Compte-rendu, concert. Toulouse, Halle-aux-grains, le 4 février 2017. Dvorak, Mozart, Haydn. Scottish Chamber Orchestra. Maria Joao Pires, piano. Robin Ticciati, direction.

Compte-rendu, concert. Toulouse, Halle-aux-grains, le 4 février 2017. Dvorak, Mozart, Haydn. Scottish Chamber Orchestra. Maria Joao Pires, piano. Robin Ticciati, direction. LLa venue de Maria Joao Pires est toujours une fête à Toulouse tant la grande dame est aimée en raison de la simplicité de sa personne, sa modestie et la musicalité subtile de son jeux. Grande mozartienne, c’était une fête annoncée et qui a bien eu lieu, que de l’écouter dans un concerto de Mozart. Le 27ème Concerto pour piano de Mozart est son dernier. Véritable œuvre de musicien, il n’a pas la brillance, ou la grandeur de tel autre mais il est construit en un équilibre parfait qui permet de dérouler toute la beauté mozartienne, dans son mariage si réussi du piano et de l’orchestre. Lui qui, premier compositeur affranchi, composait et jouait ses concertos de piano pour vivre libre, termine ainsi dans une sorte d’épure. Le 27ème possède une émotion particulière car nous savons que ce fut le dernier que Mozart joua le 4 mars 1791.

Que de beauté !

pires maria joao pianoMaria Joao Pires s’entend à merveille avec le chef Robin Ticciati qui demande à l’orchestre beaucoup de clarté et de précision. Les phrasés sont parfois un peu contraints, créant une urgence intéressante.  Ce Concerto qui va vers une apparente simplicité, loin de tout effet, est en fait très riche en modulations. Larmes au bord des yeux dans un sourire. Cette complexité harmonique est mise en valeur par la direction du maestro qui cherche beaucoup de pureté et une précision à la limite de la sècheresse pour les cordes. Maria Joao Pires joue comme un ange avec une simplicité déconcertante. Comment de si petites mains contiennent tant de musique ? La douceur, l’amour, la bonté, rien ne cherche l’effet. Toute la beauté de la musique de Mozart coule sans heurts. L’orchestre et la pianiste s’écoutent et se répondent avec délicatesse. Les tempi allants évitent tout alanguissement. Même le Larghetto avance dans la pureté de son charme. Le final est comme une paix enfin gagnée sur la vie plutôt complexe de Mozart. Le printemps et l’amour, même si c’est fragilement, gagnent. La complicité des instrumentistes avec la pianiste est d’une harmonie de chaque instant. Robin Ticciati, tout sourire, participe activement à ces splendides échanges. En bis, sous les ovations d’un public conquis et heureux Maria Joao Pires offre avec l’orchestre l’Andante du célébrissime Concerto n°21. Sorte de récompense pour ceux qui dans le public ont été peinés d’apprendre le changement de programme qui du 21ème est passé au 27 ème. Ainsi l’Andante, dans un tempo très allant, avec des pizzicati amoureux et engagés a permis au chant de l’absolu de s’élever sans limites. Un grand moment de poésie et de partage !

Ticciati Robin maestro mozart concert classiquenews 13047_1En Deuxième partie de programme, nous avons bénéficié d’une interprétation absolument éblouissante de la Symphonie Londres de Haydn. La précision, l’énergie de chaque instant, l’analyse de chaque moment permettent à la complexité de la partition de gagner une séduction… diabolique. Ce son comme dégraissé, cette puissance élégante des timbales ensorcèlent. Rien de classique ni d’ennuyeux avec un chef de cette trempe. Le génie énergisant de Haydn en sa puissance créatrice, exulte. Le public est comme gagné par cette énergie et fait un triomphe aux interprètes aussi enthousiaste que lors du concerto. Le bis choisi par Ticciati permet de déguster un lyrisme des cordes au bord du sirupeux d’une sensualité rare. L’andante de la suite américaine de Dvorak a ainsi mis en perspective l’entrée du concert qui s’était faite sur des extraits des Légendes dans la version de Dvorak lui-même, pour orchestre. La variété des pièces, leurs couleurs comme leur saveurs folkloriques avaient ouvert nos oreilles à la finesse des interprètes. Le bis final tout en lyrisme permet de mieux comprendre encore le parti pris analytique de Ticciati dans Mozart et Haydn. Merci aux  Grands Interprètes d’avoir convié des artistes d’une aussi grande sensibilité pour un concert mémorable.

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Compte-rendu concert. Toulouse, Halle-aux-grains, le 4 février 2017. Antonin Dvorak (1841-1904) : Légendes, Op.59n°1, 2, 7, 8, 4. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Concerto pur piano et orchestre n°27, en si bémol majeur, K.595. Joseph Haydn (1732-1809) : Symphonie n°104, en ré majeur, Londres. Scottish Chamber Orchestra. Maria Joao Pires, piano. Robin Ticciati, direction.

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