Parmi la riche littérature musicale ancomiastique, les Serenate de Vivaldi (comme les prologues des opéras de Lully au siècle précédent), font figures de modèles. D’autant que le Vénitien grâce à sa sensibilité instrumentale singulière sait dépasser l’œuvre de convenance et produire une partition au souffle poétique indiscutable. Pour preuve cette résurrection opportune de la Serenata La Gloria e Imeneo RV 687, nouvelle pépite à classer au crédit de l’intégrale lyrique vivaldienne en cours, éditée par Naïve à partir du fonds de la Bibliothèque de Turin…
En 1725, Longuet, ambassadeur de France à Venise depuis 1721, offre un divertissement pour
célébrer [et glorifier] le mariage de Louis XV avec la princesse polonaise Marie Leczinska. Au total ce sont 8 Serenades (Serenate) que Longuet commandera au Prêtre Rosso ; 3 nous sont parvenues ou partiellement recomposées dont La Sena Festeggiante de 1726.
La RV 687, créée un an avant, en 1725 donc, qui nous occupe, est aussi reconstruite malgré ses lacunes ; le concerto RV 138 remplace l’ouverture, perdue. Les deux personnages la Gloire et L’Hyménée [Imeneo] redoublent compliments et dithyrambes à l’adresse du nouveau couple royal.
La forme en deux parties est proche de l’oratorio, la Serenata étant au final une cantate sans mise en scène voire sans action proprement dite, les deux personnages s’ingéniant à varier l’art ancomiastique en déclaration littéraire et poétique. Vivaldi distribue 5 airs à Gloria, 4 à Imeneo, et deux duos dont le premier conclut selon l’usage, la première partie. Musicalement c’est Gloria qui domine indiscutablement se taillant les arias les plus développés dont celui en partie 2 : « Al seren d’amica calma » qui dépasse les 7 mn et permet à la diva de déployer tout son art, dans l’onctuosité tendre et caressante la plus nuancée (somptueux timbre maternel et fluide de la mezzo sopranoTERESA IERVOLINO). L’air est le plus bouleversant par sa justesse intérieure ; tout le mérite en revient au génie vivaldien qui assume ici le seul effet des cordes, avec mise à l’écart du clavecin selon l’indication du compositeur, pour nourrir davantage le caractère affectueux de la mélodie… De son côté, Imeneo éblouit dans la riche palette des sentiments exposés grâce à l’air raffiné, contemplatif « Care pupille » (Beaux yeux que j’adore), glorification de la beauté de la jeune mariée (!) : le contre ténor espagnol CARLO VISTOLI ne manque ni de relief ni de rebonds précis, et d’une expressivité nuancée, elle aussi très convaincante.
Bien que réduite à l’essentiel, la Serenata RV 687, est construite autour de la tonalité de fa majeur [cf l’air central de Gloria, précédemment cité]. Les rythmes pointés, effets marqueurs du style français [systématiques dans La Sena Festeggiante] demeurent rares ici. Et la réutilisation d’airs d’opéras précédents, apparaît pour les 2 airs à notre avis le splus riches et prenants… justement pour la mélodie de « Al seren amica calma », emprunté à Tigrane [1724], comme d’ailleurs « Care Pupille » [que chante Imeneo comme nous l’avons dit].
Tendresse palpitante des deux solistes, dont le relief et le contrôle millimétré des émotions s’ épanouissent à part égale, continuo raffiné et nuancé, soit bondissant ou idéalement méditatif soulignent clairement cet équilibre propre à l’art vivaldien, entre nervosité et délicatesse, intériorité et impérieuse vitalité. Du grand art et une nouvelle réussite au sein de l’édition Vivaldi par Naïve dont c’est ici le volume 73. CLIC de classiquenews été 2025.
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CRITIQUE CD. Vivaldi : Gloria e Imeneo, serenata RV 687. 
Teresa Iervolino (Gloria), Carlo Vistoli (Imeneo), Abchordis (Andrea Buccarella, direction) – 1 cd Naïve – enregistré à Bâle, Suisse en nov 2024. CLIC de CLASSIQUENEWS été 2025





