samedi 26 septembre 2026

CRITIQUE, opéra. CAEN, Conservatoire, le 9 déc 2025. Gabriel DUPONT : La Cabrera, 1905 (recréation). Marianne Croux, Fabien Hyon, …Chœur de chambre, Chœur de jeunes, Orchestre de Caen, Nicolas Simon (direction)

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C’est une résurrection exemplaire, fruit d’un long travail de recherche et de préparation porté par le Conservatoire de Caen sous la direction d’Aurélien Daumas-Richardson : dans la ville qui l’a vu naître, Gabriel Dupont [1878 – 1914] vit enfin une juste réhabilitation car ce soir est dévoilé le tempérament lyrique d’un grand compositeur : à l’époque des véristes et de Puccini, en parallèle à la révolution debussyste, son opéra de jeunesse, « La Cabrera » affirme une maîtrise et une culture musicale étonnantes de la part d’un auteur âgé de 26 ans.

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Photos : © Fanny Cesbron / Conservatoire de Caen – générale

 

 

 

Par Alexandre Pham. Cette recréation prolonge les précédentes « Journées Dupont » organisées en 2022 in loco par le Conservatoire de Caen dont toutes les équipes, professeurs, élèves, département de la documentation [qui est dépositaire de l’un des fonds Gabriel Dupont], ont dès l’origine travaillé avec celles du Palazzetto Bru Zane [Centre de musique romantique française]. La recréation de ce soir, fait suite à la première réalisé à Caen en juin 1905. 120 ans plus tard, elle implique d’autant plus les ressources du Conservatoire que sur le plateau, jouent et chantent plusieurs élèves des classes de chant lyrique aux côté du chœur maison, le Chœur de chambre.

 

 

 

La Cabrera de Gabriel Dupont,
joyau vériste à la française

L’écriture musicale et la construction de la partition sont d’autant plus intéressantes qu’elles ont valu à leur auteur d’avoir obtenu le fameux Concours de l’éditeur Sonzogno à Milan en 1904. Celui auquel Mascagni doit d’avoir été révélé [en distinguant précédemment son éblouissante « Cavalleria Rusticana » de 1890], permet d’établir un lien entre le jeune français et le milieu du vérisme italien.

D’ailleurs La Cabrera sur un sujet basque espagnol (à l’époque de la guerre hispano-américaine), concentre l’essentiel de l’esthétique vériste : action fulgurante riche en tableaux très contrastés, – prétexte pour l’orchestre à des pages suggestives, atmosphériques même (d’autant plus percutantes après des passages furieux),  chœurs pittoresques (chœur des villageois, des marins, scène de l’auberge…) ; passions exacerbées [jalousie, trahison, fureur et désespoir…],… le tout convergeant vers une inéluctable issue tragique ; impuissance de fortes individualités qui ne se possèdent plus, comme submergées par leurs sentiments au point de les anéantir… Il n’y a pas comme chez Mascagni de crime à proprement parler, mais de mort sociale et de mort amoureuse dans le cas de l’héroïne.

Il en va ainsi du couple central : Amalia (la Cabrera) et le marin Pedrito qui revient du front de guerre de Cuba (où il passé 4 ans), visiblement encore marqué par les horreurs de la guerre mais sans que cela soit conscientisé, du moins dans la première partie. La force de l’action [et la réussite du livret quoiqu’on en dise] est ainsi de confronter deux individus démunis impuissants, détruits intérieurement qui s’affrontent malgré eux au cours du drame, avant de se retrouver à la toute fin où l’amour et le pardon triomphent in extremis… mais à quel prix.
Entre temps en l’absence de celui qui l’a laissée pour la guerre, la Cabrera est séduite par le fringuant Juan Cheppa qui lui aussi l’abandonne sans sourciller, après qu’Amalia lui apprend qu’il était père. La fille mère est abandonnée une nouvelle fois, délaissée, sacrifiée,… vouée à la solitude, la misère, une errance qui se révélera doublement fatale (pour l’enfant comme pour la mère).

 

 

 

Belle implication collective

 

 

Ce qui convainc ce soir c’est l’engagement de tous les interprètes : qu’il s’agisse des chœurs (de femmes à jardin / d’hommes à cour), composés par les élèves du Conservatoire ; des instrumentistes de l’orchestre, des solistes, remarquables d’intensité et de souffrance, de jeu crédible comme de nuances.

