lundi, janvier 30, 2023

COMPTE-RENDU, concert. SCEAUX, HDV, le 30 mars 2019. La Schubertiade de Sceaux. SCHUBERT : Quatuor Elmire

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schubertiade-sceaux-leaderboard-18-19-190-800-VIGNETTE-classiquenewsCOMPTE-RENDU, concert. SCEAUX, HDV, le 30 mars 2019. La Schubertiade de Sceaux. SCHUBERT : Quatuor Elmire (dernier concert de la saison 2018 – 2019). Voilà assurément un programme modèle pour la nouvelle et fabuleuse Schubertiade de Sceaux dans les Hauts de Seine. « Modèle » car l’œuvre la plus bouleversante et profonde de Franz Schubert est ici servie par une jeune phalange d’une maturité déjà prometteuse (ils n’ont que 3 ans, regroupés en quatuor depuis 2016) : les quatre instrumentistes du Quatuor Elmire (pour comprendre le choix de leur nom, voyez du côté de Molière et de son Tartuffe)…
D’abord « chauffés » par l’équilibre et l’élégance en rien artificiels du Quatuor de Beethoven (Quatuor op. 18 n°3, très proche de la finesse d’un Haydn), les quatre musiciens abordent le dernier Quatuor de Schubert, avec un 2è violoncelle (Quintette), en intensité et intériorité. Ils (et elle : car le 2è violoncelle est assumée par Sarah Sultan, transfuge pour l’occasion du Trio Atanassov) dessinent les paysages crépusculaires suspendus du Wanderer Franz en longues phrases profondes, développant articulation flexible (violon 1 et violoncelle 1), écoute continue, surtout sonorité d’un souffle et d’une justesse nuancée … proprement saisissante.

L’œuvre jamais éditée du vivant de l’auteur, est intense et tragique, c’est un « testament musical » composé pendant l’été 1828, deux mois avant la mort de Schubert.

 

 

 

sceaux la schubertiade de sceaux hotel de ville saison sur classiquenewsDans la salle de réunion de l’Hotel de Ville de Sceaux, les musiciens sculptent la matière ardente, crépitante et mordante aussi du premier mouvement (Allegro ma non troppo) : entrée en matière fortement charpentée dont les jeunes instrumentistes excellent à exprimer la carrure, le relief parfois âpre et même véhément, comme les derniers assauts d’une conscience à la fois décuplée et …foudroyée. Puis vient l’admirable Adagio, nocturne éperdu, suspendu, dont il font en une plongée progressive et calibrée, rythmée selon les pizz enchanteurs du 2è violoncelle, une réflexion ample, définitive, lugubre sur la mort, la finalité de toute chose… C’est comme si Schubert nous faisaient plonger au delà de l’expérience sensible, au delà de la conscience, dans des eaux inconnues qui toujours questionnent le sens d’une vie terrestre, et jusqu’où pouvons-nous aller ? Jusqu’où pouvons-nous nous perdre dans cette quête infinie, qui est découverte, exploration mais aussi chute et ensevelissement ? Nous égarer hors de l’espace et au delà du temps mesurable, voilà l’une des épreuves que nous réserve Schubert et que permet la musique. Singulièrement.
Dans ce parcours introspectif d’une exceptionnelle acuité, les Elmire sont des guides d’une prodigieuse activité, faisant briller et rougir ce chant de l’au-delà, d’une sincérité et d’un dénuement ultime. La clarté du contrepoint, la lisibilité des réponses, l’activité filigranée et parfaitement articulée de tous les contrechants, comme la ligne mélodique à la fois sobre et flexible du violon I (Scherzo, puis Allegretto final) n’en finissent pas d’enchanter, d’enivrer, de nous hypnotiser.

 

 

 

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A la sûreté de leur geste, les jeunes instrumentistes produisent aussi une sonorité délectable, à la fois claire et puissante, jamais forcée ni épaisse et qui grâce à un réglage de l’acoustique de la salle, se réalise idéalement. Ajoutons que le premier violon et le violoncelle sont d’une facture historique contemporaine, assurant à l’ensemble cette étonnante ossature, ferme, solide, carrée, continûment équilibrée.

