dimanche 3 mars 2024

CD événement : « American and English Orchestral Music ». Ethel Smith, Elgar, Ives… Orchestre de Chambre de Lausanne. Joshua Weilerstein, direction (2 cd CLAVES)

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Le programme des 2 cd résume le geste complet, audacieux du chef Joshua Weilerstein : servir les plus connus (Ives et Elgar) aux côtés d’oubliées telles Ethel Smith contemporaine du second ; illustrer avec fougue et subtilité, les tempéraments des compositeurs et compositrices majoritairement anglosaxons (américains et britanniques). 

 

Fleuron du CD1, Charles Ives (1874 – 1954), offre une remarquable maîtrise du contraste né entre les 3 mouvements si différents en esprit de son triptyque : « Three places in New England » – badineries faussement narratives, d’abord suspendue, flottante dans le premier épisode (référence au monument célébrant le premier régiment noir ayant combattu pendant la guerre de Sécession à Boston); plus chaloupé presque parodique dans le second qui évoque des marches militaires, décalages volontaires, superpositions vertigineuses et délires cuivrés à l’envi (Connecticut) – le 3è sombre et hypnotique déploie une autre couleur, celle d’une volupté inédite aux cordes, caressée, sublimée par le chant du cor et du piano, qui apportent chacun une nuance d’éloignement allusif.

La Suite d’Ethel Smyth (1858 – 1944), génie musical à redécouvrir absolument qui fut aussi une suffragette active et militante, séduit par sa vivacité heureuse, la grande cohérence de sonorité des cordes seules ; dans la caractérisation extérieure comme l’intériorité plus suggestive (Andantino, puis Adagio) qui recycle en plyglotte musicale assumée et habile, plusieurs références à Brahms (dont elle suivit un temps les conseils), mais aussi Wagner… 

 

Révélation du génie musical
d’Ethel Smith
compositrice, contemporaine d’Elgar

 

Au programme du CD2, la Sérénade de la même Ethel Smith semble la plus intéressante des partitions dévoilées dans le double coffret : l’écriture en est des plus romantiques, frappée du sceau de l’élégance mendelssohnienne voire surtout de l’impulsivité et de l’énergie Schumanniennes. L’implication des instrumentistes lausannais sous la baguette vive et nerveuse et idéalement souple et déliée du chef Joshua Weilerstein lui insuffle même une somptueuse énergie, un souffle symphonique que l’effectif réduit – mozartien n’aurait pas apriori supposé.  La vivacité et cette éloquence affichée, défendue par chaque pupitre accrédite la présente lecture, révélant le travail expressif et précis réalisé / obtenu par le chef et l’orchestre dont il fut le directeur musical entre 2015 et 2021, portant la phalange suisse à un niveau remarquablement élevé. Tout cela s’entend dans cette Sérénade à laquelle le chef réserve un soin électrique, à la fois expressif et subtilement articulé (début de l’Allegretto gracioso, aux respirations printanières irrésistibles). Le Finale est gorgée de souplesse nerveuse voire éruptive aux tutti jamais épais. L’élégance, la transparence font le miel de cette conception en tout point superlative, et que le chef très précis conduit jusqu’à une transe chorégraphique. 

Tel jeu, voire telle élasticité, néo baroque, dans le sens d’un menuet enivré s’entend remarquablement dans la même tenue de l’impeccable « entracte » de plus de 11 minutes signé Caroline Shaw (née en 1982); où dans le geste enjoué, léger, badin du chef, l’esprit d’une élégance facétieuse, contrastée se déploie sans entrave, avec une liberté là encore superlative. 

Renouant avec la fantaisie, l’essor de la pure poésie orchestrale telle qu’il l’a rêve et la réalise chez Charles Ives – son compositeur de prédilection, Joshua Weilerstein semble faire corps avec le délire élégantissime de cette pièce aussi raffinée que parodique, toute en vibrations millimétrées. 

Enfin les deux dernières pièces composées la même année que Sérénade de Smith (1889) célèbrent avec la même ferveur facétieuse une autre élégance, celle d’Elgar (1857 – 1934) – Autant d’implication, d’énergie comme de nuances poétiques préfigurent sous les meilleurs auspices, la prochaine prise de fonction de Joshua Weilerstein, comme directeur musical de l’Orchestre National de Lille à compter de l’automne 2024. A suivre désormais. 

 

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CRITIQUE CD, événement. « American and English Orchestral Music » : Ethel Smith, Elgar, IvesOrchestre de chambre de Lausanne. Joshua Weilerstein, direction (2 cd CLAVES – enregistré à Lausanne en déc 2020 et juin 2021) – plus d’infos sur le site de l’éditeur CLAVES (Suisse) : https://www.claves.ch/products/american-and-english-orchestral-music / CLIC de CLASIQUENEWS hiver 2023.

 

 

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