Compte-rendu, concert. Paris. Amphithéâtre Bastille, le 16 décembre 2013. Hommage à Witold Lutoslawski. Atelier Lyrique de l’Opéra de Paris.

Lutoslawski_opea_bastilleLes anniversaires sont toujours injustes. En 2013, le bicentenaire de mastodontes tels que Verdi et Wagner a bien failli éclipser l’hommage nécessaire à des compositeurs plus méconnus, parmi lesquels Witold Lutosławski (1913–1994). Plusieurs concerts prestigieux ont pourtant contribué à sa réhabilitation, avec le concours de Simon Rattle et l’Orchestre Philharmonique de Berlin, Krystian Zimerman ou Jukka-Pekka Saraste, pour la plupart à la Salle Pleyel.
Le concert du 16 décembre dernier à l’Amphithéâtre Bastille achevait donc le portrait du compositeur polonais avec une belle sélection de ses œuvres vocales.

L’Atelier Lyrique a intelligemment mis à profit la présence de deux de ses membres d’origine polonaise (Agata Schmidt et Piotr Kumon) ainsi que de deux anciens (Ilona Krzywicka et Michał Partyka) et de la soprano roumaine Andreea Soare pour constituer son programme de mélodies polonaises. Lutosławski alternait ainsi avec ses compatriotes Paderewski, Karłowicz, Szymanowski et Chopin. Et, pour achever ce dialogue franco-polonais, Debussy s’est invité au programme, interprété par Elodie Hache, Armelle Khourdoïan et Tiago Matos.

Contrastes et cohérences

Lutosławski, figure particulière dans le paysage musical du XXe siècle, échappe comme ses contemporains Bartók et Prokofiev, à une classification rigide en « écoles » ou en « styles », lui qui s’est aventuré du néo-classicisme au dodécaphonisme avant de trouver sa propre esthétique. Un monde sépare évidemment ses mélodies, au langage harmonique très libre, de celles beaucoup plus postromantiques de Paderewski, Karłowicz, Chopin et même de celles de Szymanowski sélectionnées ici.
La soprano Ilona Krzywicka ouvrait le programme avec cinq belles mélodies de Lutosławski, oscillant entre expressionnisme et poésie éthérée, tandis qu’Andreea Soare concluait avec les Chantefleurs et Chantefables écrites en 1991 sur des poèmes en français de Robert Desnos. Une superbe découverte, où la naïveté des textes est tantôt illustrée, tantôt contredite, par l’aridité de la musique. En milieu de programme, la polonaise Agata Schmidt a superbement incarné les Deux chansons pour enfant, servies par une voix ronde et chaleureuse. Son français fera malheureusement défaut durant les deux mélodies de Paderewski sur des poèmes de Catulle Mendès.
Les autres œuvres de Karłowicz, Chopin, Paderewski, et Szymanowski chantées par les barytons Piotr Kumon et Michał Partyka se révèleront peut-être un peu plus anecdotiques, mais leur texte sera évidemment mis en valeur par une très belle (et rare !) précision dans la diction. La belle voix sombre de Michał Partyka évoquera même parfois celle d’un Serguei Leiferkus.

De Debussy, la soprano Elodie Hache interprétait des Chansons de Bilitis poignantes et palpitantes, malgré une prononciation un peu floue (des r parfois roulés, parfois grasseyés), tandis que la soprano léger Armelle Khourdoïan a démontré une technique extrêmement solide dans cinq autres mélodies (Pierrot, Claire de lune, Apparition, Nuit d’étoiles et La Romance d’Ariel). Le baryton portugais Tiago Matos, dans Le promenoir des deux amants, a lui aussi fait preuve de beaucoup de sensibilité, avec notamment de très jolis aigus pianissimo.

Tous ces jeunes chanteurs parmi les plus prometteurs de l’Atelier Lyrique ont rarement été (sauf quelques petites exceptions) employés avec autant de justesse, chacun dans le répertoire et style qui le met le plus en valeur. Une véritable réussite, tant sur le papier que dans sa réalisation. De telles entreprises ne peuvent qu’être saluées, pour leur originalité, leur intelligence… et leur beauté.

Paris. Amphithéâtre Bastille, le 16 décembre 2013. Hommage à Witold Lutoslawski. Atelier Lyrique de l’Opéra de Paris : Elodie Hache, soprano ; Armelle Khourdoïan, soprano ; Agata Schmidt, mezzo-soprano ; Andreea Soare, soprano ; Piotr Kumon, baryton ; Tiago Matos, baryton. Avec Ilona Krzywicka, soprano et Michał Partyka, baryton.

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