jeudi, décembre 8, 2022

Compte rendu, festival. Utrecht, Festival de musique ancienne 2015. Utrecht early music festival 2015 / Oudemuziek 2015. 2,3, 4 septembre 2015

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Arriver à Utrecht depuis Paris est dépaysant. Sous les trombes d’eau, un ciel qui ne se retrouve que dans les tableaux des grands maîtres du XVIIème. La lumière est le terreau du langage visuel des terres néerlandaises. Des bouches de l’Escaut aux docks de Rotterdam et des vertes parcelles de Gouda aux clochers écarlates d’Utrecht. On imagine bien dans ces étendues le creuset de tant d’inspiration paysagiste et aux coloris divers. Depuis les baies vitrées du Thalys, on s’imprègne des riches nuances d’un tableau vivant, une sorte d’impressionnisme biologique dont semble issu l’oeil de Van Gogh.

 

 

Utrecht

 

 

Utrecht, (NDLR : 4ème ville des Pays Bas, 314 000 habitants), ville des canaux, des façades riantes et des rues emplies de bicyclettes et de la jeunesse en fleur. La ville de la Paix centenaire qui calma l’Europe de 1713 pour deux siècles. Utrecht est une ville au passé généreux et riche. Mais c’est dans cette cité, au coeur des Pays-Bas qu’a lieu le prestigieux Festival de Musique Ancienne (NDLR : oudemuziek en néerlandais : voir le site http://oudemuziek.nl/home/) . Ce festival est l’un des plus célèbres et des plus dynamiques en Europe, en témoigne la programmation, toujours axée sur une thématique et un esprit de renouvellement du répertoire. La curiosité de ce festival, nous emmena en 2015 sur les rives de l’ile d’Albion, au sein de ses plus grandioses trésors. De la polyphonie de Lawes et de Tallis, au dramatisme de Purcell et Eccles.

 

 

Utrecht: la cité de la musique!

 

La ville d’Utrecht respire le dynamisme et des endroits tels que le Tivoli (grande salle multiple de concerts) et les rues commerçantes en témoignent. Par ailleurs, nous avons eu la chance d’être logés dans le EYE HOTEL qui résume à lui seul l’esprit d’avant-garde d’Utrecht, tout en préservant la tradition et l’histoire. En effet cet hôtel est sis dans un ancien hôpital ophtamologique, d’où le nom d' »Eye ».

 

 

Utrecht-festival-2015-582

 

 

Par ailleurs, cette tendance de renouveau se ressent dans l’implication politique innovante de la municipalité d’Utrecht dans la musique. Ne se contentant pas simplement de soutenir le Festival dans cette période difficile, mais aussi de créer un programme spécial dédié à la musique, la Ville assure sa diffusion et son irrigation dans la ville. Saluons cette démarche qui, comme c’est souvent le cas dans les pays du Nord, commence à être une réussite. A l’heure où les communes et collectivités territoriales en France se désengagent par pourcentages, on en deviendrait presque jaloux de ces initiatives.

Et pourtant tout n’est pas pour le mieux à Utrecht, le Festival a vu ses subventions de l’Etat Néerlandais tronquées de 70%! Nous nous demandons si les conseillers ou thuriféraires de l’économie triomphante sont suffisamment observateurs avant de couper sans raison. L’administration, dans sa folie de thésaurisation, tue petit à petit des manifestations uniques et coupe les subsides d’emplois stables. Nous soutenons ici la labeur artistique et institutionnelle de l’Oudemuziek Festival de musique ancienne d’Utrecht contre les préceptes et actions néfastes des tutelles sans conscience.

utrecht oudemuziek 2016 early music festival utrecht festival de musique ancienne d utrecht 2015 presentation reviex 2015 classiquenewsEt pourtant, malgré 70% de subventions en moins, le Festival n’en démérite pas quant à la qualité de son offre et l’intelligence de ses choix. A sa tête, Xavier Vandamme, qui préside maintenant le Réseau Européen de Musique Ancienne et le flûtiste Jed Wentz qui l’assiste à la programmation, ont posé les bases solides d’un type de programmation inventif et varié. Pour l’édition Anglaise de 2015, non seulement le choix esthétique et historique a rendu accessible toute la musique ancienne d’Albion à nos oreilles, mais en plus ils ont associé le festival à l’immense patrimoine de la Collection des ducs de Montague. Ce cocktail a donné une édition anglaise pleine des délices de la Merry England!

 

 

 

 

2 SEPTEMBRE 2015 – 20h – Tivoli Vredenburg
DUNEDIN CONSORT – John Butt

Alliant une certaine idée de la musique anglaise avec un souci pédagogique et historique, ce concert est un condensé de tout le XVIIème siècle britannique. Partant des pièces sacrées de Tallis et Lawes, le Dunedin Consort aboutit en deuxième partie à l’incroyable Venus & Adonis de Blow avec un naturel assez surprenant.  Dunedin Consort, c’est d’abord une maîtrise du langage de la musique anglaise et puis un savoir faire qui offre une vue enthousiasmante de leur interprétation. Des polyphonies, ils exposent le substrat délicat et coloré. Pour la partie plus dramatique, John Butt et ses musiciens opèrent une narration toute en finesse et avec des rebondissements successifs sans que l’ennui s’installe. Nous saluons le quatuor vocal, mené par Mhairi Lawson, sublime et sensuelle Vénus et Matthew Brook en Adonis, viril et tendre. C’est avec cette puissance que la beauté peut être révélée dans toute sa splendeur.

