Dans un agencement sonore qui a été validé par les deux compositeurs eux-mêmes (Sharad Goulam et Gabriel Field), les jumelles Fiona et Chiara Alaimo s’affranchissent de toute entrave et expriment librement, chacune, seule au clavier, l’essence poétique des œuvres successives, leur impérieuse activité, leur cheminement harmonique spécifiquement suggestif. L’approche bénéficie évidemment du dialogue qui s’est établi préalablement et pendant l’enregistrement entre les auteurs et leurs interprètes. La trajectoire produite relève d’un parcours unitaire, d’une grande force homogène, tant les deux écritures se répondent et se rapprochent avec cependant, dans un même raffinement formel, une inspiration et des natures distinctes… cohésion sonore et personnalités vivaces. L’équation n’était pas facile à relever : mais les deux interprètes la réalisent sans tension.
Coup d’envoi avec la conquérante et suractive Toccata de Sharad Goulam, ici jouée par Fiona (après tirage à la courte paille, lire notre ENTRETIEN avec les deux pianistes : https://www.classiquenews.com/entretien-avec-fiona-et-chiara-alaimo-a-propos-de-leur-nouvel-album-echos-dialogue-on-contemporay-piano-music/) : fougue virtuose à la Liszt qui fusionne mélodie et rythme dans une cathédrale hallucinée, trépidante dont le tempérament de la pianiste fusionne ampleur, entrain mais aussi formidable élasticité nuancée dans le sens d’une irrépressible euphorie. Les 8 Chorals de Gabriel Field, contrastent évidemment par leur intimisme suspendu, …rêveur sous les doigts de Chiara. Chacun semble questionner et interroger le sens profond de la vibration et de la longueur du son, comme séduisant (mais vainement) l’ombre pour qu’en surgisse une clé plus lisible… autant d’échappées instables qui contrepointent subtilement avec les harmonies « étranges »; elles aussi interrogatives des Chorals 5 et 6…
Dans ce tunnel intranquille qui vacille, le surgissement d’Arabesque de Goulam s’inscrit naturellement comme un prolongement développé et une synthèse du cycle de Field qui a précédé. Le passage est comme souvent très réussi.
Gabriel Field dans ses 4 Berceuses (fluides et d’une insouciance enfantine) comme dans les 3 Pièces joyeuses (d’une calme gravité) déploie tout un imaginaire « minimaliste », aux couleurs sombres voire souterraines, »fatalistes » (Pièces joyeuse n°1), pour reprendre les mots de deux pianistes, dont l’harmonie devient une couleur plutôt qu’une tension appelant la résolution. Tout œuvre dans ces errances poétiques à diluer le temps réel (divagation de la n°3) ; l’écoute bascule dans un onirisme libéré de tout cadre et pression. Dans un renversement libérateur.
Un même itinéraire harmonique incertain, lunaire, presque lugubre, marque le développement de « Marche » ou des 2 Nocturnes (aux mouvement de balancier hypnotique) de Sharad Goulam.
Il est bien indiqué de terminer ce parcours suspendu, harmoniquement suggestif avec une pièce aux voluptés absentes jusque là, heureuses, comme rassérénées : « Péché d’époque » de Gabriel Field (joué par Fiona Alaimo) exprime une libération et une détente d’une irrésistible plénitude sonore grâce au jeu tout en souplesse de Fiona Alaimo. Comme un effet de miroir, les deux pianistes Fiona et Chiara semblent tout comprendre et tout dévoiler des écritures de deux compositeurs contemporains; elles en explorent les divers reliefs expressifs avec d’autant plus d’entrain et de finesse que chaque composition coule et se déploie dans un geste naturel, spontané. Le choix du piano, parfaitement réglé, aux graves puissants et profonds, aux aigus ronds, ajoute à la pleine réussite du programme.
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LIRE aussi notre ENTRETIEN avec Fiona et Chiara ALAIMO : https://www.classiquenews.com/entretien-avec-fiona-et-chiara-alaimo-a-propos-de-leur-nouvel-album-echos-dialogue-on-contemporay-piano-music/
LIRE aussi notre présentation du cd ECHOS par Fiona et Chiara Alaimo : https://www.classiquenews.com/cd-evenement-annonce-goulam-field-echos-fiona-et-chiara-alaimo-1-cd-da-vinci-classics-2024/
Par affinité, deux compositeurs d’aujourd’hui, qu’une amitié ancienne rapproche, sont associés dans un même album ; leurs œuvres, ici remarquablement réalisées par deux sœurs pianistes : Fiona et Chiara Alaimo. Le titre du programme édité par le label Da Vinci classics, « ECHOS », souligne les correspondances entre les deux écritures, entre les deux imaginaires.
A travers « un engagement commun pour la tonalité́ et la modalité, pour une harmonie coloriste, à la pointe expressive de la dissonance, il en résulte une suite qui s’inscrit comme un dialogue de tempéraments, un enchaînement d’échos où le geste rencontre la rêverie et où la substance frôle l’ombre. » Le duo à quatre mains déploie flexibilité et nuances ; s’immiscent dans la texture profonde de chaque partition pour en exprimer la direction, les pulsions motrices, la force et la poésie.
agenda
Vendredi 12 juin 2026 à 20h Fiona et Chiara Alaimo jouent au festival Les Pianissimes de Lyon : https://www.pianissimes.org/concert/chiara-et-fiona-alaimo/
Programme : W.A. Mozart : Sonate pour deux pianos en ré majeur K.448 / T. Ysaÿe : Variations pour deux pianos op.10 / D. Chostakovitch : Concertino pour deux pianos op.94 / M. Ravel : La Valse (version pour deux pianos)







