mercredi 14 octobre 2026

CRITIQUE, ballet. PARIS, Palais Garnier, le 14 février 2026. PRELJOCAJ : Le Parc. G. Diop, D. Gilbert… Orchestre de chambre de Paris, Zoe Zeniodi (direction)

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Le jardin peut être un labyrinthe, une broussaille charmante ou un carré de buis taillé soigneusement que l’on admire de loin. Cet espace à la fois de mystère et d’élucidation, de fuite et de rencontres fascine dans son étendue sombre ou lumineuse entre les apartés du soleil perçant les feuilles translucides des feuillus inertes. Conçu en 1994, dans une époque de renouveau chorégraphique et musical, Le Parc d’Angelin Preljocaj porte en lui l’ambiguïté et le désir au bord du « camp » des peintures de Fragonard. Le Parc est une narration qui débute par un marivaudage et finit par un pas de deux iconique, peut-être un des plus beaux de toute l’histoire de la danse.

 

Le Palais Garnier en temple absolu de Terpsichore ouvre son grand carré scénique pour que ce Parc puisse nous faire vibrer de toute sa puissance et son onirisme fantastique. Preljocaj réussit, plus de trente ans après, à fasciner et à toucher par l’ample éventail des émotions qui s’y développe et se transforme comme une aile lépidoptère incandescente et nuancée. Le choix et la dramaturgie des musiques de W. A. Mozart est adroit et parfaitement en accord avec la construction du ballet. En revanche, ce sont les créations sonores de Goran Vejvoda qui semblent ici un peu hors sujet et surtout à l’écriture désormais dépassée. La chorégraphie et la présence des jardiniers en grand ordonnateurs de la narration est une idée formidable mais l’illustration musicale de ces épisodes ne convainc pas. Et c’est bien dommage, parce que leur apparition dans « Le rêve » au début du troisième acte est d’une rare beauté avec une Dorothée Gilbert en somnambule à la fois frêle et hiératique dans son rêve sous les étoiles.

Le Parc déroule son parcours amoureux avec la troupe des étoiles et premières et premiers de l’Opéra. Avec une belle cohérence et un sens de la musique qui paraît évident alors que certains des extraits de concerti et des divertimenti de Mozart n’apparaissent en surface que comme des pièces de circonstance, ici ces petits bijoux deviennent des évidences qui emportent le parcours initiatique dans ce jardin merveilleux. Les danses à 7 tiennent une place de flamboyants divertissements dignes des plus belles Fêtes Galantes, surtout avec les admirables costumes de Hervé Pierre. Tout dans Le Parc est pictural et superbe. Cependant c’est le dernier pas de deux sur l’Adagio en fa dièse du Concerto pour piano n°23 en la majeur qui rend ce ballet unique en son essence.

Dansé formidablement bien par Guillaume Diop et Dorothée Gilbert, ce pas de deux est bouleversant à la fois dans son dépouillement et sa sincérité. L’amour y est exposé dans son intimité et sa pureté au même niveau que le chant feutré de Mozart. On est saisi, emporté dans un torrent puissant de tendresse, jamais gâché par un surplus de désir, c’est l’amour dans sa plus pure essence, un sentiment irrépressible, impondérable mais simple. Guillaume Diop et Dorothée Gilbert ont su transmettre cette puissance par une maîtrise parfaite de la chorégraphie et une grâce magique dont la dynamique surgit naturellement de leur complicité.

Dans la fosse du Palais Garnier, la cheffe Zoe Zeniodi transmet chaque geste musical avec une belle clarté et une présence précise mais pas du tout écrasante. L’Orchestre de chambre de Paris est dans un répertoire qui lui va comme un gant, sans forcer les nuances et avec un dynamisme enthousiasmant.

A la fin, nous repartons vers les lampions de l’Avenue de l’Opéra avec le sentiment profond d’avoir poursuivi les rives du Tendre et les explorer tel Georges Moustaki: « On voit dans le jour qui se lève, s’ouvrir tout un pays de rêve, le tendre pays des amants.« 

 

 

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CRITIQUE, ballet. PARIS, Palais Garnier, le 14 février 2026. PRELJOCAJ : Le Parc. G. Diop, D. Gilbert… Orchestre de chambre de Paris, Zoe Zeniodi (direction). Crédit photo (c) Julien Benhamou / Opéra nationzl de Paris

 

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