La force de ce 2è album de Gabriel Durliat chez Scala Music, tient à sa double nature : son œuvre d’hommage et sa capacité créative ; l’acuité du souvenir et de la trace laissée par les Anciens, suscite un jaillissement créateur que le pianiste compositeur sait explorer avec autant de culture que de sensibilité. Après Fauré, voici son disciple… Ravel. Le pianiste exprime toute la subtilité de l’hommage de ce dernier à son « maître », dans « Jeux d’eau », dédiés « au Maître Gabriel Fauré » :
…. le pianiste y déploie la magie des clapotis et de l’ondulation vive, génératrice d’images flottantes, poétiques, d’un enivrement d’une immatérialité glissante, évanescente, riche en modulations harmoniques ; en jouant la carte du « tombeau », pièce désignée pour exprimer sa propre admiration pour un autre compositeur admiré, le pianiste édifie tout un parcours de filiations assumées, certaines particulièrement créatives qui tout en rendant hommage au compositeur regretté, permettent de composer dans le style de celui que l’on pleure.
Ainsi Ravel, figure centrale qui rend hommage à.. Couperin, dans les 6 séquences de son « Tombeau de Couperin », le pianiste exprime toute son admiration pour son prédécesseur, dans une élégance et une subtilité de ton toute… française. L’exemple de la « Forlane » illustre ce jeu d’inspiration récréative : celle de Ravel prolonge les pas mesurés, agiles, facétieux, plein d’esprit de celle de Couperin, jouée juste avant le Tombeau de Couperin, – et dans la transcription de… Ravel.
Comme compositeur, Gabriel Durliat ajoute même sa propre conception de la « Bourrée », laissée inachevée par Rameau et méritait bien cette finition à la fois vivace et même nerveuse voire impérieuse dans la réitération de sa vitalité rythmique.
Par extension du propos générique pour rendre hommage lui-même à Ravel, le pianiste compositeur de 25 ans joue sa propre partition « Danse rituelle » qui vient heureusement dialoguer avec le Tombeau de Couperin, dans un jeu qui associe le dessin ample du rythme, des nappes harmoniques enveloppantes, dans un balancement entre proche et lointain, entre « vivacité et résonance », sur un rythme résolument chorégraphique, dionysiaque quand le clavier n’exprime pas des paysages plus intimes où sont enchâssés des motifs de Ravel lui-même.
A la tentation du pastiche stylistique, se joint aussi la propre sensibilité de celui qui rend hommage ; ainsi l’art du pianiste suggestif et nuancé dévoile comme Debussy, rendant hommage à Rameau, édifie sa propre image fantasmée et nostalgique de la Sarabande, héritée de son confrère du XVIIIè ; à pas feutrés, mais résolus, l’évocation semble surgir d’une ombre propice, pleine de tendresse respectueuse, pour inviter à un voyage intérieur dont le pianiste dévoile peu à peu la matière des avancées harmoniques, a force des images illusionnistes comme un rêve qui se déroule… et qui finit comme il a commencé dans le silence.
De même, plus mystérieux encore, Dukas regrettant la perte de Debussy, cite en lui attribuant une nouvelle enveloppe funèbre, certain thème de Prélude à l’Après midi d’un faune… dans son « Tombeau de Claude Debussy », subtiles références qui coulent de source là encore, sous les doigts de Gabriel Durliat. Dukas semble y prolonger l’ardent désir du Faune, y suspendre son attente insatisfaite, fixer son questionnement, ainsi tissé comme un filigrane sans terminaison réelle (sinon les notes répétées finales qui questionnent sans répondre).
On retrouve cette même interrogation profonde, fondamentale dans l’hommage de Messiaen à son maître Dukas : sa pièce pour le Tombeau de ce dernier, répète une série d’accords qui sonnent comme un carillon fantastique revenant toujours au mystère de la mort, s’enfonçant peu à peu dans le grave sépulcral.
Après la grâce suspendue, aérienne, des Tendres Plaintes (suite en ré mineur) de Rameau, inscrite dans la pudeur nostalgique, Gabriel Durliat prolonge ce caractère d’enchantement poétique dans Pavane pour une infante défunte (1902), ultime révérence musicale d’une série puissamment suggestive ; dans ce goût pour un archaïsme reformulé, le pianiste exprime l’admiration de Ravel pour les anciens : son élégance épurée inscrit la justesse du geste et de l’inspiration entre mélancolie et gravité, innocence et majesté. Le pianiste y déploie un jeu toute un subtilité suggestive, une éloquence fine et rêveuse.
