jeudi 29 octobre 2026

CRITIQUE CD événement. VERDI : LISE DAVIDSEN, soprano. London Philharmonic Orchestra / Edward Gardner, direction (1 cd DECCA classics – janvier 2025)

A lire aussi
image_pdfTélécharger (.pdf)

Lise Davidsen, la soprano norvégienne vedette, après un précédent enregistrement chez Decca (intégrale du Vaisseau fantôme de Wagner / lire ici notre dépêche : https://www.classiquenews.com/?s=davidsen ), incarne dans ce nouveau programme en studio, plusieurs héroïnes verdiennes, parmi les plus passionnées.

 

Furie incandescente mais blessée, sa Lady Macbeth, chantée dès mai 2026 à Copenhague, puis incarnée sur la scène du Met de New York (en ouverture de sa saison 26 / 27) exprime l’esprit radical et définitif, mais aussi la blessure d’une machine à complots (et assassinats) ; moins dans le premier air de la lettre, que le second « La Luce langue » ; son air somnambulique, dépeint à l’inverse la coupable détruite, dépassée et submergée par le poison du remord (« Une machina è qui tuttora… »). L’engagement d cela diva nordique ne fait aucun doute… pour autant la tentation de la puissance vocale (moins des nuances) est d’autant plus manifeste et parfois débordante … que la direction du chef Edward Gardner est souvent dure et surexpressive. D’une théâtralité un rien acide.
Le geste s’adoucit (heureusement), infléchissant l’arc expressif à plus de souplesse, dans le prélude de l’acte II d’Un Ballo in maschera… l’Amelia de Davidsen s’humanise nettement dès son premier air amoureux, langoureux, exprimant là aussi une âme déchirée et blessée, en proie à des hallucinations la minuit sonnante (« Ma dall’arido stelo divulsa »)… ; une coloration intérieure s’épanouit davantage encore dans son air de l’acte III : « Morro, ma prima in grazia »… (avec violoncelle obligé) dont le chant désespéré revêt la noblesse des victimes dignes.

La séquence le plus convaincante demeure son Elisabetta, fiancée trahie, mariée de force au père (Philippe II) contre l’avis ( et le désir partagé) de son prétendant initial (Carlos, le fils) : « Non pianger, mia compagna » de l’acte II déploie une longueur de souffle et un legato qui semble infini avec des aigus mieux maîtrisés en fin d’air, malgré un vibrato qui tend à brouiller la clarté de l’émission. De fait c’est le second air, le sublime « Tu che le vanità » de l’acte 5 qui impose l’interprète souveraine dans une séquence qui par sa noblesse de caractère, son ampleur digne et tragique de jeune reine sacrifiée, paraît taillé pour cette voix démesurée… laquelle d’ailleurs, indique ici clairement sa légitimité future à chanter Turandot de Puccini. L’air est d’autant plus impressionnant que l’orchestre londonien détaille bois et vents, inscrivant cet air de vanité dans le vaste gouffre cosmique où se perdent exténuées les solitudes impuissantes…

On ne regrettera pas ici « Ritorno vincitor » asséné par un orchestre des plus lourds et épais ; dommage, le chef gâche ainsi la tension elle aussi tragique de l’esclave Aida, tiraillée, implorante entre son devoir (à son peuple) et son amour pour le général égyptien Radamès (l’ennemi qui abat son clan)… Pourtant le legato de la soprano est impeccable, aux couleurs d’une tendresse qui en impose (« Numi, pietà del mio suffrir »).
En dépit d’aigus plafonnés qui vibrent trop, la soprano norvégienne signe ici une saisissant récital verdien, insufflant aux héroïnes abordées, Lady Macbeth en premier lieu, puis Elisabetta et Aida… une épaisseur vocale et psychologique, un tempérament dramatique et expressif qui dépassent le studio et convoquent évidemment la scène.

 

__________________________________________
CRITIQUE cd. VERDI : LISE DAVIDSEN, soprano. London Philharmonic Orchestra / Edward Gardner, direction (1 cd DECCA classics – enregistrement réalisé en janvier 2025 à Londres).

 

_____________________________________________

 

image_pdfTélécharger (.pdf)
Derniers articles

ENTRETIEN AVEC Gérard BEKERMAN, Président de La Fondation Long-Thibaud à propos de l’édition 2026 du Concours Long-Thibaud / violon

Depuis plus de 80 ans, le CONCOURS LONG-THIBAUD créé en 1943 cultive l’excellence musicale, sait distinguer les tempéraments les...

Découvrez d'autres articles similaires

- Espace publicitaire -spot_img