vendredi 6 novembre 2026

Verdi: Don Carlos. Dietrich Fischer Dieskau (Posa)Sawalisch, Berlin, 1965. 1 dvd Arthaus Musik

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DVD, compte rendu, critique
Verdi: Don Carlos (Sawalish, Fischer-Dieskau, 1965)

Deutsche Oper Berlin, 1965: la scène berlinoise poursuit la constitution de son répertoire en montant des opéras italiens chantés en allemand et ici, réalisés en studio, dans une conception de tournage spécialement produit pour la télévision.


Don Carlos théâtral


Du point de vue musical, ce Don Carlos n’est pas tout à fait authentique:
il y manque le nécessaire tableau préliminaire de Fontainebleau où les deux jeunes fiancés (Carlos, Elisabeth) expriment avant les épisodes suivants leur pur amour… parenthèse d’autant plus essentielle qui contraste avec la noirceur et le cynisme ominprésents jusqu’à la fin… Les plans rapprochés, le mouvement des caméras qui soulignent la force dramatique et psychologique des tableaux de l’opéra comme s’il s’agissait d’une pièce de théâtre, permettent une immersion dans la passion schillérienne (quoique certains ont avancé, l’opéra de Verdi n’est pas indigne du texte de Schiller car la musique « trop allemande, trop wagnérienne » est cependant d’une rare fulgurance: en maître d’oeuvre, le scénographe Gustav Rudolf Sellner, spécialiste des pièces de Schiller, conçoit ce spectacle entre opéra et dramaturgie purement théâtrale, avec en fin de tableau, saluts brefs des solistes et même applaudissements.
Malgré un décalage entre image et son qui gêne évidemment la lecture de tous les plans rapprochés, malgré surtout, le cadreur qui a la bougeotte dans bien des scènes où le huit clos transpire, la force du document berlinois vient essentiellement de la distribution et de la direction.

Josef Greindl est magistral de justesse dans le rôle de Philippe II, solitaire, rongé par la malédiction de ne pas être aimé, proie du doute donc victime d’une foi destructrice; Martti Talvela terrifie en grand Inquisiteur; et l’immense Dietrich Fischer Dieskau confirme son affinité de diseur hors paris avec le profil tendre, lumineux, ardent du marquis de Posa; le Carlos de James King est le moins fouillé psychologiquement, vocalement intense et projeté mais finalement moins vraisemblable; les femmes ne sont pas en reste: Pilar Lorengar transmet sa finesse musicale pour une Elisabeth elle aussi très juste et Patricia Johnson fait une Eboli toute aussi dévorée par un désir insatisfait. Absent à l’image, Wolfgang Sawalish apporte une vision nerveuse, musclée, enflammée à la scène verdienne : celui qui dirige alors l’Opéra de Hambourg, et qui triomphe alors à Bayreuth (Tannhäuser et le Vaisseau Fantôme) est un chef invité à Berlin qui affirme sa poigne et son tempérament expressif: en dépit des nombreux problèmes de son (les cuivres trop lointains dans la scène de l’autodafé), malgré la mise en scène flottante et imprécise, le chef maintient la très grande cohésion dramatique de l’opéra de Verdi. A voir absolument, en souhaitant que vous ne tombiez pas comme nous sur un exemplaire à la désynchronisation image et son, bien dommageable.

Giuseppe Verdi: Don Carlos (Deutsche Oper Berlin, 1965). Avec James King, Pilar Lorengar, Josef Greindl, Dietrich Fischer Dieskau. Chor und Orchester der Deutschen Oper Berlin. Wolfgang Sawallisch, direction. Gustav Rudolf Sellner, mise en scène. 1 dvd Arthaus Musik réf.: 101 621 (2h35mn).

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