CD, critique. BERNSTEIN : Symphonies 1, 2, 3 (Orch. Acad. Santa Cecilia, Pappano – 2 cd Warner)

bernstein symphonies antonio pappano cd warner box set par classiquenews critique cd 0190295661571CD, critique. BERNSTEIN : Symphonies 1, 2, 3 (Orch. Acad. Santa Cecilia, Pappano – 2 cd Warner). Le doute, la question existentielle exacerbĂ©s par le sens de la foi au XXĂš : tels sont les questionnements qu’éprouve et exprime Leonard Bernstein dans chacune de ses 3 symphonies, si personnelles, voire autobiographiques (au point qu’on les a tenues pour bavardes et « oiseuses » ; mais pouvons nous en dire autant des Symphonies de Mahler ?) ; en particulier, Ă  travers la 2Ăš, ou « Age of anxiety » dont il fait un Concerto pour piano avec une transposition trĂšs virtuose et presque fantaisiste de la forme variation. Evidemment qu’on ne s’y trompe pas, sous l’éclectisme parfois fanfaronnant de la forme (ce cĂŽtĂ© hollywoodien, souvent dĂ©monstratif – « rĂącoleur » diront les mauvaises langues), il y a bien une question fondamentale qui est posĂ©e ; celle de « la ferveur » chez un compositeur non croyant, un homme du XXĂš. Dans Mass, de 1972, le compositeur savait dĂ©construire et reconstruire un rituel liturgique, parodiant sermon, hymnes choraux, avec toujours ce questionnement affĂ»tĂ©, insolent et mĂȘme blasphĂ©matoire (le choeur de rue) qui optimisait dans le genre comĂ©die musicale, toutes les objections Ă©noncĂ©es face Ă  la loi et l’autoritĂ© autoproclamĂ©e du dogme (Ă  travers le personnage clĂ© de son prĂȘcheur).
Antonio Pappano s’engage corps et Ăąme, dĂ©voilant sans filtres, la chaleur et la sincĂ©ritĂ© des larmes de JĂ©rĂ©mie, dans la Symphonie n°1 (1942), qui contexte historique oblige, recueille le traumatisme nĂ© de la Shoah : comment Dieu a t il permis que se rĂ©alise cette barbarie qui demeure une faute pour l’esprit, contre l’humanitĂ© ?
Dieu existe-t-il ? Comment justifier la notion mĂȘme de guerres, meurtres, massacres, gĂ©nocides
 ? JĂ©rĂ©mie se lamente ainsi face Ă  JĂ©rusalem : c’est Bernstein qui prophĂ©tise et se lamente lui aussi sur les dĂ©rives et la course du monde Ă  son Ă©poque.
RĂ©voltĂ©, Bernstein l’est totalement, contre la sociĂ©tĂ© du XXĂš, contre son pĂšre aussi ; sa quĂȘte est celle d’une identitĂ© Ă  conquĂ©rir, qu’il ressent comme refusĂ©e. Dans sa chair, dans l’intimitĂ© de son milieu familial. Bisexuel et juif, le citoyen du monde et l’humaniste qu’est Bernstein interrogent dans la 3Ăš, « Kaddish », l’humanitĂ© dĂ©voyĂ©e, qui a perdu son humanisme; le compositeur s’est intĂ©ressĂ© comme nul autre Ă  peindre le portrait d’une humanitĂ© non humaine, c’est Ă  dire dans son Ă©tat de barbarie « ordinaire »  sur fond de choeur (liturgie restituĂ©e), Bernstein devenu orant, prĂȘcheur critique, questionne directement Dieu, le somme d’expliquer pourquoi l’humanitĂ© s’écarte de l’humanisme.
CarrĂ©e, directe, la direction du britannique Antonio Pappano recherche surtout l’efficacitĂ© et la puissance du discours. On regrette cependant de la finesse et cette suggestivitĂ© tendre que savait cultiver l’auteur lui-mĂȘme avec il est vrai des solistes autrement plus engagĂ©es (Ludwig pour Jeremiah / la volubile et inquiĂšte CaballĂ© dans Kaddish : deux enregistrement signĂ©s Bernstein chez DG). De sorte que pour son centenaire, Bernstein reste indĂ©passable dans l’interprĂ©tation de ses symphonies. Pappano a le courage d’affronter la ferveur selon Bernstein, mais en Ă©ludant la profondeur au service de l’expressivitĂ© immĂ©diate. A Ă©couter en second choix. Le premier choix restant Bernstein par Bernstein.

CD, critique. BERNSTEIN : Symphonies 1, 2, 3 (Orch. Acad. Santa Cecilia, Pappano – 2 cd Warner)

Comments are closed.