lundi 5 octobre 2026

CRITIQUE, opéra. BUSSETTO, Parma Verdi Festival, le 9 octobre 2025. VERDI, Macbeth. V. Priante, M. Santoro, M. Roma, A. Corrado… Manuel Renga / Francesco Lanzillotta

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Sabine Teulon-Lardic
Sabine Teulon-Lardic
Critique et Musicologue : l'un nourrit l'autre et vice versa ! Sabine a écrit une Thèse sur l'opéra-comique au XIXe siècle.
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Pour sa 25e édition, le Festival Verdi de Parme choisit une riche thématique : Shakespeare et Verdi. Si depuis sa jeunesse, le compositeur professait une affinité shakespearienne comme beaucoup de romantiques, ses trois titres verdiens jalonnent le début et la fin de sa production. Première confrontation, Macbeth est ici sélectionné dans sa rare version originale (nouvelle édition critique de David Lawton), créée au Teatro della Pergola (Florence) le 14 mars 1847. Elle précède la version française (1865), qui plus tard re-traduite en italien, demeure la plus représentée dans le monde.

 

Près du village de Roncole-Verdi, au joli Théâtre de Bussetto, partenaire et non satellite du festival Verdi, cette version initiale conquiert le public par le resserrement dramatique du livret de F. M. Piave et d’A. Maffei tiré de Shakespeare. Ni ballet ni final guerrier ni vers français en décalage de la prosodie italienne : le spectateur y gagnerait-il ? A l’instar d’opéras romantiques de l’Ottocento (de Boieldieu à Hoffmann, de Meyerbeer à l’Hamlet de Thomas), le registre surnaturel domine dans cette production, plutôt que le seul drame des époux meurtriers. Grâce à la mise en scène de Manuel Renga, efficace avec de sobres moyens (éclairage rougeoyant réservé au surnaturel, tranchant sur les costumes gris-noir de l’Ecosse médiévale qui envahissent même le bac blanc du lavage des mains), la modeste scénographie s’adapte à l’étroit plateau. Sur les praticables qui prolongent la scène au-dessus de la fosse et devant le parterre, les sorcières shakespeariennes (rôles muets) évoluent dans le noir de la nuit et du cycle horrifique. En déroulant et emmêlant les fils de la destinée (pantomime), ou bien en projetant les ombres funestes depuis leur petit tourniquet, elles prédisent les meurtres que les époux Macbeth fomentent pour accéder au trône d’Ecosse, meurtres tous soulignés par le néon « Vaticinio » (prophétie) qui inclut la mort de Macbeth. Ainsi cernés par ces Parques et les Esprits écossais (chœur féminin d’introduction), les protagonistes subissent leur destin, les époux depuis une cellule blanche les enserrant. En corrélation de la dramaturgie verdienne, trois momentum érigent les humains en victimes pétrifiées : la stupeur de Macduff et du peuple écossais lors de l’assassinat de leur roi (final du I), les hallucinations de Macbeth lors de son banquet royal (II). Lui succédera la scène de somnambulisme de Lady Macbeth, hantée par le sang des mains (IV). Ces visions surnaturelles sont poétiquement incarnées par quatre danseurs, eux lumineux (chorégraphie de Paola Lattanzi). Leurs postures animales sculpturales (corps à 8 jambes et 8 bras), leurs apparitions avec de splendides masques de cervidés aiguisent l’attention lorsque la partition verdienne se désarticule pour mieux pénétrer la psyché tourmentée des Macbeth.

Mais le défi de représenter Macbeth sur cette scène miniature de Bussetto est également musical. Il est parfaitement relevé par les forces en présence. Sous la baguette de Francesco Lanzillotta, la précision de l’Orchestre Giovanile Italiana (Orchestre Italien des jeunes) est aux taquets, notamment lors des marches militaire (petite harmonie et caisse claire) et de la scène festive du banquet qui semble préfigurer la Périgourdine de Rigoletto. Mention spéciale aux bois graves (cor anglais solo, clarinettes) qui personnifient Lady Macbeth de leur timbre charnu, loin des flûtes éthérées d’ héroïnes Belliniennes. Fortement sollicité dans cette partition, le Chœur du Teatro Regio de Parme (préparé par Martino Faggiani) offre une opulence vocale à l’admirable gradation finale du 1er acte « O gran Dio », a cappella, avec ténor concertant : partition magistrale !

Très homogène, la distribution est fortement caractérisée pour donner corps à la condensation du mélodrame. Le fier Macduff trouve en Matteo Roma l’assurance et la véhémence d’un ténor (début du IV) quand le courage de l’héritier Malcolm (Francesco Congiu, de l’Académie verdienne) s’exprime avec une projection juvénile. La basse Adolfo Corrado incarne un Banco époustouflant par la richesse timbrique qui résonne puissamment et par l’humanité qui se dégage de son air belcantiste « Il mio core » (II) avant son assassinat. Pour incarner Lady Macbeth, la stature de la soprano Marily Santoro n’est pas de trop : aria d’entrée frémissante d’ambition, cabalette du II ravageuse, sa virtuosité n’éclipse pas une émouvante sensibilité lors de la scène du somnambulisme (en duo du cor anglais) qui fissure sa psyché égarée. Comment traduire les facettes éprouvantes du rôle de Macbeth dans cette version originale ? Familier de l’opéra italien sur les scènes européennes, le baryton Vito Priante, s’en saisit avec humanité. Riche d’une gamme d’expressions, il fait miroiter la ligne belcantiste avec homogénéité ou bien accuse les ruptures de ses hallucinations ou encore délivre sa folie vengeresse dans « La mia Ira ».

Une soirée qui marque puissamment les 25 ans du Festival, tout en s’inscrivant dans sa continuité, après le Macbeth version de Paris, programmé en 2020.

 

 

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CRITIQUE, opéra. BUSSETTO, Parma Verdi Festival, le 9 octobre 2025. VERDI, Macbeth. V. Priante, M. Santoro, M. Roma, A. Corrado… Manuel Renga / Francesco Lanzillotta. Crédit photoraphique (c) Roberto Ricci

 

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