Compte rendu, opéra. Parme. Teatro Regio, le 8 octobre 2017. Verdi : Jérusalem. Pertusi,Vargas,Massis. Daniele Callegari / Hugo de Hana…

VERDI_402_Giuseppe-Verdi-9517249-1-402Compte rendu, opéra. Parme. Teatro Regio, le 8 octobre 2017. Verdi : Jérusalem. Pertusi, Vargas, Massis. Daniele Callegari / Hugo de Hana…. Des vingt neuf opéras que composa Giuseppe Verdi (1813-1901) durant sa longue carrière, certains ont connu une destinée remarquable tels Nabucco, Rigoletto, Atilla, Il trovatore, La traviata par exemple, alors que d’autres sont plus ou moins tombés dans l’oubli comme La battaglia di Legnano (donné au festival 2012), Giovanna d’Arco (donné en 2016) ou Jérusalem (qui a ouvert l’édition 2017). Composé pour l’Opéra de Paris en 1847, Jérusalem reprend un autre opéra, composé peu avant sur le thème de la croisade : I lombardi alla prima crociata. Les personnages et les liens de parenté changent, mais la musique de Jérusalem est à peu près la même que celle de I lombard / les lombards. Pour Jérusalem, Verdi a dû ajouter un ballet, obligatoire pour toute œuvre qui intègre le répertoire de l’Opéra de Paris par le biais d’une commande.

Parme, rareté au programme du festival Verdi :
Jerusalem

Le Teatro Regio de Parme présente une version intégrale de Jerusalem, qui inclut le ballet, ce qui est plutôt une bonne nouvelle. Hugo de Ana, qui réalise la mise en scène, la scénographie et les costumes est bien connu du public parmesan pour avoir déjà réalisé plusieurs productions au Teatro Regio de Parme. Son travail part d’une réflexion de fond sur la croisade et ses conséquences aussi bien pour les croisés que pour les sarrasins ; quant aux costumes ils correspondent à l’époque de la première croisade. La direction d’acteurs est dynamique et Hugo de Ana ne laisse personne à la dérive. La précision des mouvements de foule est d’autant plus nécessaire que certaines scènes voient la quasi-totalité des protagonistes se mouvoir sur la scène. S’ajoutent à ce beau travail de réflexion, des effets spéciaux spectaculaires, tant pendant l’ouverture où nous voyons défiler l’appel à la croisade du pape Urbain II, lequel se termine sur un terrible « Deus veult » (Dieu le veut) que pendant la suite de la soirée. Suivront ensuite des défilés militaires ou de pèlerins, des globes terrestres en mouvement, des scènes de bataille ou de prière, le visage du Christ au centre de mandorles en feu.

Pour cette nouvelle production, Jérusalem n’a été monté qu’une fois à Parme, c’est une distribution de haute volée qui a été invitée. Ramon Vargas campe un Gaston solide ; la voix est ferme, puissante, la tessiture large. Son Gaston en plein doute dont la Foi en Dieu et l’amour pour sa bien aimée sont constamment mis à l’épreuve, et comme la diction est quasi parfaite, Vargas nous propose un Gaston de très belle Tenue. Annick Massis fait une prise de rôle risquée en chantant Hélène, d’autant qu’il s’agit d’un caractère terrible, comme Verdi sait si bien les écrire.
De fait, les écueils ne manquent pas dans Jérusalem. Si le médium et les graves sont assurés sans problèmes, les aigus blanchissent rapidement et dès son air d’entrée, Annick Massis se trouve en difficulté ; elle se confronte néanmoins courageusement à une partie redoutable.
En revanche, Michele Pertusi est un Roger autoritaire et d’une belle prestance. S’il a déjà chanté I lombardi alla prima crociata (Pagano), c’est la première fois qu’il aborde Jérusalem au Regio. Si les graves sont parfois écrasés Pertusi assume crânement lui aussi une incarnation difficile ; et dès la scène d’entrée « Vous priez vainement pour mon rival …Oh ! dans l’ombre ! dans le mystère ! … Oh ! viens esprit du mal », il montre un Roger implacable, jaloux, impitoyable. Et l’ovation qu’il reçoit entre l’air et la cabalette atteste non seulement de sa popularité, il est natif de Parme, mais aussi de la sûreté dont il fait preuve, Et son aria du deuxième acte « Grâce mon Dieu … O jour fatal ! O crime ! » est tout aussi maîtrisé ; quant à la diction si elle est parfaite, elle est parfois teintée d’un léger accent italien, charmant au demeurant. Le comte de Toulouse de Pablo Galvez est certes moins charismatique que son frère, mais il a quand même un certain charme, malgré un français assez exotique. Armé du soutien d’Urbain II qui en a fait le chef des croisés français, c’est un soldat aguerri, ombrageux et un père autoritaire, même s’il aime sa fille. La voix est belle et donne au comte une autorité qui, à défaut d’être incontestable, surtout sur le plan scénique, bénéficie de la bénédiction de Dieu. Valentina Boi est une Isaure attentive et vigilante aussi bien à Toulouse qu’en terre sarrasine, tandis que l’Adémar de Monteil de Deyan Vatchkov propose un légat intransigeant à souhait ; on ne plaisante ni avec Dieu, ni avec l’honneur.

