lundi 21 septembre 2026

ENTRETIEN avec Pascal BERTIN, directeur artistique du Festival Baroque de Pontoise, à propos de l’édition 2025 : Les Philanthropes / les 40 ans…

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ENTRETIEN avec Pascal Bertin, directeur artistique du Festival Baroque de Pontoise, à propos de l’édition 2025 : Les Philanthropes / les 40 ans…Avalanche d’anniversaires et de célébrations pour marquer l’édition des 40 ans du Festival Baroque de Pontoise : 300 de la mort d’Alessandro Scarlatti, 400 ans de la naissance de Christine de Suède, 50 ans de la disparition de la Comtesse de Chambure… voilà une constellation prometteuse, annonciatrice de programmes et de concerts festifs. A la rentrée 2025, à partir des 12, 27, 28 septembre prochains – premiers concerts inauguraux, le Festival Baroque de Pontoise affiche une santé rayonnante qui diffuse un Baroque pluriel, actif, généreux, communicatif, sachant s’adresser à tous les publics partout sur le territoire pontoisien, semant l’esprit du partage et de la curiosité, repoussant opportunément les frontières pour une culture vivante, fédératrice au cœur de la société, en cœur urbain comme en campagne. Pascal Bertin, directeur artistique souligne la singularité de cette nouvelle édition et présente quelques temps forts…

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Photo : portrait de Pascal Bertin DR

 

 

 

CLASSIQUENEWS : Pour les 40 ans du Festival, quelle en est la ligne artistique fédératrice ?

PASCAL BERTIN : Nous avons conçu la programmation à partir des nombreux anniversaires qui célèbrent en 2025 et 2026 les compositeurs, les personnalités ayant compté dans l’Histoire musicale. Ainsi les 300 ans de la mort de Alessandro Scarlatti ou les 400 ans de Christine de Suède qui, née en 1626, demeure l’archétype des mécènes et nous permet de rendre un hommage important aux philanthropes sans lesquels nombre de projets artistiques ne pourraient pas voir le jour. C’est aussi les 50 ans de la disparition de la Comtesse Geneviève de Chambure (disparue en 1975) comme le centenaire de la création de la Société des Musiques d’Autrefois qu’elle avait fondée en 1925.

 

CLASSIQUENEWS : A l’heure des tensions budgétaires, quelle est votre situation financière et l’évolution des subventions qui vous sont allouées ?

PASCAL BERTIN : Dans le contexte actuel, l’heure est aux interrogations, à la très faible visibilité sur l’avenir. En comparaison avec d’autres festivals, nous sommes plutôt privilégiés. L’ensemble des collectivités territoriales nous soutient ; qu’il s’agisse de la Ville de Pontoise, de la Communauté d’agglomération de Cergy Pontoise, du Département de l’Oise, de la région IDF, de l’État à travers la Drac… Deux soutiens ont légèrement (mais raisonnablement) réduit leur aide. Évidemment chaque baisse de subvention oblige à raboter dans l’artistique ; les frais fixes eux, demeurent en l’état, quand ils n’augmentent pas à cause de l’inflation… il faut donc soit réduire le nombre de concerts, soit favoriser les plateaux allégés. Pour cette nouvelle édition, nous avons perdu 2 à 3 concerts. En réalité, nous portons une attention de plus en plus aiguë aux formes proposées, et à l’incidence sur le coût de production.

C’est dans ce contexte tendu que nous recueillons en particulier le bénéfice des nombreuses coopérations et partenariats développés depuis plusieurs années : ainsi nos co réalisations avec la Scène Nationale de Cergy-Pontoise, les villes et les Théâtre de la communauté d’agglomération, les églises, les villes d’Herblay, de Poissy, l’Abbaye de Royaumont. Ces coopérations permettent d’augmenter le nombre de propositions artistiques sur tout le territoire.

Une piste alternative demeure le mécénat, même si cela devient très difficile d’acquérir de nouveaux soutiens privés. Depuis 1 an et demi, nous explorons cette piste très sérieusement (avec la création de notre club des mécènes en 2024). Le Préfet du Val d’Oise nous apporte un soutien important en mettant à disposition l’Hôtel le Vasseur de Verville qui est sa résidence ; c’est un hôtel particulier qui offre un cadre idéal pour certaines rencontres d’après concerts, pour y accueillir les entreprises locales qui sont nos partenaires. Tout cela a permis de développer un réseau qui s’étend sur tout le territoire, des quartiers des politiques de la ville, plutôt urbains, aux campagnes du Vexin français.

