Compte-rendu, concert. Prades, les 6 et 7 août 2018. Verdi, Olivero,…

Compte-rendu, concert. Festival Pablo Casals de Prades, les 6 & 7 août 2018. Verdi, Olivero, Granados, Albeniz, Theodorakis, Saint-Saëns, Brahms, Debussy, Mahler… Chacune des nouvelles éditions du Festival Pablo Casals est placée sous une thématique ou un fil conducteur : celle de la 66e année est ainsi intitulée « Un archet pour la paix », en référence à un magnifique archet qui a mis à contribution pas moins de cinq luthiers (qui en ont fait cadeau au festival), et qui sera gracieusement prêté ensuite (pour une durée encore à déterminer) à un des brillants membres de l’Académie de la célèbre manifestation catalane. Nous avons justement assisté à cette soirée de « passation » qui encadrait, en l’Abbaye de St Michel de Cuxa, un concert intitulé « Mare Nostrum », en référence aux compositeurs à l’honneur en cette soirée du 6 août, tous issus de pays bordant la Méditerranée…

 

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C’est avec le rare quatuor en Mi mineur de Giuseppe Verdi que débute la soirée, avec rien moins que le fameux Talich Quartet sur scène. On doit son existence au fait que la création italienne d’Aida au San Carlo de Naples ayant été retardée du fait de l’indisposition du rôle-titre, Verdi consacra son temps à l’écriture de sa première œuvre de musique de chambre, qui sera créé deux jours après la première de l’opéra, au cours d’une audition privée organisée à son hôtel. Dès l’amorce l’Allegro initial, on comprend que style et humanité feront bon ménage dans cette pièce servie ici par un souffle généreux et des coloris raffinés : on ne saurait résister à tant de simplicité souriante. On ne sourit plus du tout avec la pièce qui suit, l’« Aria pour clarinette, violon, violoncelle et piano » de la compositrice israélienne Betty Olivero, notamment à cause de la brutalité que la partition exige du piano (confié à Itamar Golan) dont on se demandait s’il allait sortir indemne du martyr qui lui été imposé. Aux côtés de pièces courtes écrites par Albéniz et Granados (interprétées par Mihalea Martin au violon et Oliver Triendel au piano), le concert s’achève par le non moins rare Sextuor pour flûtes et quatuor à cordes avec piano (1947) de Mikis Theodorakis (interprété par l’Artis Quartet et le flûtiste Patrick Gallois), œuvre dans laquelle la flûte se taille la part belle et parvient tout au long des trois sections de l’œuvre à s’imposer magistralement, tout en tendresse, en rondeur ou en engagement.

Le concert du lendemain, toujours dans la nef de la magnifique abbaye romane de St Michel de Cuxa, est lui intitulé « Entre deux guerres » (les deux paix de Versailles en 1871 et 1918), et met en miroir des compositeurs français et germaniques. La seconde partie de la soirée offre ainsi à entendre, après le court Allegro Appassionato op 43 de Saint-Saëns, le Quatuor à cordes n° 1 en Ut mineur op. 51/1 de Johannes Brahms, dont le compositeur allemand a eu du mal à accoucher tant l’ombre du grand Ludwig van Beethoven restait intimidante dans ce domaine, comme dans celui de la symphonie. Il ne lui fallut ainsi pas moins d’une vingtaine d’années pour finir cette composition marquée par le doute, mais si Brahms reste un peu sur son quant-à-soi dans les deux premiers mouvements, de facture très classique, le troisième, Allegro molto moderato e comodo, est porté par un lyrisme et une ardeur mélodique irrésistibles que le brillant Quatuor Artis parvient ce soir à transmettre avec chaleur et retenue à la fois. Telle est bien la qualité de ces superbes instrumentistes toujours à la recherche de la couleur adéquate et de l’expression juste, dénué de tout débordement excessif. Après l’entracte, le violoniste Boris Galitsky et le pianiste Itamar Golan s’attaque à la Sonate en Sol mineur de Claude Debussy, composée un an avant sa mort, dans laquelle on admire surtout les glissandi délicieux du violoniste, et, si le deuxième mouvement manque un peu de fantaisie, le final est lui parfaitement mené. Enfin, le baryton Jérôme Boutillier (cf photo ci dessous)

termine le concert avec le cycle des Chants d’un Compagnon errant (Lieder eines fahrenden Gesellen) de Mahler dans sa version orchestrale réduite par Arnold Schoenberg. Hormis le premier poème extrait du recueil Le Cor merveilleux de l’enfant (Des Knaben wunderhorn) sorti de la plume d’Arnim et Brentano, tous les autres textes sont de Mahler lui-même, qui offrira un destin particulier au deuxième lied en l’utilisant comme tissu mélodique du premier mouvement de sa Symphonie n°1. En plus d’un timbre de toute beauté, d’un phrasé impeccable et d’une diction parfaite de la langue de Goethe, avouons que le jeune chanteur sait particulièrement bien ménager cet instant d’émotion poignante qui saisit les derniers vers du quatrième Lied (Die zwei blauen Augen), qui préfigure le sublime « Adieu à la vie » (Abschied) qui terminera – quelque 20 ans plus tard – le cycle mahlérien du Chant de la terre

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Compte-rendu, concert. Festival Pablo Casals de Prades, les 6 & 7 août 2018. Verdi, Olivero, Granados, Albeniz, Theodorakis, Saint-Saëns, Brahms, Debussy, Mahler…

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