L’Opéra de Rennes affiche jusqu’au 3 janvier 2026, une production séduisante qui réhabilite en réalité le dernier opéra de chambre de Pauline Viardot (1821 – 1910), alors octogénaire, à l’époque des derniers Massenet et des sommets de Puccini… Sa Cendrillon (créée en 1904) pétille par son charme agile, parfois corrosif dont l’abondance de dialogues et réparties parlées (rédigés par le metteur en scène David Lescot), le choix d’ajouts musicaux (dont Mozart et Berberian), l’orchestration pour 4 instrumentistes, élaborée par Jérémie Arcarche [quand la version originelle indiquait le piano seul] soulignent la théâtralité active, enjouée d’une partition idéalement rythmée. Le Théâtre Sénart a accueilli la création de la nouvelle production proposée par La Co[opéra]tive (début novembre 2025). L’Opéra de Rennes à son tour lui dédie sa salle, écrin idéal pour chaque production lyrique, en particulier pour ce type de format scénique et chambriste… Au total, Cendrillon réalisera une tournée hexagonale en 16 étapes, avec à la clé pas moins de 73 représentations, la dernière étant annoncée le 2 avril 2026 à Dunkerque (Scène nationale).
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Photos © Christophe Raynaud de Lage
David Lescot règle un spectacle bien équilibré entre finesse et délire, poésie et irrévérence voire charge parodique. La production revisite le mythe de Cendrillon avec une verve affûtée riche en contrastes, toujours élégante… En 1h10 approximativement, la jeune souillon affronte avec bienveillance l’idiotie toxique de ses deux sœurs, la lâcheté de son père, – faux baron mais vrai épicier véreux qui est passé par la prison et qui ne pense qu’à se bâfrer… Aidée par la bonne fée, Cendrillon rencontre le prince Charmant Ier… qu’elle décide d’épouser.
Savoureuse Cendrillon
Fin et délirant, le spectacle
réglé par David Lescot, pétille et convainc
La Fée (Lila Dufy) © Christophe Raynaud de Lage
La production s’appuie sur une distribution homogène ; elle fait la part belle aux jeunes chanteurs parmi lesquels se distinguent particulièrement la Cendrillon d’Apolline Raï-Westphal, comme la fée de Lila Dufy [que l’on avait découverte ici même en… Reine de la nuit de La Flûte enchantée de Mozart en mai / juin dernier]. Les deux solistes facétieuses et espiègles ressuscitent l’esprit féérique que Pauline Viardot a su déployer et que la production sait préserver.
Visuellement le dispositif très astucieux séduit, imaginant dans la première partie [avant le bal] les musiciens intégrés dans les tableaux du salon, puis lors de la scène du bal justement, les mêmes instrumentistes, sortis des cadres et aussi délirants, animant le concert dans le spectacle, – mise en abîme très efficace qui nous vaut les deux numéros les plus comiques : l’air d’Elvira extrait du Don Giovanni de Mozart [« Ah chi dice mai« ], chanté et comme dédoublé par les deux sœurs ; puis le solo de Cendrillon, synthèse de tous les effets vocaux, bucaux dont est capable une chanteuse … En réalité une relecture très habitée de la pièce composée / chantée par la mezzo Cathy Berberian : » Stripsody » de 1966. Autant de saillies et onomatopées qui font écho en particulier auprès des plus jeunes spectateurs. On regrette à ce moment que la soprano ne s’approche pas plus du bord de scène pour ce solo déjanté… ce rare instant de pur délire aurait d’autant plus surpris et saisi, dans un rapport plus direct avec l’audience.
Pauline Viardot, cantatrice adulée, [entre autres de Berlioz qui conçut pour elle, une nouvelle version de l’Orphée et Eurydice de Gluck], fut aussi une collectionneuse généreuse ; ainsi de l’aveu même du metteur en scène, la présence de l’air d’Elvira est une belle référence au don que Pauline Viardot fit du manuscrit du Don Giovanni de Mozart à l’État français.
La cantatrice révèle un talent indiscutable comme compositrice : sa Cendrillon bien calibrée déroule un drame resserré, serti d’airs d’autant plus séduisants qu’ils sont courts et bien enchaînés. Elle maîtrise le flux dramatique, ne s’épanche jamais, place astucieusement les ensembles (d’une coupe rossinienne) sans trop les développer [menuet du bal]. La comédie est un régal de numéros parlés et de formules linguistiques et, dans cette production, parfois, à la lisière du burlesque et même du surréalisme. Ce qui exige des qualités multiples et complémentaires de la part des interprètes : acteurs, chanteurs et même danseurs (en particulier dans le tableau du bal)… En témoigne le vrai chambellan déguisé en faux Prince, incarnation pour laquelle se démarque aussi le ténor Benoît Rameau que les spectateurs retrouvent ainsi après son Monostatos stylé, remarqué dans la même Flûte Enchantée de Mozart qui concluait la saison passée 2024-2025.
Spectacle idéal pour les fêtes de fin d’année, à l’affiche de l’Opéra de Rennes jusqu’au 3 janvier prochain. Il reste encore quelques places… réservations et infos sur le site de l’Opéra de Rennes : https://www.opera-rennes.fr/fr/evenement/cendrillon
Cendrillon (Apolline Raï-Westphal) et ses 2 sœurs © Christophe Raynaud de Lage
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CRITIQUE, opéra. OPÉRA DE RENNES, le 27 décembre 2025. Pauline VIARDOT : Cendrillon
(1904). Olivier Naveau (le père), Clarisse Dalles et Romie Estèves (les deux sœurs), Apolline Raï-Westphal (Cendrillon), Tsanta Ratia (le Prince), Benoît Rameau (le chambellan), La Fée (Lila Dufy), Ensemble instrumental (Bianca Chillemi, piano et direction). A l’affiche de l’Opéra de Rennes, jusqu’au 3 janvier 2026.
Le bal © Christophe Raynaud de Lage
LIRE aussi notre présentation de Cendrillon de Pauline Viardot à l’Opéra de Rennes, jusqu’au 3 janvier 2026 : https://www.classiquenews.com/opera-de-rennes-pauline-viardot-cendrillon-du-27-dec-2025-au-3-janvier-2026-apolline-rai-westphal-lili-dufy-david-lescot-mise-en-scene-jeremie-arcache-adaptation/
Visitez aussi le site de la Co(opéra)tive / page dédiée à Cendrillon de Pauline Viardot – David Lescot – Bianca Chillemi : http://www.lacoopera.com/le-carnaval-de-venise-copy-1
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à venir Lucia…
Prochaine production lyrique à l’affiche de l’Opéra de Rennes : Lucia di Lammermoor de Gaetano Donizetti – Jacob Lehmann, direction musicale / Simon Delétang, mise en scène : https://www.opera-rennes.fr/fr
5 représentations événement, les 7, 9, 11, 13 et 14 février 2026
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