vendredi, décembre 9, 2022

Accentus, Laurence Equilbey. Transcriptions (1 dvd Naïve)

A ne pas rater

Accentus
Laurence Equilbey
, direction
Transcriptions

Depuis 1991, les 32 chanteurs du choeur Accentus, réunis autour de leur chef atittré, Laurence Equilbey, poursuivent un travail d’approfondissement des partitions. Deux volets de 40 mn chacun, mettent l’accent sur une part essentielle de leur réalisation: la transcription. Un exercice de passage, de réappropriation d’une oeuvre originellement pour instruments que Laurence Equilbey a choisi de « relire », et d’éclairer sous un jour nouveau, dans la seule matière du chant choral… Les amateurs de documentaire classique seront décontenancés: dans le diptyque d’Andy Sommer, il ne s’agit pas d’une explication précise et argumenté de l’art du transcripteur (en l’occurence, à l’image, Gérad Pesson qui a entre autres transcript l’Adagietto célébrissime de la Symphonie n°5 de Mahler pour choeur), mais plutôt d’un film d’atmosphère, conçu comme une série de tableaux visuels, évocatoires, d’un esthétisme extrêmement léché.

Ce lieu rêvé, indicible où la voix se fait geste
Les chanteurs et leur chef passent individuellement devant la caméra, en un jeu d’ombre et de lumière, sous des éclairages improbables, dans des lieux inhabituels (comme le centre national de la danse à Pantin), que les conditions du concert public ordinairement ne permettent pas… IIl s’agit donc d’un exercice purement visuel, où la beauté des images, et le souci du cadrage comme d’un esthétisme suggestif, priment avant toute chose…. sauf peut-être, l’éloquence spécifique du choeur Accentus dont les éclats, la texture, les harmonies riches, le sens des couleurs et l’opulence de la forme transfigurent les partitions ainsi abordées: Adagietto de Mahler, La flûte enchantée et l’Indifférent, extraits de Schéhérazade de Maurice Ravel, Agnus Dei de Samuel Barber, Im Treibhaus des Wesendonck lieder de Richard Wagner, et lieder lunaires et hypnotiques de Schubert (Grab lied de la Jeune fille et la mort, Nacht und Traüme…). Comme nous disons film d’opéra plutôt qu’opéra filmé, voici dans l’art de la réalisation audiovisuelle, léchée autant que poétique, une série de climats évocatoires, – film de chant choral, plutôt que concert choral filmé-, où sous des angles que seul permet l’oeil de la caméra, l’art du chanteur transfigure sous le filtre de la transcription, l’oeuvre musicale. Tout ici exprime ce lieu rêvé, indicible de la musique et du chant, une espace imaginaire et suspendu qui exprime les pas du marcheur contemplatif, nostalgique, pèlerin de l’éternel ou de la paix… A ce titre, la transcription de l’Adagietto de la Symphonie n°5 de Mahler offre un superbe livre d’images et de sensations autant sonores que visuelles: le texte évoque l’art du peintre (Bellini et Titien) en un passage des plus oniriques, entre mer et océan de nuages…

Les uns se détourneront de cette série de clips scénarisés, frustrés par la parole de Laurence Equilbey, trop rare. Les autres comme nous, loueront la portée magnifique de ce parti collectivement incarné, entre l’ombre et la lumière, le frémissement et la palpitation d’horizons dévoilés. Le film souligne l’audace inventive et dans le même temps, un respect permanent de la forme ainsi métamorphosée, de son état originel à son « avatar » choral… Rappelons que les deux cd antérieurement parus sous le titre déjà existant de « Transcriptions » avaient suscité un immense succès auprès du grand public (2 cd édités par Naïve).

Dans la seconde partie du cycle filmé, Andy Sommer reprend l’alternance entre concerts à la Salle Pleyel et « recréation » visuelles » et scénarisées, dans les volumes du centre national de la danse de Pantin. Mais avec un ancrage plus intime et plus proche des solistes et de leur chef: plans rapprochés, portraits de chanteurs, sous un éclairage bleu ou or (l’Hiver de Vivaldi)… Le programme mêle Ravel et Mahler, Prokofiev et Debussy, pour s’achever avec la transcription du Lacrymosa de Frédéric Chopin (opus 10 n°6, transcript par Franck Krawczyk). Laurence Equilbey y explique le choix du nom « Accentus »: « C’est une règle d’écriture dans le chant grégorien qui demande aux chanteurs de monter la mélodie sur un accent tonique… Le terme Accent m’a séduit parce qu’il signifie la modernité tout en se référant ainsi à nos racines latines les plus profondes… » La caméra capte et souligne ce chant onirique, porteur des brûmes du rêve, en particulier dans l’Hiver de Vivaldi (pour lequel les solistes d’Accentus s’autorisent un accompagnement instrumental (continuo baroque: contrebasse, orgue, théorbe), l’hypnose et le caractère enchanteur des Ravel (transcripts par l’excellent Thierry Machuel: Jardin féerique et Pavane de la Belle au bois dormant, extraits de Ma mère l’oye…), la lamentation et la déploration à l’évocation des hommes morts, sacrifiés sur les champs de bataille (Prokofiev, extrait d’Alexandre Nevski)… L’aboutissement de ce second volet, joyau pour l’oreille et le regard, se confirme dans l’un des Rückert lieder de Mahler, transcript par Clytus Gottwald, où le voyageur a quitté ce monde pour s’abstraire dans une autre réalité qui est son paradis personnel… Rien de plus emblématique de l’art des passages et de la suggestion, de la métamorphose et des variations atmosphériques d’Accentus que ce texte onirique, entre nostalgie et abandon, élévation et enchantement, qui justifie pleinement à l’écran, la succession des tableaux imaginaires recomposés par le réalisateur Andy Sommer.

Transcriptions (1 dvd Naïve). Le coffret comprend un livret magnifiquement illustré de 60 pages). En février 2008, quand Naïve faisait paraître le coffret Transcriptions, Accentus recevait une nouvelle Victoire de la musique classique (13 février 2008) en tant que « meilleur ensemble vocal de l’année 2008 ». Arte a diffusé en avant-première les deux parties du film d’Andy Sommer, les 10 et 17 février 2008.

Illustrations: Laurence Equilbey (DR)

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