », où semble s’embraser littéralement le clavier de Luca Montebugnoli, comme inspiré par tous les concertos romantiques). Revient au mérite des quatre complices d’en transmettre toute la saveur et dans un arrangement de leur propre conception. Le disque est une exceptionnelle célébration de la sensibilité romantique germanique, celle d’un Weber à la fois shakespearien et mozartien.
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CRITIQUE, CD événement. WEBER – Eine Welt in meinem Innern / Tout un monde en moi-même, Ensemble Hexaméron, Luca Montebugnoli (1 cd Paraty)
LIRE aussi notre présentation du CD événement. WEBER – Eine Welt in meinem Innern / Tout un monde en moi-même, Ensemble Hexaméron, Luca Montebugnoli : https://www.classiquenews.com/cd-evenement-annonce-weber-eine-welt-in-meinem-innern-tout-un-monde-en-moi-meme-ensemble-hexameron-luca-montebugnoli-1-cd-paraty/
Un Weber chambriste qui capte les émotions les plus intimes de l’âme humaine… L’ensemble
Hexaméron à l’occasion des 200 ans de la mort du compositeur romantique, dévoile la part méconnue de l’auteur du Freischütz : un auteur inspiré par la poésie intérieure qui redéfinit un nouveau cadre musical et suscite une autre écoute, celle des salons dans une proximité revivifiée, d’autant plus expressive ici grâce au choix des instruments et clavier historiques et dans des arrangements inédits, révélateurs.
VISITEZ aussi le site de l’ensemble : https://www.hexameron.fr/
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