 

 

 

 

3 SEPTEMBRE 2015 – 20H – Tivoli Vredenburg
John Eccles : SEMELE
LA RISONANZA – Fabio Bonizzoni

Stefanie True – Semele

Fulvio Bettini – Jupiter

Marina de Liso – Juno

Jean-François Lombard – Athamas

bonizzoni fabio la risonanza semele eccles utrchet festival 2015 presentation review CLASSIQUENEWS_BonizzoniSémélé en glamazone… »I love and I am loved… » La pluie est joyeuse sur les pavés et les briques d’Utrecht. On y retrouve en mille reflets la lumière des colères du roi des Dieux. Aussi s’y reflètent les badauds, les couples qui s’enlacent et mille autres sensations urbaines, comme un tableau vivant, de nouvelles mythologies.  Semele est une mortelle, belle et séductrice. C’est, des deux filles de Cadmus, celle qui a eu la faveur de Jupiter. Son impertinence et, pourrait-on dire, sa naïveté l’a précipitée dans le feu des foudres. Et c’est dans son sein que naquit Bacchus, prince et roi de la joyeuse treille, celui aussi dont la colère perdit bon nombre de mortels. Semele est l’incarnation de la fatuité, au XXIème siècle ce serait une glamazone aveuglée par le pouvoir et l’argent.

Utrecht invite dans ses riches heures musicales, cette oeuvre magnifique, dont le livret signé William Congreve est une merveille d’équilibre et de solidité dramatique. D’ailleurs il servit en 1744 à une autre Semele, celle de Händel. La musique de John Eccles est le maillon qui unit Purcell à Boyce, Croft, ou Händel, c’est l’un des maîtres de l’opéra anglais. Sa Semele est un exemple formidable de la maîtrise de l’écriture pour consort de cordes, puisqu’il n’y a pas vraiment de vents. On saisit la force de l’histoire de la Thébaine avec incision et sensualité.

Pour cette mouture, Fabio Bonizzoni et sa Risonanza habitent merveilleusement bien la partition. Excellents déjà dans l’interprétation du répertoire italien, ici ils se surpassent en nous offrant une performance dans le plus pur style anglais mais avec une énergie solaire. Une sorte de Canaletto Londonien! A part quelques coupures, que nous regrettons, tels deux airs de Semele sublimes, c’était une représentation réussie.  Côté voix, le plateau est idéal. Stefanie True est sensuelle, pleine de puissance et avec une subtilité de taille pour le rôle -itre. Fulvio Bettini est un peu moins énergique mais demeure correct. Marina de Liso est grandiose en Juno, l’anglais est remarquable et l’interprétation géniale. Jean-François Lombard est un Athamas tendre et émouvant. Le voyage anglais de La Risonanza a permis à cet ensemble d’explorer d’autres répertoires où on les attend avec impatience. Utrecht est comme ça, une ville de surprises, de voyages inattendus et de révélations.

 

 

 

 

4 SEPTEMBRE 2015 – Beffroi, à 80 m au dessus d’Utrecht
Malgosia Fiebig – Carillonneuse

Tout le long des promenades et découvertes, au détour des rues, c’est la haute figure du Beffroi d’Utrecht qui domine les heures de la ville. Et en son sein, on entend tour à tour les échos des cloches qui font battre le coeur musical de la cité.  Chaque Festival a son hymne secret, et cette année, le vénérable carillon d’Utrecht a joué les impondérables pièces emblématiques du répertoire anglais.

A la tête de cette institution, se tient Malgosia Fiebig, carillonneuse d’Utrecht et de Nijmegen, deux villes de paix. Malgré les marches et la hauteur, le concert des cloches et saisissant. Malgosia Fiebig, de point ferme, sillonne les jeux du carillon avec la virtuosité d’un concertiste. Tout en contemplant les rigoles de la ville sous les larmes du ciel, la musique des cloches teinte l’atmosphère d’une poésie particulière.

Utrecht nous saluait ainsi, par les diamantins appels au lointain, comme un au revoir qui fit lever les nuages pour nous conduire vers le retour. A travers les canaux et les champs, le train fit défiler encore et encore les lumières du Nord, parées des voiles des promises de l’automne. De sorte qu’on espère toujours qu’Utrecht soit un éternel retour.

NDLR : en 2016, le thème conducteur du festival d’Utrecht Oudemuziek 2016 est la Serenissima, musique vénitienne avec Vivaldi, Willaert, Gabrieli. Du 26 août au 4 septembre 2016. 

 

 

 

 

Compte rendu, festival. Utrecht, Festival de musique ancienne 2015. Utrecht early music festival 2015 / Oudemuziek 2015. 2,3, 4 septembre 2015

 

 

 

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