vendredi 18 septembre 2026

CRITIQUE, danse. PARIS, Festival d’Automne à Paris (Grande Halle de la Villette), le 1er décembre 2023. « LUCINDA CHILDS X 100 » par des danseurs et musiciens du Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris

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Emmanuel Andrieu
Emmanuel Andrieu
Après des études d’histoire de l’art et d’archéologie à l’université de Montpellier, Emmanuel Andrieu a notamment dirigé la boutique Harmonia Mundi dans cette même ville. Aujourd’hui, il collabore avec différents sites internet consacrés à la musique classique, la danse et l’opéra - mais essentiellement avec ClassiqueNews.com dont il est le rédacteur en chef.
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Le 1er décembre 2023, la Grande Halle de La Villette a vécu un événement chorégraphique exceptionnel. Dans le cadre du Festival d’Automne à Paris, la légende américaine Lucinda Childs, figure tutélaire de la post-modern dance, transmettait son héritage à plus de cent jeunes danseurs et musiciens du Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris. Une expérience scénique monumentale, fusionnant l’énergie de la jeunesse avec la rigueur d’une écriture chorégraphique devenue mythique.

 

Le concept, imaginé par Cédric Andrieux, alors directeur des études chorégraphiques du CNSMDP, a déjà fait ses preuves. Après avoir célébré Merce Cunningham en 2019 et Trisha Brown en 2021, le Conservatoire réitère l’expérience avec un troisième pilier de la danse américaine. Mais cette fois-ci, le projet revêt une dimension particulière : Lucinda Childs est vivante, active à 83 ans, et a supervisé elle-même les répétitions. Quelle expérience inestimable pour ces jeunes élèves, âgés de 14 à 22 ans, que de travailler sous la direction d’une artiste qui a marqué l’histoire de la danse ! 

Childs a sélectionné six extraits de son répertoire des années 1970, dont le solo emblématique Particular Reel (1973), pour les confier à une centaine d’interprètes. La chorégraphe a tenu à mélanger les cursus classique et contemporain, brisant les frontières pour créer une communauté unie par la danse. Le résultat donne naissance à « Lucinda Childs x 100″, un spectacle abouti, bien loin d’un simple exercice d’école. L’œuvre s’articule autour de pièces courtes comme Radial CoursesReclining Rondo ou Katema, auxquelles s’ajoutent deux compositions plus amples sur des musiques de Terry Riley et Henryk Górecki, interprétées par les musiciens du Conservatoire. La présence de la musique minimaliste et spirituelle de Riley, compositeur de la première heure de la scène post-modern, résonne comme un écho aux origines de la démarche de Childs, que l’écoute du public vient intensifier.

 

 

Ce qui frappe d’emblée, c’est la force visuelle du spectacle. L’image inaugurale est à couper le souffle : les danseurs, répartis en plusieurs diagonales, jouent des volumes et de l’espace, certains debout, d’autres au sol, créant un tableau vivant en perpétuel mouvement. Mais cette beauté hypnotique est le fruit d’un travail d’une exigence redoutable. La danse de Lucinda Childs, a priori dépouillée, se révèle d’une complexité diabolique. Elle demande une concentration absolue, une maîtrise parfaite du tempo et des silences, une coordination sans faille. Le haut du corps doit rester droit, presque rigide, alors que les bras sont maintenus dans une tension dissimulée, un équilibre subtil entre lâcher et contrôle. Les déplacements sont précis, les courses rapides, les sauts et les tours rythmés par un métronome, sans la moindre place pour l’improvisation.

Ce processus de répétition, poussé à son paroxysme, est le cœur de l’esthétique de Childs. En démultipliant une phrase chorégraphique par cent interprètes, le solo Particular Reel perd sa solitude poétique pour gagner une puissance inconnue, presque monumentale. Le spectacle tout entier devient une expérience immersive, une méditation sur la danse et le temps, où la répétition même des gestes transfigure l’énergie brute des jeunes danseurs, créant un spectacle à la fois hypnotique et laborieux. Lucinda Childs x 100 est la preuve vivante que la danse de Lucinda Childs, née dans les espaces alternatifs new-yorkais des années 1970, reste d’une intemporalité et d’une modernité saisissantes. Elle continue d’inspirer et de fasciner, comme en témoigne la présence attentive de Robert Wilson dans la salle, venu assister à la soirée.

Mais la véritable magie du spectacle réside dans la rencontre entre la légende et la jeunesse. On ne peut qu’être saisi par l’énergie, la discipline et la foi quasi religieuse que ces jeunes danseurs investissent dans la transmission de cet héritageLucinda Childs x 100 n’est pas une rétrospective poussiéreuse : c’est une célébration flamboyante de la danse, un geste artistique unique, une expérience collective et fédératrice qui restera gravée dans les mémoires. Un véritable « effet Lucinda » qui a soufflé un vent de libération sur la Grande Halle de La Villette !

 

 

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CRITIQUE, danse. PARIS, Festival d’Automne à Paris (Grande Halle de la Villette), le 1er décembre 2023. « Lucinda Childs x 100 » par des danseurs et musiciens du Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris. Crédit photo (c) Lucie Jansch

 

 

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