Parmi les comprimari, notons le sympathique Raymond de Paolo Antognetti qui reste fidèle à son maître malgré l’anathème qui le frappe pour un crime qu’il n’a pas commis.

Dans la fosse, nous retrouvons Daniele Callegari, qui avait dirigé le requiem la veille. Le chef milanais dirige d’une main ferme la valeureuse Filarmonica Arturo Toscanini, comme il nous propose une version intégrale de Jérusalem, cela lui permet, avec le ballet, de mettre en valeur le très bel orchestre dont il dispose et de mettre un peu de légèreté dans ce monde de brutes que représente la période des croisades.
Rappelons au passage que la première croisade (1096-1099) a bien mal commencé : en effet, la première armée à partir n’était pas celle des grands barons, mais une armée de pauvres gens dirigée par Pierre l’hermite, sans armes ni préparation militaire d’aucune sorte, aucun de ces « croisés » d’un nouveau genre ne reviendra vivant de l’expédition,… Tous massacrés par les turcs. Quant au chœur du Teatro Regio, il affronte vaillamment une partition difficile. Et si la diction est souvent aléatoire, le travail accompli avec Martino Faggiani est remarquable.

Une nouvelle fois Hugo de Ana propose au public une production exceptionnelle : elle l’est d’autant plus que les effets spéciaux sont spectaculaires et que le long travail de réflexion mené en amont donne une vision de Jérusalem inoubliable. La distribution réunie pour cette nouvelle production est d’un niveau remarquable, même si nous avons noté quelques imperfections, essentiellement dus à une diction parfois aléatoire ici et là et que nous aurions préféré une Hélène, avec une voix plus corsée.

Lors de la soirée d’ouverture, la représentation du 28 septembre, le programme opératique du festival Verdi de Parme 2018 a été annoncé : Seront présentés : Macbeth (qui fera l’ouverture du festival), Atilla, Le Trouvère et Un giorno di regno (qui sera donné au Teatro Verdi de Busseto). Les distributions, ainsi que l’ensemble du programme seront annoncés le 25 janvier 2018.

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Parme. Teatro Regio, le 8 octobre 2017. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Jérusalem, opéra en quatre actes sur un livret d’Alphonse Royer et Gustave Vaez. Michele Pertusi, Roger, Ramon Vargas, Gaston, Annick Massis, Hélène, Pablo Calvez, comte de Toulouse, Valentine Boi, Isaure, Deyan Vatchokov, Adémar de Monteil (légat du pape), Paolo Antognetti, Raymond, Massimiliano Catellani, l’émir de Ramia, Matteo Roma, un officier de l’émir, Francesco Salvadori, un hérault, un soldat. Filarmonica Arturo Toscanini, chœur du Teatro Regio de Parme, Daniele Callegari, direction. Hugo de Hana, mise en scène, scénographie, costunes, Valerio Alfieri, lumières, Sergio Metalli, effets spéciaux, Leda Lojodice, chorégraphies.

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