Compte rendu, concert. Narbonne, Théâtre, le 13 juillet 2014. Festival Horizon Méditerranée. Chants d’exil et d’amour dans les traditions juives et arabes du pourtour méditerranéen, Jordi Savall et ses musiciens invités.

SAVALL_savall_jordi-savall-724x464Lorsque vient l’heure d’écrire cette chronique, le temps s’est écoulé, emportant les dernières notes de musique, celles du dernier concert. Elles sont parties vers des horizons lointains, tandis que nous rejoignons la capitale, son bruit, son agitation permanente. Et c’est d’abord la qualité du silence et de la lumière, du Festival de musique ancienne qui se tient en l’Abbaye de Fontfroide dans l’Aude, qui nous revient en mémoire. Une qualité de silence, qui aidée par le vent porte la musique, loin, très loin. Comment ne pas se revoir, marchant dans la garrigue en début de soirée, à l’arrière de l’abbaye. Au loin, le son des violes de Jordi Savall et de Philippe Pierlot qui répètent quelques fantaisies de William Law ou de Matthew Locke. Les nuages ont recouvert la forêt environnante, semblant figer le temps dans un ailleurs lointain et éternel. Le vent chante sa plainte qui accompagne les violes. La solitude qui nous entoure, se pare de poésie et parle, nous murmure l’ineffable. Celui qui n’a pas vécu ce sentiment d’une intense spiritualité, si universelle, qui sourde de Fontfroide, comme cette source froide qui attend le voyageur égaré, ne sait à quel point ce festival répond à un appel, à une quête… celle de la paix.

Chants d’exil et d’amour sur les terres d’Al Andalous

savall-festival-fontfroideC’est à quelques kilomètres des bords de la Méditerranée, notre mère à tous, que ce lieu préservé par une famille qui semble si attachée à ce trésor patrimoniale, offre l’harmonie et la sagesse. Et c’est en cette Abbaye de Fontfroide que depuis neuf ans, Jordi Savall propose à un public fidèle et attentif, un festival de musique ancienne unique en son genre. Créé en compagnie de son épouse Montserrat Figueras, dans un lieu découvert presque par hasard, à l’occasion d’une invitation à y donner un concert, le Festival Musique et Histoire pour un Dialogue Interculturel, tente de rendre possible le partage et l’écoute d’une histoire et d’une culture commune et pourtant si diverse, des peuples de cette mer qui a vu naître tant de civilisations.
Cette année avant de rejoindre l’Abbaye le 15 juillet, c’est dans la ville de Narbonne que le 13, nous avons tout d’abord retrouvé Jordi Savall, ainsi que certaines de ses chanteuses et musiciens pour un concert intitulé Chants d’exil et d’amour. Partenaire officiel du Festival qui se tient à l’abbaye, la ville dans le cadre d’une manifestation plus globale intitulée Horizon Méditerranée, a souhaité célébrer la femme méditerranéenne à l’occasion de ces rencontres. Spectacles de chant, de danse, conférences débats, exposition, viennent célébrer toutes celles qui dans la guerre et dans la paix, « sont une source d’inspiration ».
Ainsi le temps d’une soirée, Jordi Savall est-il devenu le troubadour de cette ancienne cité romaine, qui a été à une certaine époque la capitale d’une province d’Al Andalous. Nous retiendrons tout d’abord de ce concert splendide, la déclaration simple, digne et angoissée, lue par des intermittents, rappelant que sans eux, il ne peut y avoir de spectacle. On peut également se réjouir de ce public de tout âge, venu nombreux. D’autant que le soir même, la coupe du monde de football aurait pu le retenir devant un poste de télé. Connaissant peu ou pas la musique ancienne, ce public n’a d’ailleurs quitté qu’à regret le théâtre à la fin du concert. A l’écoute de la magie des instruments et de ces voix envoûtantes, si évocatrices de ces ailleurs, d’une différence qui invite au voyage et à la contemplation, il s’est laissé emporter loin de son quotidien. Les instruments : le santur, le ney, l’oud et le rebbab magnifient les voix. Ils chantent les souffrances de l’absence et de l’exil, mais aussi la beauté du monde et le bonheur d’aimer. Des voix, nous retiendrons tout particulièrement, celle de deux des chanteuses qui ont profondément marqué cette soirée et le festival où nous les avons ensuite retrouvées. Celle de la chanteuse grecque, Aikaterini Papadopoulu, limpide et délicate, suggère la nostalgie des bonheurs perdus, des instants fugaces et ardents, de tous ces petits bonheurs qui font une vie. Tandis que celle tout en retenue, de la chanteuse musicienne syrienne – qui s’accompagne à l’Oud- Waed Bouhassoun, est d’une indicible émotion. Elle exprime l’amour, la peur, l’angoisse, une poésie fugace et sensible, qui suspend le temps, avec une noblesse et une dignité rares. La direction attentive et à l’écoute de Jordi Savall redonne vie au lyrisme des muses de la Méditerranée.

Narbonne, Théâtre de Narbonne le 13 juillet 2014 ; Festival Horizon Méditerranée. Chants d’exil et d’amour dans les traditions juives et arabes du pourtour méditerranéen, Jordi Savall et ses musiciens invités.

 

 

Illustrations : Jordi Saval, portrait (DR) ; à Fontfroide juillet 2014 © Monique Parmentier

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