Ce dimanche, j’étais à l’hosto…
– Vous étiez-souffrant ?
– Non, j’étais… à l’Opéra de Marseille ! Ils y avaient brillamment repris la mise en scène de Falstaff de Denis Podalydès, déjà présentée à Lille, Luxembourg et Caen. L’action se déroule dans un hôpital à l’ancienne : lits en fer blanc, carrelage noir et blanc, néons au pâle éclat de lune malade. C’était l’époque où le trou de la Sécu n’existait pas, où les Urgences n’explosaient pas – mais où la médecine n’était quand même pas aussi performante qu’aujourd’hui !
Dans cet hosto-là, le bedonnant Falstaff est un drôle de malade. On le perfuse au vin. Ses infirmières sont les commères de Windsor. L’auberge de la Jarretière du 2ème acte devient la salle commune… et la forêt du troisième le bloc opératoire ! Ne croyez pas qu’on y soit sous anesthésie. Tout va, court, rebondit, avec une malice légère – et une Alice qui ne l’est pas moins. (C’est le prénom d’une des commères, Alice Ford !). Il y a même de la poésie, à la fin, dans… la ronde des lits en fer blanc au pays des fées ! On assiste aussi, au final, à une opération à bedaine ouverte du pauvre Sir John Falstaff – lequel retrouve sa sveltesse de jeunesse.
Le public adhère. Marseille applaudit à tout rompre.
Giulio Mastrototaro donne un Falstaff flamboyant, qui remporte, à juste titre, un triomphe personnel à la fin. Ce faisant il fait honneur à… un Marseillais. Car c’est le célèbre baryton Victor Maurel, natif de Marseille, qui créa Falstaff en 1893 à la Scala de Milan. Et c’est ainsi que la Canebière peut revendiquer un peu de l’histoire de Falstaff ! Mastrototaro mêle l’agilité d’un baryton bouffe rossinien à la chair sonore verdienne.
Comme on pouvait s’y attendre, Florian Sempey est également un Ford magnifique. On aurait tort de séparer les joyeuses commères, tant elles sont unies dans l’action, le talent et le brio : Salomé Jicia (Alice Ford) à la voix pulpeuse, Hélène Carpentier, dont le soprano clair nous offre une Nanetta exquise, Héloïse Mas (Mrs Page), dont on remarque la beauté du timbre, quand Teresa Iervolino qui est une Mrs Quickly de caractère. Il n’y a que du bien à dire du ténor clair et lumineux d’Alberto Robert. Cette distribution de grande qualité est fort bien complétée par Raphaël Brémard (le docteur de cet hôpital en folie), Carl Ghazarossian (Bardolfo), et Frédéric Carton (Pistola). Evoquons aussi la belle participation des choeurs.
Dans la fosse, la musique de Verdi vit, vibre, pétille. Et cela sous la direction fort efficace d’un jeune chef italien (accessoirement le directeur musical de la maison phocéenne !), aux allures de jeune premier qui, visiblement, a ses groupies dans la salle, le déj& grand Michele Spotti !
Seul nuage : les décalages dans les ensembles du 1er acte – qui se sont heureusement dissipés dans la fameuse fugue finale « Tutto nel mondo è burla » (« Le monde n’est que farce ! »)
Ah, comme on les aime ces dimanches à l’hosto !…
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CRITIQUE, opéra. MARSEILLE, opéra municipal, le 9 novembre 2025. VERDI : Falstaff. G. Mastrototaro, S. Jicia, F. Sempey… Denis Podalyes / Michele Spotti. Crédit photo (c) Christian Dresse




