Le Comte de Gergy, Vincent Languet, ambassadeur de France à Venise, dès son arrivée dans la Città (1723), sollicite Vivaldi, le plus grand musicien local, pour illuminer les fêtes de son palais sur le Grand Canal. De fait, avant la Sérénade de toutes les démesures (L’Unione della Pace e di Marte de 1727, avec mise en scène et jouée sur le Grand Canal dans le prolongement des jardins du bâtiment), la sérénade préliminaire « Gloria e Imeneo » (« La gloire et l’Hymen ») de 1725, célèbre dans un effectif plus léger et sans mise en scène, le mariage de Louis XV et de Marie Leczinska.
Pour l’heure, lié à cet événement dynastique, versaillais, Gloria e Imeneo est une partition au sujet allégorique dont la musique réalise tout le dramatisme possible sur le thème de l’Hymen et des noces, d’autant que celles ci sont… royales. D’une composition rapide voire expédiée, l’ouvrage reste celle d’un maître ; il réutilise pas moins de 7 airs déjà composés pour d’autres partitions, sans vents obligés, concentrant l’intrigue plutôt laudative et mince, sur les 2 voix, soprano et alto.
L’atmosphère générale demeure d’une mesure apaisée et douce voire caressante : tout l’orchestre est en sourdine dans « Ognor colmi d’estrema dolcezza / toujours pleins d’extrême douceur… » de Gloria (plage 23), après l’air d’Imeneo « Se Ingrata nubelanguire… / Si un nuage ingrat languit… »(plage 21).
L’Orchestre de l’Opéra Royal, sous la direction du pétillant Stefan Plewniak déploie cette nervosité précise et bondissante qui affirme un tempérament de feu dès l’ouverture, en particulier dans la motricité du dernier Allegro. Les instrumentistes de l’Orchestre de l’Opéra Royal, plutôt très unis, savent colorer et nuancer dans un unisson exceptionnellement flexible chaque séquence (« Questo nodo e questostrale / Cette union et cette flèche… »).
Les deux solistes masculins ont l’agilité requise ; ronde et caressante, idéalement adaptée à l’esprit de l’oeuvre, dans le cas de Logan Lopez Gonzalez (Gloria) ; flûtée, fine, elle aussi nerveuse, d’une belle ardeur dramatique pour Nicolo Balducci (Imeneo) ; ce dernier ardent, dont le chant fiévreux, s’imposant particulièrement dès son premier air « Tenero fanciuletto / tendre petit garçon »… Grâce à ce jeu subtil qui caractérise et varie couleurs et accents, l’œuvre rien que circonstancielle trouve au delà des textes de pure convenance, la tension et la vitalité, et souvent la fougue délirante, propre au génie vivaldien.
La profondeur (onctueuse et noble) se réalise dans le grand air de Gloria (plus de 6 mn) : « Al seren d’amica calma / Dans le calme serein » (plage 17, réutilisation d’un air originellement destiné à l’opéra créé à Rome l’année précédente, Tigrane de 1724) ; célébration de l’amour fidèle et serein où le chant comme une berceuse enivré dialogue avec subtilité avec les cordes superbement souples. Vivaldi glisse deux brefs duos, l’un fugace (« Ardisce e tenta / une fausse voix…»), le dernier plus développé comme l’exultation finale entre les deux coeurs unis.
L’éditeur enrichit opportunément le programme de cet enregistrement en offrant une belle ouverture à la Sérénade, le Concerto n°11 en sol majeur RV 150, souple et lumineux ; et en complément final, la Cantate « Che Giova il sospirar, povero cor / A quoi bon soupirer, pauvre coeur…» RV679 dont le sujet rééquilibre le sentiment d’unique joie et béatitude de la Sérénade. La cantate comprend le très beau largo « Nell’aspro tuo periglio / dans ton âpre péril », grand air de plus de 5mn, fier pendant à l’air de Gloria dans la Sérénade, « Al seren d’amica calma », dont la plénitude sereine synthétisait tout l’esprit de la partition de 1725. La cantate à travers le timbre ardent et élastique de Nicolo Balducci exprime tous les tourments d’une relation plus âpre et ombrageuse, précisément d’une âme compatissante qui éprouve, blessée, en écho les affres d’une passion dévorante (pour mieux infléchir Cupidon dans la dernière strophe, véritable prière à la paix et à l’amour).
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CRITIQUE, CD événement. VIVALDI : Gloria e Imeneo, 1725. Nicolo Balducci, Logan Lopez
Gonzalez, Orchestre de l’Opéra Royal, Stefan Plewniak (1 CD Château de Versailles Spectacles) – enregistré à Versailles en juillet 2024 – CLIC de CLASSIQUENEWS
Gloria e Imeneo, 1725
Le hasard de l’actualité discographique fait paraître simultanément à cette excellente lecture vivaldienne, un autre version de la même cantate, avec le chanteur vedette italien Carlo Vistoli avec Abchordis (Andrea Buccarella, direction – 1 cd Naïve) : https://www.classiquenews.com/critique-cd-vivaldi-gloria-e-imeneo-rv-687-teresa-iervolino-carlo-vistoli-abchordis-andrea-buccarella-direction-1-cd-naive/
Parmi la riche littérature musicale ancomiastique, les Serenate de Vivaldi (comme les prologues des opéras de Lully au siècle précédent), font figures de modèles. D’autant que le Vénitien grâce à sa sensibilité instrumentale singulière sait dépasser l’œuvre de convenance et produire une partition au souffle poétique indiscutable. Pour preuve cette résurrection opportune de la Serenata La Gloria e Imeneo RV 687, nouvelle pépite à classer au crédit de l’intégrale lyrique vivaldienne en cours, éditée par Naïve à partir du fonds de la Bibliothèque de Turin…
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