Compte rendu, opéra. Saint-Céré, le 7 août 2015. Offenbach : La Périchole. Opéra Eclaté, Jérôme Pillement

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offenbach jacques Offenbach2Pour la seconde étape de notre périple musical, nous nous retrouvons, pour la dernière année (le futur théâtre de l’usine devant être livré début 2016), à la Halle des sports de Saint-Céré pour une représentation de La Périchole. Le petit bijou  lyrique de Jacques Offenbach (1819-1880) fut créé en 1868 puis re-créé en 1874 après que l’oeuvre ait été remise sur le métier et corrigée pour partie par le compositeur; et c’est d’ailleurs la version de 1874 qui nous était présentée en cet étouffant vendredi soir d’été. Cette nouvelle production est une coproduction du festival de Saint Céré, allié pour la circonstance avec Les Folies d’O de Montpellier. Pour l’occasion, la mise en scène est réalisée à quatre mains par Olivier Desbordes et Benjamin Moreau. Depuis 2013, Olivier Desbordes régale son public avec des mises en scène plutôt convaincantes dont nous avons déjà rendu compte dans nos colonnes (Lost in the stars, Le voyage dans la lune). Lors de cette édition 2015, il remet à l’honneur le fameux opéra bouffe de Jacques Offenbach : La Périchole. L’oeuvre avait déjà été donnée par le passé et revient sur le devant de la scène en faisant peau neuve en une nouvelle production.

olivier-desbordesAvec Benjamin Moreau, Olivier Desbordes signe une mise scène dynamique et très cocasse, mais d’une certaine bridée manquant de délire et de glissements déjantés qui auraient pu en faire une production idéale. Si les décors sont dépouillés, les costumes eux sont bien adaptés aux personnages; ainsi le Vice Roi, censé se promener incognito débarque sur scène grimé en rappeur (dont il adopte le langage) provoquant l’hilarité du peuple de Lima, qui a bien compris à qui il a affaire, et d’un public conquis. Il faut bien avouer aussi que voir Don Pedro de Hinoyosa et le comte Miguel de Panatellas arriver costumés en indiennes est tout aussi cocasse, voire franchement hilarant. Autant de costumes et d’accessoires qui remplacent avec bonheur les éléments de décors éliminés au profit du reste.

Héloïse-Mas-HDVocalement, la distribution convoquée séduit dès le début de la soirée. La jeune Héloïse Mas est une Périchole mutine, drôle, sans complexes mais avec les pieds sur terre; pauvre chanteuse des rues, crevant la faim, le coup de foudre de Don Andrès de Ribeira est une aubaine pour elle, aubaine qu’elle compte bien utiliser à son avantage. La voix est ferme, ronde, chaleureuse et dès la scène d’entrée, avec un Piquillo mordu de jalousie, elle s’impose comme une future grande titulaire du rôle; les quatre airs dévolus à Périchole sont chantés sans faiblesses. Marc Larcher est aussi déchainé que sa partenaire : il incarne un Piquillo amoureux transi, éprouvé par sa compagne dont la forte personnalité le fait souvent tourner en bourrique. Larcher possède lui aussi une voix prometteuse à la tessiture large qui donne au personnage de Piquillo, une assurance trempée, style beau ténébreux, dont il se sert avec talent. C’est Philippe Ermelier qui campe Don Andrès de Ribeira, vice roi du Pérou. En vieux briscard de la scène, Ermelier entre dans la peau de son personnage avec une aisance déconcertante. Comédien de talent, il joue les rappeurs (costume sous lequel il pense pouvoir se promener dans les rues de Lima sans être reconnu) avec délice. Cependant, c’est aussi un grand naïf et il tombe, tel un fruit trop mûr, dans le piège tendu par la Périchole qui veut à tout prix s’évader de la prison où il l’a mise avec son cher Piquillo. La voix grave et parfaitement maitrisée de l’artiste séduit et ensorcelle pendant toute la soirée.

 

Parmi les piliers du festivals, on retrouve l’excellent ténor Éric Vignau, lequel, comme lors de l’édition 2014, a assuré trois concerts d’affilé (Falstaff le 5 août dernier et dont nous rendrons compte après le représentation du 10, puis un récital de mélodies juives hébraïques le 6 août). L’artiste, familier du rôle de Don Pedro de Hinoyosa, en fait un personnage hilarant tant il a peur de perdre la faveur de ses supérieurs; comédien consommé, son Don Pedro reste une performance inclassable, convaincante et très personnelle. Saluons aussi les très belles performances de Yassine Benameur en comte de Panatellas et du trio de cousines constitué de Sarah Lazerges, Flore Boixel et Dalilah Kathir, une autre habituée du festival de Saint Céré. Ultime personnage de La Périchole, le choeur d’Opéra Éclaté joue et chante avec gourmandise un oeuvre pétillante. Dans la fosse, ou plutôt sur le côté de la scène, Jérôme Pillement dirige avec entrain l’orchestre d’Opéra Éclaté. Si la différence entre l’orchestre de Montpellier et la formation réduite du festival de Saint Céré peut surprendre quiconque ne connait pas ou mal la structure Opéra Éclaté, l’orchestre n’a pas à rougir de la prestation qu’il donne à entendre au public venu nombreux. Le geste dynamique, léger et aérien de Jérôme Pillement donne à cette Périchole la touche de folie indispensable pour parachever une production scénique plus mesurée mais globalement réussie.

 

Compte rendu, opéra. Saint-Céré. Halle des sports, le 7 août 2015. Offenbach : La Périchole, opéra bouffe en trois actes sur un livret d’Henri Meilhac et Ludovic Halévy. Héloïse Mas, La Périchole; Marc Larcher, Piquillo; Philippe Ermelier, Don Andrès de Ribeira, vice-roi du Pérou … choeur et orchestre Opéra Éclaté; Jérôme Pillement, direction. Benjamin Moreau et Olivier Desbordes, mise en scène; Pascale Péladan, chorégraphie; Jean Michel Angays, costumes; Elsa Bélenguier, décors.

 

 

 

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