Compte rendu, festival. Sanxay. Théâtre gallo-romain, le 10 août 2015. Giacomo Puccini : Turandot. Anna Shafajinskaia, Rudy Park, Tatiana Lisnic. Eric Hull, direction musicale. Agostino Taboga, mise en scène.

Pour ce cru 2015, les Soirées Lyriques de Sanxay se sont attaquées pour la première fois à l’ultime chef d’œuvre de Puccini. En ce soir de première, le théâtre bruisse des ombres qui occupent encore les lieux et qui chuchotent que la soirée sera à la mesure de la majesté de l’endroit. Après une surprenante introduction théâtrale, vrai-faux sketch politique aussi hilarant qu’inattendu, le soleil a enfin disparu, la nuit s’avance et la magie de la soirée peut commencer à faire son œuvre.

 

 

 

Turandot ou… Calaf ?

 

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La mise en scène imaginée par Agostino Taboga se révèle aussi simple et dépouillée que merveilleusement évocatrice, relevée par de somptueux costumes. Les mouvements de foule, si importants dans ce conte paradoxalement intime et pudique, sont réglés avec maestria, et on se souviendra longtemps de ces deux danseurs illustrant la célèbre scène des Enigmes, le double de Calaf terrassant par trois fois celui de Turandot. Réunir aujourd’hui une distribution solide pour servir cette œuvre relève de la gageur, mais le directeur du festival possède autant un carnet d’adresse foisonnant qu’une oreille affûtée, ce qui nous vaut de bien beaux moments. Après l’imposant mandarin de Nika Guliashvili, on apprécie sans réserve un excellent trio de ministres composé du baryton Armen Karapetyan et des deux ténors Xin Wang et Carlos Natale. Seul l’Altoum de Ronan Nédelec manque d’autorité.
Très convainquant dans le rôle de Timur, Wojtek Smilek fait admirer son beau timbre de basse, qu’on aimerait cependant parfois un rien plus mordant.
Inoubliable Liù, Tatiana Lisnic nous rappelle qu’elle fait partie des meilleures chanteuses de notre époque. Chaque note sonne librement, colorant un timbre d’une eau toujours aussi belle, et la musicienne s’avère bouleversante, osant des piani suspendus qui déchirent le cœur. Rarement l’amour de cette petite esclave pour Calaf aura été aussi palpable. En outre, Dame Nature s’improvise à son tour metteuse en scène : à l’issue de la mort de la jeune femme, proprement poignante, une étoile filante traverse le ciel au-dessus des spectateurs, hasard du plus bel effet.
Dans le rôle-titre, la russe Anna Shafaijinskaia se tire avec les honneurs d’une écriture redoutable et, si le médium apparaît par instants moins assuré dans son soutien, l’aigu se projette avec insolence, véritable javelot sonore.
Mais le grand triomphateur de la soirée, celui qui valait à lui seul le déplacement, n’est autre que le Calaf titanesque de Rudy Park, sans rival aujourd’hui. Dès qu’il ouvre la bouche, déployant son instrument large et tellurique, sans limites apparentes, on ne peut que penser aux grands ténors dramatiques de la moitié du XXe  siècle, Franco Corelli en tête.

 
 

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Sa compréhension du rôle est totale, et il se permet même de laisser apparaître les fêlures de l’homme sous l’épaisse cuirasse du guerrier.
Le sommet de la soirée est atteint avec un « Nessun dorma » d’anthologie, que nous sommes allés entendre depuis le promenoir, c’est-à-dire tout au fond du théâtre, assis sur l’herbe surplombant toutes les arènes. Que dire ? Sinon que la distance physique n’a plus aucune valeur, la voix immense du ténor coréen paraissant monter toute seule, plus sonore encore que depuis notre place au milieu des gradins. La montée dramatique de l’aria, aussi progressive que grandiose, donne le frisson, et l’aigu frappe haut et fort, solaire et triomphant, achevant de nous faire rendre les armes.
Excellents également, les chœurs et l’orchestre du festival, tous pleinement investis d’une même énergie, pour un très beau résultat musical.
Soutien sans faille pour cette superbe équipe, le chef canadien Eric Hull dompte avec succès l’acoustique, toujours périlleuse pour les instrumentistes, du plein air et sert Puccini avec les honneurs. Une grande soirée, de grandes voix, pour des Soirées Lyriques de Sanxay qui démontrent une fois de plus leur place parmi les grandes manifestations lyriques de l’été.

 

 

Compte rendu, festival. Sanxay. Théâtre gallo-romain, 10 août 2015. Giacomo Puccini : Turandot. Livret de Giuseppe Adami et Renato Simoni. Avec Turandot : Anna Shafajinskaia ; Calaf : Rudy Park ; Liù : Tatiana Lisnic ; Timur : Wojtek Smilek ; Ping : Armen Karapetyan ; Pang : Xin Wang ; Pong : Carlos Natale ; Altoum : Ronan Nédélec ; Un mandarin : Nika Guliashvili. Chœur des Soirées Lyriques de Sanxay ; Chef de chœur : Stefano Visconti. Orchestre des Soirées Lyriques de Sanxay. Eric Hull, direction musicale. Mise en scène : Agostino Taboga ; Scénographie et lumières : Andrea Tocchio et Maria Rossi Franchi ; Costumes : Shizuko Omachi ; Décors : Soirées Lyriques de Sanxay

 

 

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