Sur un piano Pleyel de 1837 (le même sur lequel il jouait en 2023 les Valses), le pianiste Yves Henry explore l’esthétique et la poétique des Nocturnes de Chopin, genre créé par John Field mais ô combien transfiguré par le Polonais : ces 20 Nocturnes (dont le Lento con gran espressionne) en témoignent magistralement. Le chant intérieur, furieux ou langoureux, comme surgissant des mondes parallèles, les révélant fugacement, mais aussi un goût particulier pour la couleur marquent définitivement chaque Nocturne.
CD1 – Outre la clarté et la diversité des nuances de phrasés, la maîtrise du pianiste se révèle dans la sélection des pièces, assemblage concerté des opus 9, 15, 27, 32, 37, 48, 55, 62 ; il s’en dégage une évolution, un cheminement qui jalonne le grand labyrinthe chopinien ; lui-même mouvant et d’une remarquable sensibilité en terme d’harmonisation, de tonalités,… le présent double cd qui fait suite aux intégrales précédentes (Mazurkas, 2022, puis valses, 2023 sollicitant aussi le même Pleyel historique) recueille la familiarité du pianiste dans les mondes de Chopin (délicats allusifs et d’une sérénité extatique, ainsi les 2 premiers de l’opus 9, lesquels contrastent avec la houle harmonique du 3è (partie centrale dramatique et tempétueuse) dont le clavier historique exprime nettement chaque passage de tonalité).
Se distinguent la belle urgence de l’opus 15 n°2 (5), d’une délicatesse cristalline ; la langueur inquiète, intranquille, parfois panique de l’opus 15 n°3 (6) ; le mystère intime, le plus proche de l’ineffable (opus 27 n°2, plage 8)…
CD2 – Yves Henry arbitre inspiré des équilibres sonores fragiles sait déployer la langueur, comme une lumineuse nostalgie des deux Nocturnes de l’opus 37 ; le mystère intime de l’opus 48 dont le plus développé (plus de 8 mn au bel canto enivré et éperdu, plage 4) ; Chopin semble favoriser avec le temps un sentiment franc et plus direct sans pour autant sacrifier finesse et pudeur d’intonation comme en atteste le très suggestif Nocturne n°15 opus 55…
Le choix du piano qui établit une toute autre esthétique sonore que le clavier moderne, la présence de la mécanique dans l’enregistrement éclaire un Chopin plus proche de l’allusif et du fugace, de la fragilité et de la subtilité sans pour autant manquer de puissance ou de fureur émotionnelle.
Le jeu du pianiste cultive surtout l’intensité du rêve qui semble ainsi porter chaque Nocturne dont il fait l’expression d’un souvenir intime (superbe architecture évanescente du Nocturne opus 72 en mi mineur). Un souvenir dont la clarté polyphonique et le relief perlé du bel canto réactivent le flux naturel (en cela le chant libre aérien du dernier « Lento »inscrit le parcours entier dans le ciel, sur des cimes inatteignables et pourtant bien présentes)… Peu à peu se dessine l’extrême sensibilité chopinienne, avec le temps et dans la chronologie ainsi reconstituée, s’affirme un sentimentalisme de plus en plus franc mais noble, condensé mais pudique. Remarquable intégrale, véritable polyptique de l’intime.
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CRITIQUE CD événement. CHOPIN : Intégrale des Nocturnes. YVES HENRY, piano Pleyel 1837
(2 cd Soupir éditions) – enregistré de janv à juin 2024, Croissy sur Seine). CLIC de CLASSIQUENEWS hiver 2025
autres cd CHOPIN par Yves Henry, distingués sur CLASSIQUENEWS :
LIRE aussi notre critique du CD événement. CHOPIN : Double intégrale des valses – Yves Henry, pianos Pleyel 1837 / Bechstein 2020 (2 cd Soupir éditions) -mai 2023 :
https://www.classiquenews.com/critique-cd-evenement-chopin-double-integrale-des-valses-yves-henry-pianos-pleyel-1837-bechstein-2020-2-cd-soupir-editions/
En jouant l’intégrale des Valses de Chopin sur deux claviers, l’un moderne (le grand piano de concert Bechstein 2020 ; longueur : 2,82m), l’autre historique (Pleyel 1837 ; longueur : 2, 27m), le pianiste Yves Henry ne propose pas une confrontation pour élire le « meilleur » instrument, mais plutôt une synthèse… C’est à dire ici, dévoiler combien les qualités du jeu sur l’instrument d’époque (retenue, subtilité, dynamique sonore, clarté et détail du contrepoint, …) peuvent en réalité enrichir encore l’approche sur le piano moderne, puissant, mécaniquement véloce et réactif…
LIRE aussi notre critique du CD événement, L’intégrale des MAZURKAS. Yves Henry, piano Pleyel 1837 (3 cd Soupir)
https://www.classiquenews.com/cd-evenement-chopin-lintegrale-des-mazurkas-yves-henry-piano-pleyel-1837-3-cd-soupir/
CD événement. CHOPIN : L’intégrale des MAZURKAS. Yves Henry, piano Pleyel 1837 (3 cd Soupir)
– De sept 2018 à mai 2019, le pianiste Yves Henry enregistre à Croissy et en public toutes les Mazurkas de Chopin, le plus parisien et français des Polonais. Il en résulte cette intégrale des Mazurkas parvenues (soit 58 sur les 60 écrites entre 1825 et 1849) jouées sur un clavier historique Pleyel 1836 (conservé dans les collections de la ville de Croissy sur Seine). Yves Henry dévoile de l’intérieur la matrice compositionnelle d’un Chopin, d’abord adolescent, très influencé par les danses polonaises traditionnelles qui sous le filtre de son génie expérimental et presque fantasque, deviennent dans chaque nouvelle mazurka, une cellule autonome ; chaque partition investie développe autant d’idées, mais dans un instantané intense, entre nervosité, langueur, caractère. L’ultime de 1849 est laissée inachevée (mais jouée dans la version du regretté Milosz Magin auquel le pianiste français rend hommage aussi). Le cycle entier a valeur de journal intime, proche des états d’âme et des humeurs du compositeur pianiste, enclin à la rêverie, secrète parfois énergique et sanguine, comme à la contemplation…
VISITEZ aussi le site officiel du pianiste Yves Henry : https://www.yveshenry.fr/
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