jeudi, décembre 8, 2022

Berlin. Staatsoper unter den Linden, 30 mai 2019. Giuseppe Verdi : Macbeth. BARENBOIM / KUPFER

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LIEGE. Jérusalem de Giuseppe Verdi Compte-rendu critique, opéra. Berlin. Staatsoper unter den Linden, le 30 mai 2019. Giuseppe Verdi : Macbeth. Placido Domingo, Ekaterina Semenchuk, René Pape, Sergio Escobar. Daniel Barenboim, direction musicale. Harry Kupfer, mise en scènee. Il est des soirées d’opéra dont la seule lecture de l’affiche fait saliver et promet une soirée de haut niveau. Ce Macbeth berlinois est de celles-là. COMPTE RENDU par notre envoyé spécial Narcisso Fiordaliso.

Trois monstres sacrés de la scène lyrique dirigés par l’une des légendes de la baguette, il n’en fallait pas moins pour que le monde musical s’affole, et à raison.

La mise en scène de Harry Kupfer, créée voilà un an, fait défiler à l’envi ses paysages industriels en noir et blanc, comme un monde – à l’instar du nôtre – en train de s’auto-détruire. La force de la scénographie est encore renforcée des vidéos superbes en arrière-plan et une machinerie impressionnante qui voit les appartements du couple maudit s’enfoncer dans les profondeurs du théâtre pour mieux faire apparaître l’étendue désertique, desséchée et désolée sur laquelle errent les sorcières.
Toute cette production, aussi esthétisante que prenante dramatiquement, sert d’écrin à la partition, servie magistralement ce soir.

A tout seigneur, tout honneur : Daniel Barenboim, directeur musical de la maison sous les tilleuls depuis 27 ans (et reconduit jusqu’en… 2027) trouve avec Macbeth la partition italienne parfaite pour faire admirer ses dons de coloriste. En effet, de tous les ouvrages verdiens, c’est peut-être celui-ci qui demande les teintes et les atmosphères les plus étranges. Le chef allemand fait ici merveille, tirant d’un orchestre des grands soirs une véritable brume sonore, inquiétante et pourtant d’une folle beauté. A un Somnambulisme près – pris à notre sens trop vite pour en exalter toute la déraison et l’aliénation hypnotique -, il trouve constamment les tempi justes et entraine dans son sillage des solistes déchaînés.
A un âge qu’on ne connaîtra jamais vraiment, Placido Domingo se donne tout entier dans le rôle-titre et se jette tel un lion dans la bataille… alors qu’il était annoncé souffrant. Peut-être justement à cause de cette indisposition, le légendaire chanteur ne cherche à aucun moment à donner l’illusion qu’il serait devenu baryton et, au contraire, renoue avec son émission de ténor, tirant de son instrument des sonorités encore glorieuses, comme d’un autre temps. Et si le legato parait parfois heurté, la voix frappe par sa jeunesse, son absence de vibrato et sa puissance, tandis que l’artiste émeut profondément par sa sincérité, paraissant vivre pleinement son personnage, sans filtre ni jeu. Bravissimo.

A ses côtés, Ekaterina Semenchuk réussit victorieusement à plier son large instrument de mezzo dramatique à l’écriture impossible de la Lady. Et si la première scène la sent parfois gênée par une agilité un peu lente au démarrage, la flamboyante russe triomphe dans une « Luce langue » électrisante et surtout dans un Somnambulisme à fleur de voix, irisé de piani aussi inattendus de la part d’une voix de cette nature que proprement immatériels et jouissifs. Totalement habitée par son diabolique personnage, l’interprète se place d’emblée parmi les grandes titulaires du rôle aujourd’hui.

Complétant ce carré d’as, René Pape apparait comme un luxe inouï en Banco, et renoue avec la grande tradition, celle qui confiait ce rôle pas si secondaire à des artistes de premiers plan. En quelques mots, la basse allemande nous subjugue une fois de plus par la splendeur de son timbre et la classe folle qui habille chacune des apparitions, des qualités qui nous font regretter que ce personnage ne bénéficie pas d’une durée de vie plus longue.

Quinte flush, en fait, avec le ténor espagnol Sergio Escobar, véritable révélation, remplaçant Fabio Sartori initialement prévu. Instrument corsé, couleur ambrée, voix puissante, aigus victorieux, émotion directement palpable… Gageons qu’avec tant d’atouts dans sa gorge, ce jeune chanteur n’est qu’à l’aube d’un avenir radieux.

Parmi des seconds rôles excellents, comme souvent en Allemagne grâce aux troupes, se font remarquer particulièrement le Malcolm franc et percutant d’Andrés Moreno Garcia ainsi que la Suivante très élégante d’Evelin Novak.

Un grand bravo également au chœur maison, d’une tenue exemplaire et d’une cohérence admirable. La vie lyrique berlinoise réserve décidément de bien belles surprises. C’est tout naturellement debout et en liesse que le public a salué celle-ci.

Berlin. Staatsoper unter den Linden, 30 mai 2019. Giuseppe Verdi : Macbeth. Livret de Francesco Maria Piave d’après William Shakespeare.

Avec Macbeth : Placido Domingo ; Lady Macbeth : Ekaterina Semenchuk ; Banco : René Pape ; Macduff : Sergio Escobar ; Malcolm : Andrés Moreno Garcia ; Suivante de Lady Macbeth : Evelin Novak ; Un médecin : David Ostrek ; Un assassin : Giorgi Mtchedlishvili. Staasopernchor. Staatskapelle Berlin. Direction musicale : Daniel Barenboim. Mise en scène : Harry Kupfer ; Décors : Hans Schavernoch ; Costumes : Yan Tax ; Lumières : Olaf Freese ; Vidéo : Thomas Reimer

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