jeudi, décembre 8, 2022

Belgique. Liège, Opéra Royal de Wallonie. Domenico Cimarosa: Il Matrimonio Segreto. Giovanni Antonini

A ne pas rater

Après avoir resservi, en période festive, le virevoltant opéra-bouffe La vie parisienne de Jacques Offenbach, œuvre magistrale, reconnue, jouée cent et mille fois, l’Opéra Royal de Wallonie ressort des cartons une pièce d’un des maîtres de l’opera buffa très en vogue à la fin du 18ème siècle, Domenico Cimarosa. Opéra bissé le soir de sa première par la grâce impériale, apprécié de beaucoup – Stendhal et Nietzsche en ont parlé avec enthousiasme -, Il Matrimonio segreto était, depuis, un peu tombé dans l’oubli. Nous assistons donc ce soir à une véritable cérémonie d’exhumation, du fond des limbes de l’opéra liégeois, qui résonnera, de belle manière, des tonalités parfaitement baroques de cette œuvre de 1792, à l’époque jouée plus de cent fois ! La cérémonie est joyeuse, et les convives, de choix.

L’histoire ? Classique, bigarrée et tourmentée. Ça ressemble d’ailleurs plus à un vaudeville passé au crible de Carlo Goldoni qu’à un vieux roman grec exposant les déboires d’un couple amoureux, ce qui n’aura pas lieu de nous étonner vu le style, et vu l’époque de conception de ce Mariage secret.
Un jeune employé, Paolino, s’est marié, en secret, avec une jeune fille, Carolina, cadette de l’employeur (Geronimo) du jeune homme. Jusque là rien d’affriolant. L’employeur, un vieillard un peu sourd, un peu ridicule, mais attaché au lustre de la noblesse, ne veut donner la moitié de sa progéniture qu’à un comte, un marquis, surtout pas à un roturier. Donc, surtout pas le jeune homme ! Dieu merci il y a la sœur aînée, Elisetta. Grâce au ciel, un comte, le Conte di Robinson, propose de l’épouser. La dot doit certainement l’influencer, puisqu’elle s’élève à 100 000 lires.
Seulement voilà, ce n’est pas de l’aînée que le comte s’éprend quand il vient rendre visite à sa future belle-famille : il la trouve moche et inintéressante. C’est de la cadette, Carolina dont il tombe amoureux. Paolino, lui, est secrètement désiré aussi par la sœur de son employeur, une femme agréable certes mais passionnée.

L’imbroglio se développe, l’intrigue se resserre, et les deux époux sentent fort vite qu’il va falloir très rapidement avouer la vérité, ou fuir, afin d’éviter une situation aussi détendue qu’un nœud coulant : le comte veut épouser Carolina, qui a épousé Paolino, qui est désiré par Fidalma, qui est la sœur d’un vieux podagre sourd, mais attaché à son argent, et dont la fille aînée est aussi peu désirable qu’elle est intelligente et rusée.

L’opéra se finit bien, au terme d’une intrigue dont nous ne pouvons pas dire plus, sous peine de dégonfler le soufflé remarquable, dont la pièce maîtresse est les acteurs, chanteurs, comédiens cabotins, qui ont l’aisance dans la voix, la subtilité dans les arias, l’exagération dans les expressions, dans les sentiments, dans les ressentiments aussi. Ils émeuvent, font rire, provoquent le fou rire, font partager extrêmement bien au public, leurs affects. La mise en scène souligne et met en exergue les confrontations passionnées : jeux de lumières, jeu appuyé, sincère, franc.
Dans une œuvre se déployant en deux actes, la musique se taille elle aussi la part du lion. Plus souvent accompagnatrice que collaboratrice, elle soutient le jeu des chanteurs, souligne leurs idées, accentue leurs expressions – leurs rires ou leurs pleurs aussi, comprenne qui voudra.
L’orchestre semble cependant avoir un peu de peine à s’enthousiasmer, à certains moments, pour la musique quelque peu répétitive, très mozartienne à certains instants, et entre autres quand l’introduction musicale à l’opéra n’est qu’une longue litanie, certes enjouée, mais presque ennuyeuse, … de cinq minutes. Rappelons, néanmoins, que le spectacle à l’époque de Cimarosa n’était pas comme celui de notre époque : le public allait, venait, suivait du coin de l’œil les péripéties et écoutait du coin de l’oreille un continuum musical, les rappelant de temps en temps à l’ordre par de subtils indices de l’apparition d’un personnage, du retour à un lieu, du contexte de l’action.

Les décors et les costumes sont admirables : ils participent de cette atmosphère délicieuse de comédie en costumes, riches, recherchés, colorés, et avec des décors démontables, superposables, portes, fenêtres, tables, à plusieurs niveaux, ce qui permet une vision en plusieurs temps de l’action, qui peut se dérouler à plusieurs plans. Là aussi la richesse baroque ne nous heurte guère, elle aurait même tendance à nous plaire furieusement. Les décors et les costumes joueraient presque un rôle à part entière ! Un opéra-bouffe exhumé, certes pas inoubliable, mais permettant à un public (nombreux) de passer trois heures de bonheur simple. Jusqu’au 9 février 2008.

Domenico Cimarosa
(1749 – 1801). Il Matrimonio segreto
. Opéra-bouffe en deux actes. Liège, Opéra Royal de Wallonie. Mise en scène : Stefano
Mazzonis di Pralafera,
assisté d’Édith Wolf. Direction musicale :
Giovanni Antonini. Orchestre de l’Opéra Royal de Wallonie (clavecin :
Hilary Caine), Konzertmeister : Jean-Gabriel Raelet. Décors : Jean-Guy
Lecat. Avec Cinzia Forte (Carolina), Aldo Caputo (Paolino), Alberto Rinaldi
(il signor Geronimo), Damiana Pinti (Fidalma), Priscilla Laplace
(Elisetta), Mario Cassi (Il Conte Robinson), cinq figurants (laquais
d’il signor Geronimo).

Illustrations
(1) Il Matrimonio Segreto à l’Opéra royal de Wallonie (2008, DR)
(2) Domenico Cimarosa (DR)

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