Hyperion édite la nouvelle lecture d’un pilier de l’art choral anglais, et aussi, l’une des partitions les plus élaborées et sincères de l’immense Elgar : « The Dream of Gerontius ». Un vieil homme parvenu à la fin de sa vie, prie Marie et Jésus, se prépare à l’ultime voyage, de ses doutes au Purgatoire à l’expiation de ses fautes, de son angoisse à l’intercession de l’Ange, de son face à face avec Dieu à la promesse du Paradis et de la gloire éternelle…
GERONTIUS, un sommet elgarien… Dès l’ouverture de Froissart (1890) jusqu’aux cantates The Black Knight (1889–92) et les Scènes de la saga du roi Olaf (1896), l’oratorio The Light of Life (1896), sans omettre le spectaculaire, Caractacus (1897– 98), Elgar, premier compositeur de l’Empire britannique, a réfléchi à ce que serait une œuvre clé, chorale et lyrique, dramatique et orchestral, les synthétisant tous : Gerontius. La partition exprime l’ambition d’Elgar avec ses fameuses Variations Enigma (1899), le sommet de son écriture. Pourtant, la création à l’hôtel de ville de Birmingham le 3 octobre 1900 fut un échec. Le chœur manqua de temps pour bien préparer sa partie, même Elgar acheva l’orchestration (phénoménale) au dernier moment, totalement livrée en… août 1900.
Il est vrai que spectaculaire et ambitieuse, la partition de Gerontius exprime aussi un questionnement spirituel voire mystique particulièrement sensible. Un sujet paralysant pour le compositeur ? A l’issue d’une vie remplie, l’âme de Gerontius se présente devant Dieu pour être jugée. Si le compositeur travaille à la sérénité finale dans le Finale où l’Ange célèbre la puissance miséricordieuse de Dieu (« Alleluia » / « Seigneur du chœur, tu as été notre refuge »), il n’en omet pour autant la fureur et les déflagrations comme en témoigne le wagnérien sommet orchestral quant l’Âme rencontre enfin son créateur.
Heureusement le chef d’orchestre Hans Richter, qui un an plus tôt a créé les Enigma Variations, veille à la tenue des répétitions et atténue la catastrophe annoncée. De son côté, Elgar, touché par la défaite de la création, déclare définitif : « J’ai toujours dit que Dieu était contre l’art et je le crois encore… J’ai permis à mon cœur de s’ouvrir une fois — il est maintenant fermé contre tout sentiment religieux et toute impulsion douce et douce pour toujours. »
Cependant les critiques, pour autant que fut frustrante la création, saisissent l’originalité et la puissance de la partition, surtout sa sincérité ; donc la justesse de l’écriture. Le premier succès publique survient en 1901 et c’est l’Allemagne et non l’Angleterre qui porte en triomphe la partition. Richard Strauss admiratif, a déclaré alors : « Edward Elgar est le premier progressiste anglais ».
Intensité juste, conscience spirituelle, culpabilité et remord, l’itinéraire de Gerontius dépasse une stricte trajectoire catholique voire cette « sentimentalité » culpabilisatrice, cette «prostration hystérique du confessionnel » (dont parle le critique de E A Baughan en 1906). A contrario des commentaires de ce dernier, c’est sa pudeur et sa sincérité là encore qui défendent l’œuvre d’Elgar. Elle trouve justement sa propre voie, lumineuse, fraternelle, entre la tendresse du Requiem Allemand de Brahms ou la grandeur majestueuse des oratorios de Haendel. Parmi les éléments les plus réussis, la sensualité wagnérienne assumée d’Elgar, d’autant plus suave qu’il distribue à l’Ange une voix féminine, et lui réserve un superbe duo (extatique) avec l’Âme. Autant de ferveur explicite heurte une partie de l’Angleterre victorienne plutôt puritaine. La nouvelle lecture éditée par Hyperion, s’impose par sa cohésion artistique ; elle éclaire la ferveur sincère d’Elgar qui offre à son ample méditation sur la mort, une parure musicale digne de Wagner et de Richard Strauss. Critique complète à venir sur CLASSIQUENEWS
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SIR EDWARD ELGAR (1857–1934)
The Dream of Gerontius, opus 38
words by Cardinal John Henry Newman (1801–1890)
Gerontius : DAVID BUTT PHILIP, ténor
Angel : KAREN CARGILL, soprano
Priest & Angel of the Agony : ROLAND WOOD, baryton
HUDDERSFIELD CHORAL SOCIETY
ORCHESTRA OF OPERA NORTH
RNCM CHAMBER CHOIR
Martyn Brabbins (direction)
2 cd Hyperion CDA68461/2
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