Il fallait donc attendre le dernier concert de la première saison de la Schubertiade de Sceaux pour atteindre aux éthers métaphysiques et spirituels d’un Schubert touché par la grâce, voyageur, questionneur, explorateur de l’âme humaine. Ce programme est d’autant plus mémorable qu’il assure un tremplin à une jeune formation parmi les plus douées de la nouvelle génération de chambristes français. Aucun disque encore, car ils attendent de progresser. Mais à Sceaux (où ils jouaient ensemble pour la première fois l’odyssée spirituelle de Schubert), la révélation et la confirmation d’une intelligence collective qu’il faut désormais suivre.

 

 

 

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Saluons le discernement et l’appui du Maire de Sceaux, Philippe Laurent, impliqué depuis son début pour la réussite de la nouvelle saison de concerts. Il ne s’agit pas seulement d’un appui logistique (la salle de réunion de l’Hôtel de ville devient salle de concert en un transfert pour nous exemplaire : ainsi le lieu des délibérations publiques et citoyennes se fait aussi comme naturellement écrin de culture proposé à tous).
Il s’agit aussi de poursuivre dans la durée ce que la musique classique et l’expérience de la musique de chambre peut apporter dans la vie de la cité : un temps de réflexion dans un planning quotidien qui en manque considérablement ; une pause qui devient comme ce soir, baume pour l’âme et pour l’esprit. Mais le lien entre la Municipalité et la pratique de la musique de chambre ne date pas d’aujourd’hui ; la conversation en musique qui est le point le plus abouti de la pratique chambriste remonte au temps où les Lowenguth (Alfred puis Jacqueline) défendaient à Sceaux déjà une saison de musique de chambre. L’acte est emblématique et presque militant en soi : comment ne pas établir un parallèle alors entre l’exercice de la musique de chambre, et le défi du dialogue et de la conversation sur la place publique, d’autant plus actuellement où le « grand débat » a suscité une vaste adhésion des français ? L’écoute et le goût de la combinaison, la réussite d’une expérience collective sont à n’en pas douter des défis permanents, jamais acquis… mais dans leur accomplissement, porteurs de progrès sociétal et civique. Voilà une rencontre du politique et de la culture, résolue, heureuse, durable.

 

 

 

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Souhaitons que le dialogue établi entre le Maire de Sceaux et Elisabeth Atanassov, directrice générale des La Schubertiade de Sceaux ne s’interrompe jamais : la place de la culture et de la musique classique cultivent des valeurs fondamentales pour notre cadre de vie et la réalisation du vivre ensemble : partage, ouverture, curiosité, compréhension, réflexion… un modèle de société en sorte. Ce soir, annoncée dans le programme de salle, les très nombreux festivaliers de la Schubertiade de Sceaux ont pu découvrir un avant-goût de la saison prochaine. L’aventure continue donc. A suivre sur classiquenews.com. Illustrations : les musiciens du concert du 30 mars / Philippe Laurent, Maire de Sceaux et Elisabeth Atanassov (DR / Mairie de Sceaux)

 

 

 

 

 

 

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COMPTE-RENDU, concert. SCEAUX, La Schubertiade, le 30 mars 2019. Haydn, Schubert (Quintette pour deux violoncelles). Quatuor Elmire. Dernier concert de la saison 2018 – 2019.

 

 

 

LIRE aussi notre annonce présentation du concert du Quatuor ELMIRE, sam 30 mars 2019 à Sceaux, La Schubertiade de Sceaux
https://www.classiquenews.com/le-quatuor-elmire-a-la-schubertiade-de-sceaux-2/

LIRE aussi notre présentation générale de la saison 1 de La Schubertiade de Sceaux 2018 – 2019 :
https://www.classiquenews.com/sceaux-la-schubertiade-nouvelle-saison-de-musique-de-chambre-des-le-13-octobre-2018/

LIRE aussi notre entretien avec Elisabeth Aranassov, directrice générale des La Schubertiade de Sceaux :
https://www.classiquenews.com/sceaux-la-schubertiade-nouvelle-saison-de-musique-de-chambre-des-le-13-octobre-2018/

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