 

CLASSIQUENEWS : Que dîtes-vous aux décisionnaires qui réduisent ou suppriment leurs subventions aux acteurs culturels ?

PASCAL BERTIN : Je leur rappelle combien chaque festival, chaque événement culturel est essentiel pour la cohésion sociale, en particulier quand un festival fait un vrai travail de territoire. Ce d’autant plus dans la période que nous vivons, où les populismes se développent partout, où l’on privilégie la pensée à court terme, où l’éducation n’est plus prioritaire… Notre monde est devenu orwellien ; les esprits sont malléables et facilement manipulés. On tend à faire croire aux gens, en particulier aux classes moyennes ou populaires que leurs problèmes viennent des plus pauvres qu’eux. On les encourage à se méfier de l’autre. A l’inverse, l’art favorise la rencontre ; il encourage la réflexion, l’ouverture et la curiosité, la mixité et les échanges.
C’est tout l’enjeu des nombreuses actions que nous développons pendant le Festival et tout au long de l’année à l’échelle du territoire. Nous impliquons les enfants de quartiers difficiles : les gamins viennent chanter du Lully, jouer du Molière ; nous les faisons participer au concert, comme dans le cas de Carmen, l’opéra de Bizet revisité par Jeanne Desoubeaux (les 12 puis 28 septembre), dans lequel les enfants ont été préparés pour chanter deux choeurs écrits par Bizet : le chœur de la Garde montante puis celui du Toréador.
Pour les enfants, ce sont autant d’expériences incroyables qu’ils n’oublieront pas. La participation au spectacle, les répétitions, l’expérience de la scène leur apportent une ouverture d’esprit, une curiosité qui les mèneront peut-être plus tard dans leur vie à accepter la rencontre, le partage, à s’ouvrir aux autres.
De la même façon, nous menons des actions dans les EPAHD, et aussi dans les campagnes où l’offre culturelle est moins présente. Tout cela renforce le lien social. Nous sommes aux antipodes de la culture gadget, conçue uniquement comme un divertissement commercial.

 

CLASSIQUENEWS : Quels seraient les programmes à ne pas manquer, et pourquoi ?

PASCAL BERTIN : D’abord je souhaite mettre en avant notre CONCERT DE GALA, en ouverture du Festival, le 27 septembre 2025. C’est évidemment un programme hors normes, d’abord construit pour fêter nos 40 ans et aussi célébrer les 300 ans de la première édition des Quatre Saisons de Vivaldi. J’estime que l’éditeur de Vivaldi (Michel-Charles Le Cène à Amsterdam en 1725) avait autant de mérite que le commanditaire de Vivaldi, le comte Wenzel von Morzin, à soutenir et ainsi graver cette partition extraordinaire ; exactement comme l’éditeur ECM lorsqu’il accepte il y a 50 ans de suivre Keith Jarrett dans la réalisation de son concert de Cologne (1h d’impro sur 5 notes), qui est aussi le cd de solo de piano de jazz le plus vendu au monde. Voilà des exemples de philanthropie exemplaires bien qu’ayant une dimension commerciale. Les Quatre Saisons seront jouées par Le Caravensérail et son directeur musical, Bertrand Cuiller qui sont aussi le nouvel ensemble en résidence.
Pour chaque saison de Vivaldi, nous intégrons d’autres pièces d’esthétiques différentes mais en relation avec la saison concernée :  ainsi pour le Printemps, nous avons choisi le duo des fleurs de Lakmé de Delibes ; pour l’été, Villanelle des Nuits d’été de Berlioz, et « O sole mio » dans un registre plus populaire, ou encore Summertime de Gerswhin, ou September song de Kurt Weill pour l’automne… L’idée est d’inviter les artistes qui ont tissé un lien avec le Festival Baroque de Pontoise, certains sont devenus de grands solistes… Songez que Philippe Jaroussky par exemple a débuté au Festival, alors qu’il n’avait pas 18 ans… Seront présents aussi Ophélie Gaillard, Lambert Wilson, Emmanuelle Haïm…

