COMPTE-RENDU, opéra. LIEGE, Opéra Royal de Wallonie, le 17 av 2019. Donizetti : Anna Bolena.Peretyatko,Soloviy,Bisanti / Mazzonis di Pralafera

COMPTE-RENDU critique, opéra. LIEGE, Opéra Royal de Wallonie, le 17 avril 2019. Gaetano Donizetti : Anna Bolena. Olga Peretyatko, Sofia Soloviy, Celso Albelo, Marko Mimica. Giampaolo Bisanti, direction musicale. Stefano Mazzonis di Pralafera, mise en scène. Ambiance des grands soirs dans la maison liégeoise à l’occasion de la retransmission en direct sur Mezzo de la nouvelle production du premier volet de la trilogie Tudor composée par Donizetti. Une mise en scène façonnée par le directeur de l’institution wallonne et inaugurée à Lausanne voilà deux mois.
Stefano Mazzonis di Pralafera offre ainsi à son public un régal pour l’œil, décors superbement ouvragés et costumes somptueux, le cadre exact qui sied à cette œuvre fortement ancrée dans la grande Histoire.
Si la direction d’acteurs apparaît parfois un peu sommaire, elle se révèle pourtant transcendée par l’énergie que déploient tous les solistes en cette soirée particulière. La distribution, particulièrement soignée, fait monter la température tout au long de la représentation.

 
 
 

Deux reines pour le prix d’une

 
 
 

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A l’occasion de ses débuts dans le rôle-titre, Olga Peretyatko crée la surprise en surmontant avec panache les embûches dont regorge la partition. On sent bien la voix d’essence légère, mais le médium et surtout le grave, impressionnant, démontrent un travail considérable tant sur la couleur que sur le volume de l’instrument. Une telle construction ne va pas sans quelques fragilités dans l’aigu, plus difficile à soutenir, et un suraigu devenu désormais pudique. Mais on espère que cette audacieuse transition vers des emplois plus lourds se fera avec prudence et sagesse. Reconnaissons que la soprano russe se jette toute entière dans la bataille, très crédible dans son rôle de femme bafouée mais bien décidée à conserver son honneur jusqu’au trépas. L’artiste fait également profiter son personnage de sa grande beauté physique et de son allure en scène, donnant à chacune de ses apparitions à rayonnement particulier.

Toutefois, la Reine se fait, ainsi que dans l’intrigue, voler la vedette par sa suivante. On se souviendra ainsi longtemps de l’incandescente Giovanna Seymour de Sofia Soloviy. Véritable soprano dramatique, la chanteuse rend ainsi le rôle à son authentique nature vocale, loin des mezzos habituellement distribuée dans cet emploi. Faisant feu de tout bois, l’ukrainienne brûle littéralement les planches et emplit toute la salle de sa grande voix cuivrée, aussi à l’aise dans des aigus dardés que dans des graves de braise, démontrant en outre une remarquable agilité au second acte. Une incarnation renversante, qui éclaire le drame d’une lumière nouvelle.

 
 
 

donizetti-anna-bolena-critique-compte-rendu-peretyatko-opera-royal-de-wallonie-liege-critique-opera-concert-classiquenewsAux côtés de ces deux belles artistes, Celso Albelo retrouve avec Percy un rôle qu’il connait bien et dont la tessiture lui convient naturellement. Au début de l’œuvre, on devine que le centre de gravité de la voix, suite à de nouveaux rôles comme Riccardo dans Un ballo in maschera, s’est un peu déplacé vers le bas et que l’instrument doit se réadapter à un emploi plus aigu. Mais c’est une fois l’entracte passé que le ténor canarien se révèle pleinement, soulevant la salle par une extraordinaire scène de la prison. Cavatine murmurée en voix mixte et à fleur de lèvres, puis cabalette fiévreuse couronnée par un interminable contre-ré, il n’en fallait pas plus pour enflammer le public, qui l’acclame durant de longues minutes.

Quatrième protagoniste mais le moins gâté par la partition, Henry VIII trouve un interprète de choix en Marko Mimica. Troublant dans son costume imitant parfaitement le célèbre portrait du monarque peint par Hans Holbein, le jeune croate prouve une fois de plus qu’il fait partie du cercle très fermé des grandes basses actuelles, faisant admirer son timbre rond et éclatant, son sens de la ligne ainsi que son aigu vainqueur, des qualités qui trouvent tout naturellement à s’épanouir dans le répertoire belcantiste. Le comédien n’est pas en reste, très impliqué et sincère, parvenant à donner vie à un véritable personnage.

Les seconds rôles ne sont pas en reste, du Smeaton ambré et attachant – mais à l’aigu parfois un rien tendu – de la mezzo Francesca Ascioti au Sir Hervey sonore et prometteur du tout jeune ténor belge Maxime Melnik, en passant par le tendre Rochefort de la basse Luciano Montanaro.

Mention spéciale à la charmante Ophélie Duchnik qui joue le rôle de la fille d’Anna Bolena, une enfant dont le costume et la coiffure reconnaissables entre mille annoncent déjà la reine Elisabeth 1ère qu’elle deviendra.

Toujours très engagé, le chœur maison se fait remarquer par son excellente préparation.

Sans doute galvanisé par la captation, l’orchestre du théâtre wallon donne le meilleur de lui-même, sous la baguette énergique de Giampaolo Bisanti, le chef italien tenant plateau et fosse d’une main ferme mais qui pourrait encore gagner en souplesse pour être parfaite.

Une bien belle soirée de bel canto, saluée comme il se doit par des spectateurs heureux et enthousiastes.

 
 
   
 
 

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Liège. Opéra Royal de Wallonie, 17 avril 2019. Gaetano Donizetti : Anna Bolena. Livret de Felice Romani. Avec Anna Bolena : Olga Peretyatko ; Giovanna Seymour : Sofia Soloviy ; Lord Percy : Celso Albelo ; Enrico VIII : Marko Mimica ; Smeaton : Francesca Ascioti ; Lord Rochefort : Luciano Montanaro ; Sir Hervey : Maxime Melnik. Chœur de l’Opéra Royal de Wallonie ; Chef de chœur : Pierre Iodice. Orchestre de l’Opéra Royal de Wallonie. Direction musicale : Giampaolo Bisanti. Mise en scène : Stefano Mazzonis di Pralafera ; Décors : Gary McCann ; Costumes : Fernand Ruiz ; Lumières : Franco Marri / Compte rendu par notre envoyé spécial Narcisso Fiordaliso.

 
 
   
 
 

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