mercredi 14 octobre 2026

CRITIQUE, concert. MARSEILLE, Théâtre national de la Criée, les 17 et 18 février 2026. Récital d’Alexandre KANTOROW (Beethoven, Chopin, Scriabine…)

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Emmanuel Andrieu
Emmanuel Andrieu
Après des études d’histoire de l’art et d’archéologie à l’université de Montpellier, Emmanuel Andrieu a notamment dirigé la boutique Harmonia Mundi dans cette même ville. Aujourd’hui, il collabore avec différents sites internet consacrés à la musique classique, la danse et l’opéra - mais essentiellement avec ClassiqueNews.com dont il est le rédacteur en chef.
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Dans le cadre de sa saison 25/26, l’association Marseille Concerts avait convié le public phocéen à ce qui s’annonçait comme l’un des moments forts de l’année : un récital du prodige français du piano, Alexandre Kantorow. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’événement a tenu toutes ses promesses, et bien au-delà !

 

Fidèle à sa mission de diffusion de la musique classique sur le territoire marseillais, dirigé artistiquement par Olivier Bellamy (qui présente chaque concert…), Marseille Concerts s’attache à inviter les plus grands talents internationaux dans des lieux d’exception : le Théâtre national de La Criée, archi-comble pour cet événement, en était la plus belle illustration. Le public, un mélange d’habitués éclairés et de jeunes mélomanes venus acclamer celui que l’on surnomme déjà le « Tsar du piano » bouillonnait d’impatience. Et comment pourrait-il en être autrement ? Alexandre Kantorow, véritable étoile du piano mondial, n’est plus seulement un espoir : il est désormais une référence. Par sa technique sidérante, sa musicalité profonde et son charisme scénique, il s’impose aujourd’hui comme l’un des tous grands maîtres de son instrument, perpétuant avec éclat la grande école pianistique française.

Le programme, d’une exigence redoutable, était à son image : un défi pianistique et spirituel. La soirée s’ouvrit avec la transcription par Franz Liszt des variations « Weinen, Klagen, Sorgen, Zagen » de Bach (S. 180). D’entrée, Kantorow imposa sa vision, faisant chanter le choral avec une ferveur religieuse, avant de déchaîner des tempêtes de douleur contenue. Ce fut un prélude grave et solennel, d’une noblesse rare, qui installa d’emblée le concert sous le signe du sacré. Vint ensuite la Sonate op. 5 de Nikolaï Medtner, une œuvre labyrinthique et d’une complexité rythmique folle. Là où beaucoup se perdent, Kantorow trouva une clarté lumineuse. Il déjoua tous les pièges de cette partition touffue avec une aisance déconcertante, faisant surgir des paysages sonores tantôt bucoliques, tantôt dramatiques. Ce fut une plongée fascinante dans un répertoire trop rarement joué, servi par un artiste qui en possède tous les secrets. Pour clore cette première partie, un court intermède de Frédéric Chopin : le Prélude Op. 45. Après la complexité de Medtner, ce fut un moment de grâce suspendue, une respiration. Kantorour en révéla toute l’introspection, avec un toucher d’une délicatesse infinie, comme une confidence murmurée au public médusé.

Après un entracte où l’on sentait la salle électrisée par ce déjà entendu, le pianiste revint pour une seconde partie placée sous le signe des forces obscures et de la lumière. Il attaqua avec « La Chanson de la folle au bord de la mer » d’Alkan, page d’anthologie du romantisme noir. Son interprétation fut hallucinée, d’une folie douce et poignante, où les notes semblaient vaciller comme une flamme dans le vent. Puis ce fut « Vers la flamme » de Scriabine. Kantorow construisit une progression d’une tension insoutenable, un véritable vortex sonore partant d’un murmure mystérieux pour exploser dans un embrasement final. La salle retint son souffle, comme suspendue au-dessus d’un abîme. Enfin, arriva le sommet  de la soirée: la Sonate pour piano n°32 op. 111 de Ludwig van Beethoven. Le dernier testament sonore du maître de Bonn. Dans le premier mouvement, Kantorow fit preuve d’une violence contenue, d’une rigueur rythmique implacable, presque tellurique. Puis vint l’inénarrable deuxième mouvement, l’Arietta. Là, le temps s’est arrêté. Sous ses doigts, ce thème d’une simplicité divine s’est mué en une méditation transcendante. Les variations se sont déployées avec une évidence organique, jusqu’à ces dernières pages d’une sérénité absolue, suspendues hors du temps. La note finale s’éteignit dans un silence plus fort que tous les applaudissements, un silence habité, recueilli. Puis ce fut l’explosion : une ovation debout, longue, chaleureuse, à la mesure du génie qui venait de se livrer. En guise de conclusion, Alexandre Kantorow termina son récital avec le compositeur qui l’avait ouvert, avec une interprétation a faire pleurer des pierres de « La mort d’Isolde » extraite de Tristan und Isolde de Richard Wagner dans un transcription de Franz Liszt.

Cette soirée restera gravée comme un moment d’exception, mais Marseille Concerts nous prépare de nouveaux chocs musicaux. Ne manquez pas ainsi la venue de la prodigieuse Arielle Beck le 15 mars ou d’Alain Planès le 29 mars, la « Soirée Dvorak » le 27 avril, ou encore le Quatuor Hanson le 30 mai !

 

 

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CRITIQUE, concert. MARSEILLE, Théâtre national de la Criée, le 17 février 2026. Récital d’Alexandre KANTOROW (Beethoven, Chopin, Scriabine…). Crédit photo (c) Emmanuel Andrieu

 

 

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