CD, compte rendu. SONYA YONCHEVA : HAENDEL / HANDEL, Baroque Heroines (1 cd SONY classical, juin 2016)

yoncheva sonya baroque heroines heroines baroque cd sony classical de marchi cd review critique cd classiquenewsCD, compte rendu. SONYA YONCHEVA : Baroque Heroines (1 cd SONY classical, juin 2016). VOICI ASSUREMENT l’un des rĂ©citals lyriques de la soprano si sensuelle, Sonya Yoncheva, par ses plus convaincants : contre certains avis qui rĂ©cemment s’inquiĂ©taient de l’évolution de sa voix et des craintes sur une suractivitĂ© dommageable, celle qui en diva impĂ©riale, et qui chante actuellement sur les scĂšnes prestigieuses amĂ©ricaines et europĂ©ennes, essentiellement Verdi et Puccini, s’autorise ici pour SONY, un intermĂšde baroque. C’est une rĂ©ussite absolue qui en perspective de sa prochaine continuation heureuse de ses Mozart (Vitellia de La ClĂ©mence de Titus, cet Ă©tĂ© Ă  Baden Baden est un moment fortement attendu), confirme la plĂ©nitude de moyens plutĂŽt maĂźtrisĂ©s. La tournĂ©e annoncĂ©e de ce programme (pas de dates annoncĂ©es en France hĂ©las Ă  ce jour) devrait elle aussi ĂȘtre un cycle Ă  suivre. Pour l’heure, en maniĂšre de prĂ©lude, voici le disque qui lui est de toute beautĂ©s, vĂ©ritable collections d’incarnations saisissantes.

 

 

 

Alcina, Theodora, Agrippina, Didon

En italien et anglais, la diva Yoncheva affirme une grùce voluptueuse souvent irrésistible


 

SONYA YONCHEVA EN DIVA BAROQUE . Le dĂ©but du programme de ces 11 airs, met en avant l’intensitĂ© de l’incarnation au service des hĂ©roĂŻnes de Haendel, en particulier, sommet pour toutes cantatrices, tragiques et lyriques, Alcina (deux airs parmi les plus pathĂ©tiques et dĂ©chirants de l’opĂ©ra baroque du XVIIIĂš : Ah mio cor
 et Tornami a vagheggiar
 / plages 2 puis 4) : l’enchanteresse amoureuse, dĂ©munie, impuissante, mie Ă  nue face Ă  l’empire de l’amour qui la dĂ©passe trouve en Sonya Yoncheva, une interprĂšte ardente, mĂȘme si parfois, le texte est diluĂ© en une Ă©mission qui soigne essentiellement le poli et la tenue de la ligne (souveraine). Mais l’esprit et la chair du timbre – Ă  la couleur « callassienne » dans des aigus comme irradiĂ©s et puissants, s’imposent Ă  l’auditeur, jusqu’à la sidĂ©ration.

YONCHEVA-SONYA-soprano-diva-2017-portrait-agenda-clic-by-classiquenews-the_arts_sonya_yoncheva_0001_840x620Agrippina (Pensieri, voi mi tormentate!, plage 6) impose l’abattage d’une tragĂ©dienne blessĂ©e en ses derniers rĂąles fauves : la mĂšre de NĂ©ron affirme un tempĂ©rament de louve, furieuse autant que dĂ©truite. La cantatrice s’y montre plus proche du texte, honneur bafouĂ© d’une impĂ©ratrice mĂšre, totalement dĂ©vastĂ©e et tourmentĂ©e. Du grand art. D’autant qu’en sa partie centrale, le recitativo secco laisse entrevoir l’articulation dramatique d’une ancienne chanteuse d’abord passionnĂ©e d’affects baroques (articulation plus proche du texte). L’écho de cet air fulgurant, hallucinĂ© comme proche de la folie, cĂšde ensuite le pas au second de l’acte II : plus lĂ©ger et presque insouciant, exprimant une pause dans l’esprit d’une hĂ©roĂŻne fascinante par ses Ă©carts Ă©motionnels : Ogni vento.. fait surgir soudain, l’ñme amoureuse, plus contemplative, enivrĂ©e par sa propre sensualité  (plage 8).
Plus insouciante, juvĂ©nile et d’une fraĂźcheur agile, la ClĂ©opĂątre amoureuse de Non disperar, chi sa? minaude avec un tact percutant, oĂč c’est encore la ligne voluptueuse qui s’étoffe, palpite, se languit dĂ©licieusement, en un timbre rond et cuivrĂ© d’une absolue sĂ©duction (plage 7).

Avec le duo Theodora et Didymus, s’affirme une couleur renforcĂ©e dans la langue de Purcell : To thee, thou rĂ©alise cette sublimation de l’hĂ©roĂŻne embrasĂ©e par l’amour divin, prĂȘte au nom de Dieu Ă  mourir en martyr (plage 9) : avec le concours de celui qu’elle a convaincu dans la mort, son fiancĂ© Dydimus, chantĂ© par le mezzo ample et grave, recueilli et dramatique de Karine Deshayes : la fusion des deux timbres si typĂ©s, est idĂ©ale (respirations synchronisĂ©es superlatives).
handel haendel portrait vignette dossier handel haendel 2016 496px-George_Frideric_Handel_by_Balthasar_DennerPour clore ce rĂ©cital rĂ©jouissant, deux sommets de la lyre tragique amoureuse de Haendel : deux visages de l’amour profane aprĂšs la transcendance sacrĂ©e permise dans Theodora. Son Almirena (Rinaldo) exprime la cristallisation de tous les sentiments d’extase et de ravissement possible ; oserions nous une seule rĂ©serve ? un manque parfois de sobriĂ©tĂ© dans l’élocution, idem pour les violons surornementĂ©s de l’orchestre par ailleurs excellent pilotĂ© par De Marchi. A ce stade, c’est que nous aimerions l’excellence, aux cĂŽtĂ©s de cette ligne aĂ©rienne, ciselĂ©e (parfaite reprise du Lascia ch’io pianga, Ă  la fois blessĂ©e et tellement digne, solarisĂ©e, grĂące Ă  ce timbre iridescent, et comme nous l’avons indiquĂ© prĂ©cĂ©demment « callassienne” ) ; la franchise dans l’émission des aigus, perce le coeur. L’adieu Ă  l’amour et Ă  la vie de Didon en son heure final (Dido and Aeneas de Purcell), fait enfin entendre cette intelligence du recitatif : une chair linguistique, voluptueuse qui mord dans les mots, oĂč l’extase d’amour se fait mort de dĂ©livrance. Quel style ! La finesse et la subtilitĂ©, la sobriĂ©tĂ© (enfin absolue) dans l’émission font surgir au delĂ  de la blessure profonde, gouffre amer et grave, la force morale de la suicidaire. RĂ©cital superlatif, Sonya Yoncheva est bien l’une des plus captivantes sopranos actuelles. A suivre. CLIC de CLASSIQUENEWS de fĂ©vrier 2017.

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CLIC_macaron_2014CD, compte rendu critique. HANDEL / HAENDEL : SONYA YONCHEVA, soprano. Academia Montis Regalis. Alessandro De Marchi, direction. EnregistrĂ© en juin 2016 (Mondovi, Italie) – 1 cd SONY classical. CLIC de CLASSIQUENEWS de fĂ©vrier 2017.

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