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CRITIQUE CD événement. « Le Tombeau de Ravel « , Gabriel DURLIAT, piano et compositio
(1 cd Scala Music) — Enregistré du 9 au 11 septembre 2025 à La Scala Provence (Avignon), sur un piano Yamaha CFX — CLIC de CLASSIQUENEWS automne 2026 — Parution : 2 octobre 2026 / Label Scala Music – Photo : Gabriel Durliat © Thomas O’Brien
programme
Ravel : Jeux d’eau, M. 30
Rameau : Suite en ré majeur : Les Tendres Plaintes
Debussy : Images, 1re série — Hommage à Rameau
Dukas : « La Plainte, au loin, du Faune… » (Tombeau de Debussy)
Messiaen : Pièce pour le Tombeau de Paul Dukas
Couperin : Forlane (Concerts Royaux) — transcr. Ravel
Ravel : Le Tombeau de Couperin, M. 68 (6 mouvements)
Ravel / Durliat : Bourrée pour le Tombeau de Couperin (reconstitution)
Durliat : Danse rituelle, pour le Tombeau de Maurice Ravel
Ravel : Pavane pour une infante défunte, M. 19
LIRE aussi notre présentation annonce du cd de Gabriel Durliat Le Tombeau de Ravel (1 cd Scala Music) :
ANNONCE CD événement. « Le Tombeau de Ravel » : Couperin, Rameau, Fauré, Ravel, Debussy, Messiaen, Durliat… , Gabriel DURLIAT, piano et composition (1 cd Scala Music) | ClassiqueNews
https://www.classiquenews.com/annonce-cd-evenement-le-tombeau-de-ravel-couperin-rameau-faure-ravel-debussy-messiaen-durliat-gabriel-durliat-piano-et-composition-1-cd-scala-music/
En hommage au génie de Maurice Ravel, un compositeur qui « apporte tant de joie dans ma vie
de musicien », le jeune pianiste Gabriel Durliat qui est aussi chef d’orchestre et compositeur, conçoit pour son 2è album chez Scala Music, ce « Tombeau de Ravel », un cycle minutieusement choisi qui vaut hommage respectueux à celui dont « l’ingéniosité fascine et la pudeur des sentiments bouleverse ».
PROCHAINS CONCERTS
3 octobre / CONCERT SORTIE du CD Le Tombeau de Ravel
(Scala Music), Scala Paris
16 octobre
/ Récital — Festival Ouverture, Semur-en-Auxois
2 novembre 2026 /
Récital — Bibliothèque de la Grange-Fleuret, Paris
PLUS D’INFOS sur le site de l’éditeur SCALA MUSIC / Gabriel Durliat : Le Tombeau de Ravel – 1 cd Scala Music :
Le Tombeau de Ravel : https://scalamusic.fr/products/le-tombeau-de-ravel
entretien
LIRE aussi notre ENTRETIEN avec Gabriel DURLIAT :
ENTRETIEN avec le pianiste Gabriel DURLIAT, à propos de son nouvel album Le Tombeau de Ravel … | ClassiqueNews
https://www.classiquenews.com/entretien-avec-le-pianiste-gabriel-durliat-a-propos-de-son-nouvel-album-le-tombeau-de-ravel/
Après Fauré, Gabriel Durliat s’intéresse au mystère Ravel… fasciné par ses sortilèges, le pianiste
explorateur qui est aussi compositeur, questionne tout ce qu’a de spécifique la musique française dont Ravel est un ambassadeur majeur : « une certaine relation incantatoire au rythme » , des « couleurs harmoniques riches », la recherche sonore « dans la vivacité et la résonance »… En jouant avec le genre du Tombeau, hommage et célébration d’un confrère admiré, Gabriel Durliat retisse des filiations affectives, de Ravel à Couperin (et à Fauré), de Debussy à Rameau, de Messiaen à Dukas… Des correspondances et des filiations artistiques se précisent, où s’inscrivent aussi les propres compositions de l’interprète …
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