Le 15ème Festival de musique du Cap Ferret a ouvert avec la joie et l’esprit de fraternité que nous lui connaissons désormais. Une joie partagée et vécue avec d’autant plus d’intensité ce soir que l’hymne de Bach [Que ma joie demeure] était chanté et joué en fin de concert inaugural par les artistes et une partie des bénévoles assurant le chœur.
Ce moment de partage est l’image même de ce que doit être notre société… Actuellement fragmentée, polarisée, que certains s’ingénient à davantage cliver en soulignant leur corporatisme séparatiste. Il n’est pas une image plus forte que l’expérience collective du concert et du spectacle vivant : pour les artistes, écouter l’autre, travailler ensemble ; pour les publics faire société, éprouver des émotions ensemble. C’est constater que nous avons tous des aspirations communes qui nous élèvent collectivement. La culture et le spectacle produisent des sentiments à l’opposé de la haine. C’est tout l’honneur des municipalités, des collectivités, des divers échelons de l’État, des institutions publiques locales de soutenir le spectacle vivant ; comme des sponsors et mécènes [nombreux] qui ont bien mesuré l’enjeu à soutenir les festivals d’été, à l’instar du Cap Ferret Music Festival.
PÉPITES DU GALA D’OUVERTURE
Ces valeurs étant posées, place au plaisir et à la joie donc de découvrir des jeunes talents à l’amorce d’une belle carrière. L’éclectisme et l’engagement sont à l’honneur pour cette soirée inaugurale de la 15ème édition du Cap Ferret Music Festival. D’un bout à l’autre dans un élan transgénérarionnel, le désir du partage permet de relever les défis de la scène [et aussi des conditions du plein air]. À chaque prestation le public peut mesurer déjà l’envie d’exprimer, le désir d’incarner ; chacun selon sa sensibilité et sa communicabilité à l’adresse du public. Le principe porte ses fruits pour la délectation du public : en mêlant jeunes musiciens et professeurs aguerris, les festivaliers le temps d’une soirée, découvrent la diversité des imaginaires ; tous les profils variés qui vont rythmer la semaine de concerts et de partage formateur qui s’annonce.
L’accordéoniste, professeur à Belgrade, Boban Bjélic ouvre le bal ; il conclura avec Hélène Berger soi-même au piano dans un duo enflammant le célébrissime Oblivion d’Astor Piazzola. Parmi les tempéraments particulièrement convaincants alliant finesse et maîtrise technique, plusieurs artistes sont déjà pleinement épanouis, et plutôt convaincants. C’est tout le mérite d’Hélène Berger, directrice du Festival que d’encourager et de stimuler les jeunes artistes ; directrice du Concours Leopold Bellan, la pianiste n’a pas son pareil pour dénicher et repérer les talents artistiques les plus prometteurs. Certains jeunes distingués au dernier Concours Bellan vivent au Cap Ferret, l’expérience ô combien formatrice elle aussi, de la scène.
Le Trio Luz composé de 3 flûtistes au jeu aérien travaillent et sculptent le son sur le souffle, en s’accordant idéalement les unes aux autres. Leur trio a obtenu le Prix d’honneur au dernier Concours Bellan 2024.
Le guitariste [et professeur] Antoine Guerrero joue une pièce à la fois expressive et ciselée du catalan Asensio dont le sens des couleurs et la grande palette de nuances approchent les qualités du peintre Joachim Sorolla, comme aime à l’expliquer l’interprète lui-même. Gravité noble et profondeur suggestive, l’interprète saisit par son intensité poétique et sensuelle, par la solidité de sa technique.
le tableau final du concert d’ouverture – Cap Ferret Music Festival 2025 © PA Pham
CE SOIR, l’éclectisme le dispute à l’intensité et à l’expressivité… En témoigne le feu ardent de la mezzo Justine Maucurier [Falla] qui s’est distinguée précédemment ici même lors du dernier Cap Ferret Music Open [février 2025], toute en complicité avec la pianiste Aoko Saga.
Puis c’est la harpiste habituée du festival estival Lisa Tannebaum dont le jeu comme celui de la légendaire Lili Laskin, frappe immédiatement par son authenticité, le naturel de ses phrasés. Les Variations de Haydn dévoilent la plénitude du geste, une sensibilité volubile et affûtée. Autre guitariste au jeu accompli, le slovène Golop Rupnik Gasper dans l’Étude n°8 de Villa Llobos : tempérament, audace, précision, le jeune interprète captive par ses phrases acérés, un jeu fauve toute en nuances électriques.
Mémorable aussi la soprano américaine Bailey Bovenschen qui entonne en allemand l’air « mein her » de l’excellent Kurt Weill : tempérament de braise, nature dramatique taillée pour la scène (son émission naturellement puissante), et la comédie musicale, la chanteuse qui vient de l’Oklaoma, Prix d’honneur du Concours International Leopold, séduit par sa verve et son aisance, une vocalité naturelle et expressive, qui occupe l’espace et frappe par sa justesse émotionnelle.
Surprenante, l’instrumentiste japonaise, joueuse de Guzheng, lauréate de l’Osaka music competition, Xiaobo Zhang. Simo Reyn, jeune artiste jordanien arrange son propre instrument, le kanoun pour une création qui mêle en temps réel, impro et électro, geste libre et créatif qui souligne le thème générique de cette édition : la création. L’instrumentiste travaille en direct sur le son, à partir de la note que lui donne le public dans un échange bien rodé. Son mix recherche la plénitude et la transparence. Puis le pianiste Eric Art, au toucher tendre, entonne le thème principal du film « la Belle et la bête » de Walt Dysney : sa digitalité semble aérienne, d’une aisance étonnamment fluide.
Enfin, Oblivion de Piazzolla est joué à deux voix, celles complémentaires d’ Hélène Berger et de l’accordéoniste qui avait ouvert le gala : Boban Bjélic.
Bouquet final sur la plage du Mimbo au Cap Ferret © Laurent Wangermez CFMF 2025
Le gala, hors normes, est une invitation incontournable ; il mêle la jeunesse et l’expérience, jeunes académiciens et professeurs, et se conclut par un feu d’artifice sur la grande plage du Mimbeau. Plus d’infos sur le site du CAP FERRET MUSIC FESTIVAL 2025 : https://www.capferretmusicfestival.com/
Rendez vous est déjà pris à l’été 2026. D’autant qu’auparavant, le Concours Leopold Bellan, gage de nouveaux talents prometteurs, fêtera son… centenaire à Paris ! Plus d’infos ici : http://www.concoursinternationalleopoldbellan.fr/
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Revivez temps forts et concerts des éditions précédentes du CAP FERRET MUSIC FESTIVAL : https://www.capferretmusicfestival.com/MEDIAS.html
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