mardi 22 septembre 2026

CRITIQUE, théâtre. MONTPELLIER, Opéra Comédie, les 5, 6 et 7 mars 2026. MOLIERE : Dom Juan. Xavier Gallais (Dom Juan)… Macha Makeïeff (mise en scène)

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Emmanuel Andrieu
Emmanuel Andrieu
Après des études d’histoire de l’art et d’archéologie à l’université de Montpellier, Emmanuel Andrieu a notamment dirigé la boutique Harmonia Mundi dans cette même ville. Aujourd’hui, il collabore avec différents sites internet consacrés à la musique classique, la danse et l’opéra - mais essentiellement avec ClassiqueNews.com dont il est le rédacteur en chef.
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Pour une série de trois représentation (du 5 au 7 mars), l’Opéra Comédie de Montpellier accueillait « Dom Juan » de Molière dans une mise en scène de Macha Makeïeff. Porté par un Xavier Gallais incandescent (dans le rôle-titre), ce spectacle est un choc esthétique et une relecture passionnante du mythe.

 

Sur la scène de l’Opéra Comédie, il n’y a ni château en Sicile ni grands appartements. Il y a un lit. Un lit aux draps défaits, permanent, central, comme l’antre d’un fauve ou le sanctuaire profane d’un prédateur. C’est par cette image forte que Macha Makeïeff signe d’emblée la couleur de son « Dom Juan » : nous ne sommes pas ici chez un simple séducteur, mais dans la chambre des aveux d’un homme aux abois, traqué, reclus. La metteuse en scène, fidèle à son style visuel ciselé, nous plonge dans un XVIIIe siècle trouble, celui des Liaisons dangereuses et du Marquis de Sade, pour éclairer notre présent avec une acuité confondante.

Dans ce décor unique baigné de clairs-obscurs, les fantômes ne tardent pas à apparaître. Fidèle au texte de Molière, la mise en scène en déploie pourtant une puissance inédite, « transformant la pièce en un ballet d’ombres et de désirs« . Les personnages secondaires deviennent des spectres obsédants, peuplant l’espace mental de ce Dom Juan en fuite. La musique, la lumière, les costumes – tous superbes – tout concourt à créer une atmosphère à la fois baroque et onirique, où le rire, souvent, jaillit, mais se mêle immédiatement à l’étrangeté la plus profonde.

 

 

Au cœur de ce tourbillon, Xavier Gallais est un Dom Juan monumental. Loin du tombeur fringant et superficiel, il incarne un libertin au bord du gouffre, à la fois monstrueux et pathétique, d’une élégance cynique et d’une noirceur fascinante. On le perçoit comme un homme « empêché » que Macha Makeïeff a voulu explorer, un grand seigneur méchant homme qui se consume lui-même à force de défier le ciel et les hommes.

Face à lui, la distribution, sans la moindre fausse note, est une véritable troupe au service de cette relecture. Vincent Winterhalter incarne un Sganarelle complexe, bien loin du simple benêt. Il est le miroir terrien, complice et révulsé, de ce maître en perdition. Mais la grande révélation de ce spectacle est peut-être du côté des femmes. Irina Solano est une Elvire bouleversante d’intensité ; elle n’est pas une victime éplorée mais une femme révoltée, dangereuse, dont la colère fait vaciller les murs du libertin. Autour d’elles, Xaverine Lefebvre (tour à tour Charlotte et un Commandeur impressionnant), Vanessa Missé (Mathurine) ou encore Jeanne-Marie Lévy, présence musicale troublante, forment un chœur de femmes bafouées qui recomposent les morceaux de ce miroir brisé qu’est l’âme de Dom Juan. La distribution masculine est tout aussi précise, avec un Pascal Ternisien en père digne et pitoyable, un Joaquim Fossi et un Anthony Moudir parfaits dans leurs rôles multiples.

Ce qui saisit ici, c’est la manière dont Macha Makeïeff parvient à être à la fois fidèle et inattendue. Elle respecte la lettre de Molière mais en libère l’esprit le plus subversif. Elle fait de ce Dom Juan une œuvre résolument moderne, qui questionne sans anachronisme la prédation, le consentement, et l’émancipation des femmes. La Révolution gronde en coulisses, et l’on sent que ce monde d’aristocrates décadents va bientôt voler en éclats. Ce « Dom Juan » est l’expérience rare d’un théâtre total, où le texte classique dialogue avec une esthétique puissante. Un spectacle élégant et troublant, où le vertige de la liberté se paie au prix fort. À ne manquer sous aucun prétexte lors de ses prochaines reprises un peu partout dans l’hexagone !

 

 

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CRITIQUE, théâtre. MONTPELLIER, Opéra Comédie, les 5, 6 et 7 mars 2026. MOLIERE : Dom Juan. Xavier Gallais (Dom Juan)… Macha Makeïeff (mise en scène). Crédit photographique (c) Juliette Parisot

 

 

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