mardi 22 septembre 2026

CRITIQUE, CD événement. SANTORO (Paulistanas, Preludios) / VILLA-LOBOS (Ciclo brasileiro, Chôros V, Bachiana brasileira n°4). Marcos Madrigal, piano (2 cd Habanero)

A lire aussi
image_pdfTélécharger (.pdf)

Le choix de Cláudio Santoro (rare compositeur au disque comme au concert, mort en 1989) souligne l’engouement (justifié) du jeune label «  Habanero » (lire notre entretien avec son fondateur Pierre-Yves Lascar, lien en fin de texte) pour les cultures latino-américaines. C’est pourtant moins l’énergie de ses rythmes dansants que l’élégance d’une inspiration nostalgique, d’une pudeur égale et continue, d’une sensualité allusive qui jaillit irrésistiblement des pièces jouées dans le CD1.

 

 

 

 

Le tropisme brésilien, sa capacité à exprimer l’émerveillement intime transparaît très nettement – intention générale de tout ce premier cd ?-, dès les deux premiers épisodes : deux « Preludios » intitulés « Tes yeux » (de 1957) que le pianiste Marcos Madrigal enveloppe d’une douceur qui berce. La sonorité douce et cristalline, le geste libre et d’une insouciance assumée en relève la joie intérieure, que rompt dans une cadence aussi lumineuse et plus nerveuse rythmiquement, le « Moderato » du cycle suivant « Paulistanas » de 1953. Le pianiste fait chanter le clavier de plus en plus affirmé et conquérant. L’humeur flottante, nourrie par un jeu tout en nuances transparaît et enchante littéralement à travers plusieurs Préludes de ce cycle de 12 (« Molemente chorosa », d’une tendresse alla Satie ; « Lento expressivo », fusion réussie entre langueur et passion ; ou encore, les paysages comme suspendus et d’une plénitude très suggestive de « Lento » / plage 13, plage 14, sans omettre les deux derniers « Andante » de 1963, le premier en forme de berceuse ou de marche, le second semant des questions d’une exceptionnelle pudeur). Le pianiste sait déployer de subtiles résonances dans un jeu qui explore et révèle toutes les séductions harmoniques d’une écriture essentiellement poétique. Le style et l’approche soulignent combien l’art de Santoro s’inscrit au carrefour des lignes ténues entre improvisation et abstraction, dans une série d’atmosphères énigmatiques qui semblent tout autant questionner le sens de chaque prélude ainsi conçu comme autant d’haïkus, riches, mystérieux, interrogatifs.

Le CD2 aborde un compositeur plus célèbre à travers plusieurs pièces qui sont devenues emblématiques de la culture brésilienne moderne, mêlant dans une belle synthèse, accents occidentaux et folklores brésiliens idéalement retranscrits et intégrés : d’Heitor Villa-Lobos (), Marcos Madrigal joue les ultra célèbres (mais indiscutables et irrésistibles) 4 séquences si variées du « Ciclo brasileiro », Chôros V, Bachiana brasileira n°4, sans omettre l’enivrante « Dansa » de 1930… L’occidentalisme de Villa-Lobos transparaît pour sa part dans la Bachiana n°4, dont l’esprit et la forme des deux pièces successives (Prélude puis choral) tisse un lien naturel avec … Bach : dans l’épure d’un son pourtant plein et complexe, investi et riche. Dès le premier air carioca « Plantio do caboclo », le jeu lumineux, allusif de Marcos Madrigal exprime toute l’exaltation jaillissante d’un Villa-Lobos comme enivré par sa propre écriture ; passionné et d’une vibrante pudeur lui aussi (« Impressões seresteiras » qui suivent). Contrastes et fulgurances dramatiques, somptueuses vagues lyriques, d’un souffle romantique alla Liszt, échappées poétiques murmurées, … l’extrême volubilité du jeu pianistique fait merveille dans une collection de perles qui se succèdent avec une formidable cohérence.

Le jeu suggère autant qu’il exprime l’énergie même de la vie et du mouvement, avec cette capacité à enflammer, embraser, crépiter et tout autant s’alanguir jusque dans la volupté secrète (Chôros V). Santoro / Villa-Lobos : splendide diptyque. La prise de son, le choix du piano, à la fois présent, détaillé, aux harmonies vaporeuses souhaitées, mais aussi le soin apporté à l’édition du livret – comprenant photos des compositeurs et carnets de dessins évocateurs, ajoutent à la haute valeur artistique du présent double album. CLIC de CLASSIQUENEWS printemps 2026.

 

 

 

________________________________________
CRITIQUE, CD événement. SANTORO (Paulistanas, Preludios) / VILLA-LOBOS (Ciclo brasileiro, Chôros V, Bachiana brasileira n°4). Marcos Madrigal, piano (2 cd Habanero – enregistré à Oxford en août et sept 2017) – CLIC de CLASSIQUENEWS printemps 2026

 

 

 

 

 

 

 

entretien

 

ENTRETIEN avec Pierre-Yves LASCAR, créateur du nouveau label « Habanero »… ligne artistique, projets musicaux, artistes et répertoires à venir…

ENTRETIEN avec Pierre-Yves LASCAR, créateur du nouveau label « Habanero »… ligne artistique, projets musicaux, artistes et répertoires à venir…

La création d’un nouveau label n’est jamais anodine… dans ce climat délétère où la culture et la musique sont particulièrement sacrifiées, des signes positifs exprimeraient-ils la résilience des acteurs les plus motivés ? C’est assurément le cas de Pierre-Yves Lascar qui après Artalinna, fonde ce printemps, un second label, « Habanero », claire manifestation de son goût pour les musiques d’Amérique latine. En préservant plus que jamais la quête d’un son idéal, né d’une adéquation miraculeuse entre un lieu un artiste, un répertoire, l’entrepreneur inspiré lance sa nouvelle marque ce 25 mars au 360 à Paris, lors d’une soirée brésilienne dont les 1000 facettes découlent d’un mariage d’épices singulier, personnel…

 

 

__________________________________________

 

image_pdfTélécharger (.pdf)
Derniers articles

OPÉRA ROYAL DE VERSAILLES. SALIERI : Tarare (1787), 10 – 18 octobre 2026. Reinoud Van Mechelen, Éléonore Pancrazi… Les Talens Lyriques, Christophe Rousset

L’Opéra Royal de Versailles souligne le génie de Salieri, dont l’opéra Tarare, joyau traversé par l’esprit des Lumières, et...

Découvrez d'autres articles similaires

- Espace publicitaire -spot_img