L’Opéra Grand Avignon ne cesse de combler son public. En cette fin février, la maison provençale offrait à ses chanceux spectateurs une nouvelle preuve de son éclectisme et de son exigence artistique. Après avoir récemment exploré les « Grands Mythes » (tels que Prométhée) ou la comédie musicale (Company de Stephen Sondheim), c’est à un voyage onirique et sensible que nous étions conviés avec La Chambre d’échos, un spectacle aussi raffiné qu’envoûtant. Une fois de plus, le travail formidable de son très actif directeur, Frédéric Roels, porte ses fruits et fait souffler sur Avignon un vent de création audacieuse et de diversité, tout en confirmant son rôle de découvreur de talents.
Pour ce projet aussi poétique qu’ambitieux, la direction avait vu les choses en grand en faisant appel au jeune et talentueux metteur en scène Eddy Garaudel, aux deux superbes chanteuses lyriques que sont Julie Roset et Adèle Charvet, et – moins de dix jours après le triomphe retentissant de Médée de Cherubini au Théâtre des Champs-Élysées – au fabuleux Concert de la Loge dirigé par son chef Julien Chauvin. Loin des fureurs tragiques de la magicienne antique, c’est dans l’intimité feutrée et les mystères de la forêt que les musiciens nous ont cette fois guidés, avec la même grâce souveraine cependant ! Que ce soit dans Vivaldi ou Haendel, Porpora ou Rameau (auxquels sont empruntés airs, duos et ouvertures), la clarté de la texture orchestrale, la richesse des couleurs et la respiration infinie que Chauvin insuffle à ses troupes nous enveloppent. On est frappé par cette énergie coutumière, toujours renouvelée, qui fait de chaque intervention du Concert de la Loge un moment de grâce absolue. L’orchestre, sur instruments anciens, dialogue avec une transparence idéale, créant à chaque fois un écrin sonore d’une délicatesse infinie pour les voix.
Et quelles voix ! La soirée fut placée sous le signe d’une alchimie parfaite entre deux talents aussi lumineux que complémentaires. La soprano avignonnaise Julie Roset, de retour dans sa ville natale (le jour de son anniversaire qui plus est !…), a littéralement habité l’espace de sa présence éthérée. Révélation aux Victoires de la musique classique 2025, la jeune artiste a déployé un timbre d’une pureté cristalline, d’une agilité confondante, pour des airs de Haendel ou de Vivaldi qui semblaient écrits pour elle. Sa ligne de chant, aérienne et parfaitement maîtrisée, a su capter l’essence même de ces héroïnes baroques, entre mélancolie et extase. Face à elle, la mezzo-soprano montpelliéraine Adèle Charvet a confirmé, s’il en était besoin, qu’elle est l’une des plus fascinantes interprètes de sa génération. La chaleur de son timbre, sa diction incisive et la profondeur de son engagement scénique ont offert une magnifique incarnation, tour à tour ombre complice ou écho rêveur de sa partenaire. Leurs voix, dans les duos, se mêlent et se répondent avec une évidence confondante, tissant une toile sonore d’une beauté à couper le souffle.
Mais la magie de La Chambre d’échos doit aussi beaucoup à l’écrin visuel imaginé par Eddy Garaudel. Après des réalisations saluées un peu partout, de Nancy à Bordeaux, Garaudel confirme ici un sens aigu de l’espace et de la suggestion. Sa mise en scène, épurée et profondément poétique, transforme la scène en un clair-obscur mystérieux. Avec sa complice Margaux Moulin aux décors et costumes, et Georgia Tavares aux lumières, il crée une forêt imaginaire, faite de jeux d’ombres et de lumières mouvantes, où chaque feuille semble vibrer au son de la musique. La « Chambre d’échos » devient alors un lieu intemporel, une chambre d’âme où les résonances musicales rebondissent sur les troncs imaginés, créant une déambulation dramaturgique aussi fluide que captivante. Le public, littéralement suspendu à cette harmonie parfaite entre le son, la lumière et le geste, a longuement acclamé les artistes à l’issue d’une représentation qui restera comme l’un des joyaux de la saison… encore riche de découvertes et de surprises en tout genre d’ici juin !…
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CRITIQUE, théâtre musical. AVIGNON, Opéra Grand Avignon, le 21 février 2026. « La Chambre d’échos » (sur des Arias de Haendel, Vivaldi, Porpora…). Julie Roset (soprano), Adèle Charvet (mezzo), Eddy Garaudel (MeS), Le Concert de la Loge, Julien Chauvin (direction). Crédit photo (c) Emmanuel Andrieu





