mercredi 23 septembre 2026

CRITIQUE, concert. PARIS, Opéra Bastille (Amphithéâtre), le 18 SEPTEMBRE 2025. CONCERT DES 10 ANS DE L’ACADEMIE DE l’OPERA NATIONAL DE PARIS. A. Oniani, I. Anthony, L-F. Sousa, C. Frank, M. Goodheart … Orchestre des résidents de l’Académie, A. Dutaillis (direction)

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On annonçait un arc triomphal, une arche tendue entre les fondations de l’opéra (L’Orfeo de Monteverdi, matrice originelle) et l’intranquillité moderne de Britten (Owen Wingrave, huis clos d’ombres et de refus). On promettait la flamme de la jeunesse, la ferveur d’une Académie devenue laboratoire, utopie incarnée du « chant pour demain ». L’intention est grande, généreuse, presque démesurée. Mais la réalisation, hélas, s’avère plus contrastée — célébration inégale, souvent sincère, parfois hésitante, qui oscille entre vision et démonstration scolaire et sage.

Car le fil dramaturgique, censé relier les siècles et tresser une couronne à cette décennie d’existence, se délite. On passe d’une rive à l’autre — du madrigal embrasé de Monteverdi aux tensions glacées de Britten — sans ponts réels, sans souffle unificateur. La soirée ressemble à une mosaïque où chaque tesselle brille de son éclat propre, mais où le dessin global se brouille.

Les voix, elles, disent la vérité de l’Académie : diamant brut, éclats fulgurants, mais aussi angles encore rugueux. Certaines révélations s’imposent, rayonnantes dans la diction et l’ardeur expressive, d’autres se cherchent, oscillant entre justesse fragile et timbre encore voilé. L’atelier se dévoile avec ses forces et ses fragilités, et c’est touchant, mais guère digne d’un acte fondateur pour dix ans d’existence. Remarquons tout de même des solistes que nous avions déjà entendus la saison dernière tels Amandine Portelli, sublime en Lucretia; Isobel Anthony au timbre débordant de beautés, Clemens Frank inénarrable en Eisenstein et Matthew Goodheart fabuleux ténor à la voix et à la présence élégantes et sublimes. Nous avons aussi adoré Neima Fischer au timbre d’une fragile beauté dans Britten et la sompteuse Lorena Pires à la voix puissante et radieuse.

Et l’orchestre ? Présent, discipliné, mais sans l’incandescence qui eût transcendé la succession des numéros. Ici, il accompagne — poliment, efficacement — mais rarement il sculpte, jamais il ne creuse le verbe, jamais il ne porte les chanteurs vers cette dimension supérieure où la musique cesse d’être un exercice pour devenir révélation. Dans les scènes du très beau prologue des Fêtes d’Hébé de Rameau on a l’impression de revenir aux années 1950 tant le rendu est pénible et lourd. Antoine Dutaillis se distingue dans la direction notamment dans les extraits de Britten mais peine parfois dans la balance notamment dans les deux extraits de Street Scene de Kurt Weill couvrant parfois les voix.

Reste l’idée — noble, nécessaire — de célébrer une Académie qui, en une décennie, a formé et fait éclore des générations de talents. Mais une commémoration n’est pas un simple miroir tourné vers soi : on aurait attendu une audace plus tranchante, un programme passionnant et passionné, une surprise capable d’embraser l’imaginaire. Ici, le geste reste prudent, convenu pour rassurer un public acquis.

On sort pourtant avec une impression paradoxale : l’avenir est là, palpable, vibrant, mais prisonnier d’une soirée trop corsetée dans une tradition surannée. Est-ce cela la promesse de l’avenir? Il suffirait de presque rien, d’un souffle, d’un élan dramaturgique plus organique, pour que la promesse se transforme en destin. L’Académie fête ses dix ans ; puisse-t-elle, pour ses vingt ans, oser enfin la démesure qu’elle mérite et donner à ses solistes tout le spectre du répertoire et offrir aux âges une vision nouvelle de cet art vivant qui nous passionne.
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CRITIQUE, concert. PARIS, Opéra Bastille (Amphithéâtre), le 18 SEPTEMBRE 2025. CONCERT DES 10 ANS DE L’ACADEMIE DE l’OPERA NATIONAL DE PARIS. A. Oniani, I. Anthony, L-F. Sousa, C. Frank, M. Goodheart … Orchestre des résidents de l’Académie, A. Dutaillis (direction). Crédit photographique (c) Vincent Lappartient – Studio J’adore ce que vous faites !
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