CD. Notturno. Thomas Hampson, baryton chante les lieder de Richard Strauss

hampson strauss cd notturno richard strauss cd deutsche grammophonCLIC D'OR macaron 200CD. Notturno. Thomas Hampson, baryton chante les lieder de Richard Strauss… Un diseur nĂ© se dĂ©voile ici avec une maĂźtrise Ă©clatante. L’offrande d’un immense chanteur dont l’humilitĂ© sert essentiellement la musique et les intentions du compositeur : une telle probitĂ© esthĂ©tique est dĂ©jĂ  exceptionnel
 DĂšs les premiers lieder de ce rĂ©cital idĂ©alement rĂ©alisĂ©, l’auditeur peut apprĂ©cier le sens du texte, le souci du verbe Ă©vocatoire, une prosodie taillĂ©e pour l’indicible et l’expression des mondes Ă©motionnels tĂ©nus. Dans Die Nacht de 1885 (la couleur nocturne est Ă©videmment favorisĂ©e, titre oblige), le caractĂšre enchantĂ© s’affirme nettement aux cĂŽtĂ©s du travail sur les couleurs et la perfection palpitante du phrasĂ©. Articulation prĂ©cise, timbrĂ©e, souple mettent en lumiĂšre l’expertise du diseur autant soucieux des fins figuralismes poĂ©tiques des textes que de leur tension architecturĂ©e et leurs contrastes dramatiques.

Thomas Hampson, maĂźtre diseur

Travail ciselé sur le poÚme musical. A partir du 3Úme lied (Winternacht de 1886), le style dévoile un autre aspect non moins essentiel du travail de Hampson sur le style straussien : plus dramatique, aussi expressif et communicant que subtilement suggestif.

Proche en cela de style parlĂ©/chantĂ© que Strauss recherchait dans ses opĂ©ras conçus comme des comĂ©dies lĂ©gĂšres y compris ses fresques fĂ©eriques orientales comme La femme sans ombre ou mythologiques, telle HĂ©lĂšne l’Égyptienne. Le modĂšle absolu restant Ariadne auf Naxos (Ariane Ă  Naxos), dans sa version dĂ©finitive qui emprunte autant au thĂ©Ăątre quĂ  l’opĂ©ra puis surtout Le Chevalier Ă  la rose de 1911 : la qualitĂ© de ses rĂ©citatifs de ce style durchkomponist subjugue, rappelant/actualisant la souplesse du rĂ©citatif montĂ©verdien, ou mozartien. CachĂ© l’art par l’art mĂȘme, faire comme s’il Ă©tait naturel de chantĂ© en parlant
 Tel n’est pas le moindre dĂ©fi rĂ©alisĂ© par l’excellent Thomas Hampson.

Ici le divin straussien qui a marquĂ© l’interprĂ©tation du rĂŽle de Mandryka dans Arabella,  que l’on aimerait mieux encore dĂ©couvrir dans le rĂŽle du cousin de la MarĂ©chal du Chevalier Ă  la rose, le Baron Ochs von Larchenau pour lequel il s’engagerait idĂ©alement par sa finesse conçue dĂšs l’origine par Strauss et Hoffmansthal et systĂ©matiquement outrĂ©e dans nombre de productions irrespectueuses,  embrase et cisĂšle chaque lied par une rayonnante vitalitĂ©.

Dossier Richard Strauss 2014De plus 13mn le lied Notturno donne son titre Ă  l’album et sur les vers de Richard Dehmel peint, – comme son autre poĂšme qui fait la substance poĂ©tique dĂ©chirante et suspendue de La nuit transfigurĂ©e de Schoenberg-,  un paysage psychique trĂšs proche des intentions lyriques de l’auteur d’Elektra ou de SalomĂ©. Le lied envoĂ»te par ses climats de saisissante et mordante Ă©trangetĂ©. C’est une valse solitaire enivrĂ©e aux audaces en pertes d’Ă©quilibre oĂč le chant est l’indice d’une hypnose,  d’un envoĂ»tement Ă  la fois tendre et vĂ©nĂ©neux. .. Hampson par sa subtilitĂ© naturelle en fait le sommet central du rĂ©cital 
 avec le languissant concours  ou l’écho fraternel du violon solo, lui aussi enchantĂ© dont la vibration Ăąpre, dĂ©primĂ©e d’une Ăąme consciente de la perte, celle des amis dĂ©funts, se confesse insidieusement.

Raffinement,  subtilitĂ©,  ivresse, extase,  le timbre de Thomas Hampson en rappelle un autre celui de l’inĂ©galable Dietrich Fischer Dieskau. Dans le royaume du lied enchanteur,  le baryton amĂ©ricain affirme son excellence superlative.  En pleine annĂ©e Strauss 2014, l’on ne pouvait espĂ©rer plus bel hommage ; c’est qu’aux cĂŽtĂ©s du symphoniste et compositeur lyrique,  voici Strauss, maĂźtre du lied dĂ©voilant en complĂ©ment Ă  ses Quatre derniers Lieder pour orchestre, cĂ©lĂ©brimissimes, des perles introspectives mĂ©connues qui semblent Ă©pouser les sentiments et aspirations de l’homme mĂ»r et vieillissant comme le suggĂšrent les trois derniers lieder les plus tardifs …. bavardage autobiographiques diront les jaloux. .. facettes subtiles d’un tempĂ©rament infiniment musicien, un Ă©gal de Schubert, Zemlimsky,  Hugo Wolf dans les champs infinis du lied suggestif.

Richard Strauss: Notturno.  Lieder par Richard Strauss. Wolfram Rieger, piano Steinway D. 1 cd Deutsche Grammophon, enregistrement réalisé à Berlin en décembre 2013 et et janvier 2014.

Comments are closed.