Le Vaisseau fantôme de Richard Wagner a fait escale au Palais Neptune de Toulon pour deux soirées (les 17 et 19 février). Dans l’attente de la réouverture de l’Opéra, c’est dans cette salle que s’est vécu un grand moment de lyrisme romantique. Sous la baguette inspirée du directeur musical de la maison varoise Victorien Vanoosten, l’Orchestre de l’Opéra de Toulon et le Chœur « maison », renforcé par celui de l’Opéra de Montpellier, ont offert une lecture passionnée de cette fresque de la rédemption.
Dès les premières mesures, la battue précise et énergique de Victorien Vanoosten a insufflé une tension dramatique immédiate. Le jeune chef, ancien assistant de Daniel Barenbom, confirme ici tout son talent pour le répertoire germanique . Il sculpte la partition avec des contrastes dynamiques saisissants, ménageant des silences calibrés qui laissent affleurer l’émotion la plus pure. Sous sa direction, l’orchestre articule le discours avec une clarté remarquable, accompagnant la progression dramatique jusqu’au dénouement libérateur.
La distribution réunie pour l’occasion mérite les plus vives louanges. Le Hollandais du bayton bulhgare Anton Keremidtchiev impressionne d’emblée par sa matière vocale ample et dense. Sa voix grave, solidement ancrée, confère au personnage maudit une stature hiératique sans jamais sacrifier la lisibilité de la ligne de chant. Par un jeu subtil d’inflexions retenues, il laisse percer une forme de vulnérabilité poignante. Face à lui, la Senta de Dorothea Herbert est une véritable révélation. La soprano allemande, habituée des emplois wagnériens, déploie un timbre clair et lyrique d’une beauté rare. Sa voix circule avec une aisance confondante entre les élans puissants et les passages plus intériorisés, faisant évoluer la couleur vocale au rythme de l’obsession de son personnage.
Brenden Gunnell incarne un Erik au récit d’une articulation précise et mélodieuse. Son timbre, d’abord doux, se charge d’un grain plus sombre dans les moments de tension, avec un sens remarquable de la continuité expressive. Le Daland de Tobias Schabel séduit par sa basse grave et son timbre ouvert, tandis que Ahlima Mhamdi compose une Mary au timbre chaud et rond, créant un équilibre parfait avec les chœurs féminins. Enfin, le Timonier de Matthieu Justine apporte une touche de légèreté bienvenue : sa voix aisée et sa prononciation soignée illuminent chacune de ses interventions.
Les chœurs, impeccablement préparés par Christophe Bernollin et Noëlle Gény, méritent une mention spéciale : la masse compacte des hommes contraste magnifiquement avec le lyrisme affirmé des voix féminines, restituant à merveille l’atmosphère maritime de l’ouvrage. Au terme de cette traversée haletante, la salle attentive a éclaté en applaudissements nourris pour saluer l’ensemble des forces réunies.
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CRITIQUE, opéra (en version de concert). TOULON, Palais Neptune, les 17 et 19 février 2026. WAGNER : Der Fliegende Holländer. A. Keremenditchiev, D. Herbert, B. Gunnel, T. Schabel… Orchestre de l’Opéra de Toulon, Victorien Vanootsen (direction). Crédit photographique © Aurélien Kirchner




