mardi 22 septembre 2026

CRITIQUE, festival. BUCAREST, 27ème FESTIVAL ENESCU (Athénée Roumain), le 3 septembre 2025. BEETHOVEN / BERLIOZ. Isabelle Faust (violon), Les Siècles, Ustina Ubitsky (direction)

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Emmanuel Andrieu
Emmanuel Andrieu
Après des études d’histoire de l’art et d’archéologie à l’université de Montpellier, Emmanuel Andrieu a notamment dirigé la boutique Harmonia Mundi dans cette même ville. Aujourd’hui, il collabore avec différents sites internet consacrés à la musique classique, la danse et l’opéra - mais essentiellement avec ClassiqueNews.com dont il est le rédacteur en chef.
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Après avoir ébloui le public la veille, l’Orchestre Les Siècles était de retour sur la scène de l’Athénée Roumain pour un deuxième rendez-vous dans le cadre de la 27ème édition du Festival Enescu. Cette fois, la baguette était confiée à la jeune et talentueuse cheffe bavaroise Ustina Ubitsky, ancienne assistante de François-Xavier Roth à Cologne, qui a dirigé un programme contrasté et exaltant avec une autorité et une sensibilité rares.

 

La particularité des Siècles – jouer sur instruments d’époque – a offert une double expérience auditive. Pour le Concerto pour violon en ré majeur, op. 61 de Ludwig van Beethoven, l’orchestre a adopté des instruments classiques, tandis que pour la Symphonie fantastique, op. 14 d’Hector Berlioz, ce sont des instruments français du début du XIXe siècle qui ont pris vie, créant une palette de couleurs unique pour chaque univers.

Dès les premiers accords de l’orchestre dans le chef d’oeuvre de Beethoven, la texture claire, les bois délicats et les cordes dépourvues de vibrato ont installé une tension dramatique typiquement beethovénienne, mais avec une transparence et une intimité saisissantes. Puis entra Isabelle Faust avec son Stradivarius « Belle au bois dormant » de 1704 – qui a immédiatement chanté avec une pureté de son et une justesse absolue. Son interprétation fut un modèle d’équilibre et d’intelligence musicale. Elle a navigué entre une virtuosité éclatante, notamment dans les cadences et les passages de bravoure, et une introspection poétique remarquable. Le dialogue avec les pupitres de l’orchestre, particulièrement avec les bois, était d’une complicité évidente, comme une conversation entre amis. Ustina Ubitsky s’est montrée une partenaire idéale, soutenant la soliste avec une écoute constante, veillant à une balance parfaite et maintenant une énergie rythmique qui a insufflé une vitalité juvénile à la partition. Le public, conquis, l’a longuement acclamée. En bis, Isabelle Faust a offert un moment de grâce absolue en interprétant l’extrait d’une tendre et délicate Partita de Bach.

Après l’entracte, place à la démesure berliozienne. Le changement d’instruments était immédiatement perceptible : les cuivres aux sonorités plus rugueuses et éclatantes, les timbales aux peaux de peau, les bois au caractère plus individuel ont plongé la salle dans le siècle romantique. Ustina Ubitsky a révélé toute l’étendue de son talent dans cette œuvre-fleuve. Dirigeant sans partition, elle a sculpté la Symphonie Fantastique avec une vision à la fois architecturale et frénétique. Les « Rêveries – Passions » ont jailli avec un lyrisme intense, suivies par un « Un Bal » d’une élégance virevoltante, où les harpes et les pizzicati des cordes ont créé une atmosphère envoûtante. Coup de génie scénique et sonore dans ce deuxième mouvement : pour amplifier l’effet onirique et spatial, les quatre harpistes avaient été installées sur le rebord de la scène, dans le dos de la cheffe. Leur jeu, visuellement et acoustiquement mis en avant, a produit un effet saisissant, comme une invitation à entrer dans la valse du songe. Dans la même logique, le cornet à pistons solo (remplaçant le cor anglais pour cette version) s’est levé pour jouer son dialogue avec les quatre harpes, projetant un son d’une présence et d’une mélancolie envoûtantes. La « Marche au supplice » a ensuite déferlé avec une violence rythmique implacable, avant que le « Songe d’une nuit de sabbat » ne plonge l’auditeur dans un chaos diabolique magistralement contrôlé. Les cloches graves, les grotesques des Vents et la furie générale de l’orchestre ont été conduits par Ubitsky avec une précision et une énergie foudroyantes, sans jamais sacrifier la clarté des différentes voix.

Une soirée magique qui a une fois de plus démontré la vitalité et l’excellence de l’Orchestre Les Siècles, et qui a révélé au public du Festival Enescu une cheffe, Ustina Ubitsky, dont on est maintenant impatient de suivre la brillante carrière !…

 

 

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CRITIQUE, festival. BUCAREST, 27ème FESTIVAL ENESCU (Athénée Roumain), le 3 septembre 2025. Isabelle Faust (violon), Les Siècles, Ustina Ubitsky (direction). Crédit photographique (c) Emmanuel Andrieu et Catalina Filip

 

 

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