Compte-rendu, Opéra. Genève, le 13 janv 2019. Le Voyage fantastique de Sun Wukong / Opéra de Pékin

Compte-rendu, Opéra. Genève, le 13 janv 2019. Le Voyage fantastique de Sun Wukong / Opéra de Pékin. Après deux ans de bons et loyaux services (durant la durée des travaux du Grand-Théâtre qui réouvrira le mois prochain avec le Ring de Wagner), la structure en bois de l’Opéra des Nations de Genève est sur le point de partir pour la chine, afin de continuer sa vie, après avoir également servi à la Comédie-Française pendant le temps de rénovation qu’elle avait également subie. Bon enfant et spirituel, Tobias Richter a eu l’idée d’inviter la célèbre compagnie de l’Opéra de Pékin pour des adieux en forme de clin d’œil, et la troupe est venue avec un des titres parmi les plus connus dans l’Empire du Milieu : Le Voyage fantastique de Sun Wukong.

  
 
 

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Sun Wukong, alias le Roi des Singes, est l’un des personnages fictifs du monument de la littérature chinoise qu’est « Le Voyage vers l’Occident » de Wu Cheng’en, sorte de roman initiatique reflétant « le souhait de la chine ancienne d’être démocratisée, ainsi que son esprit optimiste, entreprenant et vaillant dans la lutte contre le féodalisme ». Sun Wukong, doté de nombreux pouvoirs prodigieux et d’un désir d’insoumission totale, est également un grand maître des arts martiaux. Dans la montagne aux fleurs et aux fruits, il décide de réunir ses congénères simiesques afin de se soulever contre l’Empire Céleste qui cherche à le soumettre. Mais toutes les tentatives de l’Empereur de Jade dans ce sens, échoueront les unes après les autres, et finira même par être vaincu par lui.
Genre traditionnel né en 1790 (et inscrit au patrimoine immatériel de l’humanité en 2010), l’Opéra de Pékin connaît son apogée au 19e siècle dans la cour de la dynastie des Qing (1644-1912). Mêlant musique, chant, déclamation, théâtre, acrobatie et arts martiaux, il éblouit les yeux avec des costumes et maquillages aux couleurs vives jusqu’à l’excès. Leurs couleurs et formes obéissent à un code précis pour mettre en avant diverses significations (idées, caractères, rangs…). Tout est ici codifié : le blanc utilisé comme fond de teint implique un manque de loyauté, la médisance ou l’hypocrisie. Le noir s’applique aux hommes francs et audacieux, tandis que le bleu foncé préfigure un être orgueilleux et brutal. Le gris est l’apanage des vieillards quand la couleur argentée l’est aux Dieux. De même, la couleur ou l’étoffe d’un costume fait sens : le rouge indique le bonheur, un habit en soie blanche indique la pureté et la simplicité, etc.
Au cours de la soirée, nous relevons de nombreuses rapprochements avec l’opéra baroque occidental. La voix très aiguë des personnages jeunes ou/et nobles se rapproche de l’esthétique du castrat, même si la technique est totalement différente, d’autant que les personnages âgés ou religieux chantent et déclament avec des voix plus graves. Le mélange de personnages de la sphère divine et du monde humain est un sujet fréquemment utilisé dans des pièces de théâtres et des opéras occidentaux empruntés à la mythologie. Les mélodies sont toujours à l’unisson entre voix et cordes, où l’accompagnement d’un ensemble instrumental – placé ce soir à cour – donne différents degrés d’épaisseur à la musique. Mais les percussions, constitué essentiellement de cymbales de diverses tailles ainsi que des morceaux de bois entrechoqués, jouées selon des formules rythmiques codés, ont des sons extrêmement stridents et « bruyants », notamment dans les scènes de combat, très nombreuses ici. La soirée est en tout point une réussite, et le succès public est au rendez-vous, mais il aurait peut-être mieux valu ne pas sonoriser le spectacle, tant pour l’orchestre que pour ces voix aiguës à projection particulière, qui sont déjà bien assez sonores sans besoin d’amplification supplémentaire…

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Compte-rendu, Opéra. Genève, Opéra des Nations, le 13 janvier 2019. Le Voyage fantastique de Sun Wukong par la compagnie de l’Opéra de Pékin.

Illustration : DR

  
 
 

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