mercredi 30 septembre 2026

CRITIQUE, festival. 46ème festival « Montpellier Danse ». CASTELNAU-LE-LEZ, Le Kiasma, le 28 juin 2026. « The Tempest » par Lisbeth GRUWEZ

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Emmanuel Andrieu
Emmanuel Andrieu
Après des études d’histoire de l’art et d’archéologie à l’université de Montpellier, Emmanuel Andrieu a notamment dirigé la boutique Harmonia Mundi dans cette même ville. Aujourd’hui, il collabore avec différents sites internet consacrés à la musique classique, la danse et l’opéra - mais essentiellement avec ClassiqueNews.com dont il est le rédacteur en chef.
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La 46e édition du festival « Montpellier Danse », qui se déroule du 20 juin au 4 juillet 2026, s’annonce comme chaque été un rendez-vous majeur de la danse contemporaine européenne. Sous la nouvelle direction collégiale de Jann Gallois, Dominique Hervieu, Pierre Martinez et Hofesh Shechter, l’événement confirme sa place de carrefour de création unique en Europe, mêlant avec audace les compagnies internationales les plus prestigieuses et les jeunes chorégraphes émergents.

 

Cette année, le festival fait la part belle aux créations et aux premières françaises, avec un tiers de la programmation consacré aux artistes régionaux. Parmi les temps forts de cette édition particulièrement riche, on note la présence du Ballet national de Marseille/(LA)HORDE, du Collectif XY et de sa nouvelle fresque poétique, ou encore la venue de la chorégraphe grecque Katerina Andreou. C’est dans ce contexte vibrionnant que s’inscrit le solo de la chorégraphe et danseuse belge Lisbeth Gruwez, intitulé « The Tempest« .

Au Kiasma de Castelnau-le-Lez, sur le plateau nu, un dispositif scénographique minimaliste – un plan incliné blanc posé en fond de scène comme un fragment d’hiver – accueille l’apparition de Lisbeth Gruwez. D’abord immobile, perchée sur ce promontoire, elle semble émerger d’une profonde concentration, le corps compact, disponible, comme un guerrier qui se prépare au combat. Car c’est bien de combat dont il s’agit. Pour ce solo, la chorégraphe flamande a entrepris un véritable voyage intérieur et physique, nourri par plusieurs mois d’immersion dans les arts martiaux en Thaïlande. Si l’influence du Tai-chi et des katas est perceptible dans sa gestuelle précise, hyper-articulaire, elle ne constitue jamais une fin en soi. Cette maîtrise technique est mise au service d’une exploration : celle de la colère comme énergie brute, force à la fois destructrice et potentiellement transformatrice. La danse de Gruwez progresse par vagues successives : une oscillation constante entre des impulsions fulgurantes et des moments de calme presque méditatif. Le corps trace dans l’espace des trajectoires coupantes, les bras lacèrent l’air, les pieds martèlent le sol. Mais toujours, une économie de mouvement, une précision redoutable qui transforme la violence potentielle en une forme de calligraphie aérienne. La colère n’est jamais un éclat ; elle circule, se dépose dans les articulations, se mue en puissance maîtrisée.

 

 

Le compositeur flamand Maarten Van Cauwenberghe, complice de longue date de la chorégraphe, signe une partition électronique qui agit comme une pression atmosphérique. Des basses telluriques, des éclats métalliques, des cloches lointaines tissent un climat qui ne soutient pas la danse mais la contraint, la pousse à trouver sa voie dans un espace sonore dense. L’atmosphère, d’abord hypnotique, devient progressivement oppressante, préparant l’irruption du chaos. Cette montée en intensité est magnifiée par le travail de Jan Maertens sur les lumières, qui prennent la danse en tenaille, accélèrent autour d’elle en un tourbillon stroboscopique. C’est alors que la fumée envahit le plateau, et que la danseuse semble flotter, comme en lévitation, défiant les lois de la gravité  La scénographie se fait plus symbolique encore lorsque Gruwez déroule un long ruban rouge caché en son sein ou répand de la craie blanche sur le sol, traçant des lignes de vie dans cet univers instable.

Car le cœur du spectacle réside peut-être là : dans cette capacité à se tenir au centre de la tourmente. Alors que la musique et les lumières s’emballent autour d’elle, que la tempête fait rage, Gruwez ralentit. Elle devient un point fixe, une présence qui refuse la panique, une respiration qui tient tête à la vitesse. On songe à l’œil du cyclone, ce lieu paradoxal où tout est calme alors que tout hurle aux abords.

Avec « The Tempest« , Lisbeth Gruwez nous invite à habiter la colère plutôt qu’à la subir, à absorber la tempête pour en révéler le calme latent. Ce solo, à la fois combat et méditation, puissance et discipline, démontre une fois encore que la chorégraphe belge, à la cinquantaine, demeure l’une des interprètes les plus exceptionnelles de la scène contemporaine, capable de faire naître tout un univers à partir d’un simple geste.

 

 

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CRITIQUE, festival. 46ème festival « Montpellier Danse ». CASTELNAU-LE-LEZ, Le Kiasma, le 28 juin 2026. « The Tempest » par Lisbeth GRUWEZ. crédit photographique (c) Danny Willems

 

 

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