Compte rendu, critique, OPERA. Paris, Opéra-Comique, le 23 décembre 2017. ROSSINI : Le comte Ory. Podalydes

2751-1-lecomteorydrvincentpontetCompte rendu, critique, OPERA. Paris, Opéra-Comique, le 23 décembre 2017. ROSSINI : Le comte Ory. Podalydes. Facétieux autant quimpertinent, le moins connu des opéras français de Rossini a pris ses quartiers d’hiver, à l’Opéra Comique à Paris, lieu écrin où l’ouvrage semble nager comme poisson dans l’eau. Aux côtés du modèle et prototype du grand opéra français, Guillaume Tell (1829), Le Comte Ory de 1828 est un autre opéra français, écrit pour la scène de l’Opéra de Paris, lui en deux actes, qui synthétise le geste génial d’un Rossini habile amuseur autant que chanteur inspiré, où prime ici la séduction mélodique, moins le raffinement harmonique et surtout la frénésie irrésistible des ensembles.

Rien à reprocher au plateau vocal et surtout au formidable orchestre requis pour cette pépite lyrique marquant les fêtes de fin d’année 2017, l’Orchestre des Champs-Élysées fondé par Philippe Herreweghe et si savoureux par ses couleurs et accents d’époque. On regrette cependant le manque de finesse et surtout de vibration pétillante dans la direction bien sage voire terne de Louis Langrée.

Le metteur en scène, hier comédien, Denis Podalydès, inscrit l’action en 1830 soit à l’époque de Rossini à Paris…quand le librettiste Scribe l’avait situé en 1828 au Moyen-âge. Ainsi on n’attend pas ce soir les Croisés mais les soldats français partis prendre Alger… Tout s’enchaîne avec rythme et énergie parfois au risque de diluer et évacuer le trouble et la profondeur de certains personnages mais les situations sont bien caractérisées.

Les hommes étant partis, quelques belles dames sont restées seules au château : Dame Ragonde vieille rombière (Eve -Maud Hubeaux), surtout la jeune et belle veuve, la Comtesse (Julie Fuchs). Il n’en fallait pas davantage pour susciter convoitise et désir du séducteur aventurier le Comte Ory (Philippe Talbot) et son double Raimbaud (Jean-Sébastien Bou)… D’abord déguisés en prêtres, ils pénètrent au Château (Acte I) mais dévoilés, ils sont chassés puis reviennent…en religieuses (Acte II). Au moment du retour des époux / soldats, les audacieux travestis n’ont rien fait mais leur absence suscite finalement bien des regrets de la part des dites dames.

rossini ory opéra comique compte rendu critique sur classiquenews -comteoryDans cet échiquier de faux semblants et de  vrais mensonges, la Comtesse s’est éprise du Page du Comte, Isolier (Gaëlle Arquez),… Fine allusion de Rossini aux Noces de Mozart dont il reprend aussi l’esprit de Cosi fan Tutte. L’inconstance et la fragilité du cœur habitent les protagonistes. Ces visiteurs devenues visiteuses ont semé la graine du doute et de l’inconstance, du désordre et de la liberté. Le désir brûle quand il est interdit.
Dans ce jeu à double face, entre légèreté et vérité, insouciance et sincérité, l’Alice de Jodie Devos emporté la mise. Son style n’est pas que virtuosité et esprit de boulevard. Et le chœur des Éléments auquel il est beaucoup demandé, s’en tire avec justesse et drôlerie. Voilà donc ce Rossini impertinent facétieux, en verve et en profondeur. De la finesse et du théâtre. Stimulant rappel. Illustrations : 
Le Comte Ory © V Pontet / Opéra Comique

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Compte rendu, critique, OPERA. Paris, Opéra-Comique, le 23 décembre 2017. ROSSINI : Le comte Ory. Podalydes. Jusqu’au 31 décembre 2017. Diffusion sur France Musique, le 21 janvier 2018

Avec Philippe Talbot, Julie Fuchs, Gaëlle Arquez, Jean-Sébastien Bou, Patrick Bolleire, Éve-Maud Hubeaux, Jodie Devos, Laurent Podalydès, Léo Reynaud.

Chœur les éléments
Orchestre des Champs-Elysées

Direction musicale, Louis Langrée
Mise en scène, Denis Podalydès

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