Compte-rendu, concert. Parme, le 7 octobre 2017. Verdi : Requiem. Daniele Callegari, direction.

Compte-rendu, concert. Parme, le 7 octobre 2017. Verdi : Requiem. Daniele Callegari, direction. Nous avons évoqué précédemment les mesures et événements mis en place à Parme et dans toute l’Italie pour permettre aux plus jeunes d’accéder à la culture à moindre coût. Et ceux qui font partie des « corali delle voci bianchi e giovannili » ont l’occasion de participer à de courts concerts d’environ une heure à intervalle régulier. En octobre, ces concerts ont lieu dans une autre salle du Teatro Regio, dans les « Offs » du festival Verdi.

Requiem au Teatro Regio

Giuseppe VerdiEn plus des quatre opéras programmés lors du festival, plusieurs concerts vocaux ou orchestraux ont lieu. A l’occasion du 10ème anniversaire de la mort de Luciano Pavarotti, natif de Modène (les deux villes ne sont pas très loin l’une de l’autre), le festival Verdi lui rend hommage en lui dédiant le premier des deux requiems programmés. La création du requiem de Verdi n’a pas été un long fleuve tranquille ; d’abord vu par Verdi comme une œuvre collective pour rendre hommage à Gioachino Rossini disparu en 1868, le projet s’est effacé faute d’entente entre les artistes. Puis avec le décès du poète Alessandro Manzoni, partisan comme Verdi de l’unité italienne, en 1871, le projet refait surface et le compositeur ressort de ses tiroirs le Dies Irae composé en 1868. Le requiem est finalement créé en 1874. C’est une œuvre si magistrale qu’elle pourrait s’apparenter à un opéra tant la voix, qu’il s’agisse du chœur ou des solistes, est mise en avant. Mais l’orchestre a aussi des pages très intenses, surtout dans le célèbre Dies Irae qui avance tel un fleuve en furie.

Très sollicités, le chœur du Teatro Regio et la Filarmonica Arturo Toscanini, assument trois des quatre opéras au programme du festival; ils donnent à entendre une performance quasi parfaite. Martino Faggiani a réalisé un excellent travail de préparation avec le chœur qui suit avec une précision millimétrée le chef d’orchestre Daniele Callegari lequel a été invité à diriger Jérusalem et le requiem. Pour cette œuvre qui nécessite douceur et autorité, la direction de Daniele Callegari est ferme, nerveuse, dynamique. Si le Requiem et le Kyrie sont dirigés tout en finesse, le fleuve en furie qu’est le Dies Irae, est proche de la perfection, tant la colère de Dieu se manifeste encore après la fin du concert.

En ce qui concerne le quatuor vocal invitĂ©, nous avons du très bon et du moins bon. La surprise de la soirĂ©e est la soprano Anna Pirozzi qui abordait le chef d’œuvre de Verdi  pour la première fois. Sa voix flamboyante assume sans faiblesse une partition terrible qui nĂ©cessite une tessiture large ; le mĂ©dium est sain, les graves bien posĂ©s, les aigus superbes, la ligne de chant impeccable. SĂ»re d’elle, Pirozzi jette Ă  peine un regard sur la partition ; si elle prend le pas sur Veronica Simeoni dans le Recordare, au point mĂŞme de la couvrir Ă  une ou deux reprises, elle chante le Libera me avec une belle assurance. En revanche nous nous interrogeons sur la mezzo soprano Veronica Simeoni justement; certes la voix est belle, veloutĂ©e, sombre avec un bel ambitus mais elle nous a semblĂ© un peu courte. Et du milieu de la salle, il devenait difficile de l’entendre, Ă©tant couverte, soit par les autres solistes soit par l’orchestre. Veronica Simeoni ne dĂ©mĂ©rite pourtant pas face Ă  une partition aussi difficile que les opĂ©ras que composa Verdi durant sa longue carrière ; elle reste cependant en deça du niveau d’exigence auquel le Teatro Regio de Parme nous a habituĂ©. MĂŞmes questions concernant le tĂ©nor Antonio Poli. Si le mĂ©dium et les graves sont sains et bien projetĂ©s les aigus ne sont pas beaux : … plus hurlĂ©s que chantĂ©s. Et si l’Ingemisco est de meilleure tenue que le reste, la voix, elle ne semble pas complètement maĂ®trisĂ©e.

En revanche la basse Riccardo Zanellato affirme sa belle autorité pendant toute la soirée. Zanellato qui connait parfaitement le requiem, qu’il chante régulièrement, en cisèle chaque note avec art. Et le Confutatis prend des couleurs sombres et glaçantes.

Le Requiem de Verdi, dont le dernier concert remonte à 2013, l’année du bicentenaire, a été dirigé de main de maître par Daniele Callegari qui a insufflé au chef d’œuvre du compositeur parmesan une force et une dynamique peu communes mais nécessaire. Quel plus bel hommage Parme pouvait-elle rendre au grand artiste qu’était Luciano Pavarotti ?

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Compte-rendu, concert. Parme. Teatro Regio, le 7 octobre 2017. Verdi : Requiem. Anna Pirozzi, soprano, Veronica Simeoni, mezzo soprano, Antonio Poli, Riccardo Zanellato, basse. Filarmonica Arturo Toscanini, choeur du Teatro Regio de Parme: Daniele Callegari, direction.