Le plateau se révèle fascinant dans l’expression des passions : Marianne Croux incarne une très solide Amalia / Cabrera : intense dans sa douleur croissante, désespérée mais digne, jusqu’à sa mort en fin d’action. D’autant que le Pedrito de Fabien Hyon affirme une sensibilité très affûtée qui se dévoile au fur et à mesure que le rôle s’enrichit : vaillant soldat, affichant un masque vainqueur au début ; puis âme détruite, finalement terrassée par la culpabilité et la violence qu’il a infligé. Sa partie est à notre avis plus ciselée encore que celle d’Amalia, et tout le métier du Dupont mélodiste, se déploie alors dans l’expression de sa transformation intérieure. Aussi dramatique et tragique, que diseur et nuancé, le ténor affirme un exceptionnel tempérament autant de chanteur que d’acteur, sachant s’écarter de l’outrance pour colorer avec une rare finesse la trajectoire d’un cœur ardent aussi impétueux que bouleversant.

Dirigeant l’Orchestre de Caen, Nicolas Simon se montre à la hauteur d’une partition qui s’avère aussi expressive que les pages véristes italiennes les plus passionnées. Rugissant et évocateur, furieux et d’un raffinement harmonique qui exprime l’activité des forces souterraines (dont la scène à la fin du I quand la Cabrera décide de partir du village), l’orchestre de Gabriel Dupont se démarque de ses contemporains par sa science harmonique, l’efficacité de son architecture (digne de Widor, Vierne, Massenet qui furent ses maîtres) ; ce métier justifie le prix qu’il a remporté en 1904 : sa partition sait dévoiler avec nuances le ressort des passions les plus sauvages : elle éclaire tout autant en particulier dans le déroulement de la 2è partie, la transformation psychique qui se réalise et enrichit spécifiquement le profil de Pedrito. L’écriture dessine un parcours souterrain qui doit alors beaucoup à ses tentatives pour le Prix de Rome (déçues comme Ravel) et sa précocité naturelle dans le domaine de la mélodie. Au bruit orchestral, le compositeur fait correspondre d’autres éclairs plus allusifs, un bouillonnement sonore plus intime, une aptitude à capter et à comprendre les intentions secrètes.
La Cabrera ce soir le démontre sans réserve grâce à une direction affutée, une superbe cohérence sonore, une implication de tous les interprètes sur le plateau. Chapeau bas. De toute évidence, la soirée marque un jalon important de la réhabilitation de Gabriel Dupont. ll reste à enregistrer cette partition fascinante, perle d’un vérisme à la française… dans la collection « Opéra français » du Palazzetto ? A suivre.

 

 

 

 

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CRITIQUE, opéra. CAEN, Conservatoire, le 9 déc 2025. Gabriel DUPONT : La Cabrera, 1905 (recréation). Marianne Croux, Fabien Hyon, …Chœur de chambre, Chœur de jeunes, Orchestre de Caen, Nicolas Simon (direction).

 

 

La Cabrera / Gabriel Dupont, la générale © Fanny Cesbron

 

 

 

 

 

 

 

approfondir

 

CRITIQUE / COMPTE-RENDU, Cycle. CAEN, Journées Gabriel Dupont (1878 – 1914), les 26 et 27 nov 2022. Pléthore de chercheurs et de musicologues pour une première mémorable à Caen : les Journées Gabriel Dupont les sam 26 et dim 27 nov derniers, organisées par le Conservatoire & Orchestre et le Palazzetto Bru Zane – Centre de musique romantique française. Tout en honorant un compositeur natif, en s’appuyant aussi sur le fonds de documents et archives déposé en ses murs, le Conservatoire & Orchestre de Caen sait surprendre et créer l’événement. En programmant sur 2 journées une série de communications et de concerts dédiés au génie local, Gabriel Dupont (1878 – 1914), l’institution caenaise assure la valorisation de son patrimoine ; elle tire son épingle du jeu parmi les conservatoires hexagonaux, exploitant judicieusement ses ressources humaines et aussi ses espaces ouvertes au public. LIRE notre article intégral : https://www.classiquenews.com/critique-compte-rendu-cycle-caen-journees-gabriel-dupont-1878-1914-les-26-et-27-nov-2022/

 

LIRE aussi ANNONCE / Les Journées Gabriel Dupont (nov 2022) : https://www.classiquenews.com/caen-conservatoire-journees-gabriel-dupont-26-27-nov-2022/

 

CAEN, Journées GABRIEL DUPONT, sam 26, dim 27 nov 2022. Festival événement. L’enfant du pays… Conservées à Caen, les archives du compositeur Gabriel Dupont (1878-1914) ne cessent de révéler de nouvelles clés de compréhension sur l’histoire musicale de la Belle époque et du temps de Proust, Ravel, Debussy.

CAEN, Conservatoire : Journées Gabriel DUPONT (26, 27 nov 2022)

 

 

Reportage vidéo : les Journées Gabriel Dupont (nov 2022)

Les 26 et 27 Nov 2022, le Conservatoire & Orchestre de CAEN dédie conférences et concerts au compositeur romantique français Gabriel Dupont, étoile filante géniale de la Belle Époque – reportage vidéo exclusif PARTIE 1 / 2 © classiquenews.tv 2023

  

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