Il y a aussi CARMEN de BIZET dans la version proposé par la metteuse en scène Jeanne Desoubeaux, les 12 sept dans une version spectacle de rue à Saint-Ouen l’Aumône puis le  28 sept 2025 (jardins er Réfectoire des Moines – Abbaye de Royaumont) – l’approche croise l’intrigue et le texte originel avec nos faits de société, cela avec d’autant plus d’acuité que l’opéra de Bizet met en scène un féminicide. Presque chaque réplique de l’époque de Bizet pose problème. Cette production a déjà deux ans ; elle m’a convaincu par sa très grande qualité musicale, portée entre autres par des solistes indiscutables comme Anaïs Bertrand, Agathe Peyrat ou Jean-Christophe Lanièce… Son format aussi est innovant : il est composé de 3 plateaux différents avec une déambulation entre chaque tableau. Le spectacle conduit ainsi les spectateurs dans deux extérieurs puis un intérieur ; il amène à modifier en cours de représentation, notre propre point de vue. Les artistes s’adressent au public, suscitent plusieurs interactions avec lui. Tout cela renouvelle l’expérience du spectacle et bouscule les codes habituels d’une représentation.

LE VOYAGE D’ANNE DE LA BARRE, le 3 octobre 2025 (Cathédrale Saint-Maclou, Pontoise) associe la chanteuse Lucile Richardot et l’ensemble Faenza pour célébrer la figure d’Anne de la Barre, l’une des plus grandes chanteuses du XVIIè, admirée par Christine de Suède. Ce programme est porté par la personnalité de Lucile Richardot, artiste familière du Festival, bien avant sa Victoire de la musique 2025. Pour Lucile, la musique est une passion ; elle ne s’impose aucune limite ; on peut la voir sur les plus grandes scènes d’opéra un jour et au sein d’un ensemble de polyphonie, le lendemain ; elle demeure inspirée par une ouverture et une générosité admirables.

TYGER TYGER, le 18 octobre 2025 (Dôme, place de l’Hôtel de Ville de Pontoise). J’ai remarqué ce duo détonant sur facebook… Il est constitué de deux personnalités, fortes et très complémentaires : François Puyalto, bassiste, auteur, chanteur et accompagnateur des grands noms de la variété française (Sanseverino, Emily Loizeau,.…) et de la soprano Laure Slabiak (connue aussi sous le nom de BlauBird), chanteuse classique qui est connue pour avoir chanté dans de nombreux ensembles de musique classique. Les deux musiciens partagent la passion de la musique baroque ; ils abordent des chansons, des airs de cour, d’opéras des XVIIe et XVIIIe siècle, les retranscrivent, les ré-arrangent comme s’il s’agissait d’authentiques folk-songs, pour une basse et deux voix (François Puyalto chante également). Leur spectacle « Tyger Tyger » renouvelle le genre baroque ; il est d’autant plus convaincant que les deux artistes restent très respectueux des formes originales.

 

Propos recueillis en août 2025

 

 

présentation

LIRE aussi notre présentation du Festival Baroque de Pontoise, acte I ( 27 sept – 6 déc 2025) : https://www.classiquenews.com/festival-baroque-de-pontoise-2025-les-40-ans-27-sept-6-dec-2025-acte-i-les-philanthropes-le-caravenserail-bertrand-cuiller-carmen-par-jeanne-desoubeaux-faenza-lucille-richardot/

En itinérance dans le VAL D’OISE, le Festival Baroque de Pontoise pour ses 40 ans, célèbre Les philanthropes. Sa nouvelle saison 2O25-2O26 prend prétexte des nombreux anniversaires pour construire une programmation foisonnante, construite aussi autour de l’éloge du mécénat, de tous ceux qui ont favorisé les artistes et le spectacle musical ; le festival fête le 4OOe anniversaire de celle qui invita à Stockholm le grand Descartes afin qu’il lui enseigne la philosophie et les mathématiques, ainsi que des musiciens français qui l’initient à la danse. À Rome, elle demeure la figure emblématique du patronat artistique : Christine de Suède…

 

 

TOUTES les infos, le détail des programmes, les artistes invités, les lieux et les dates, la billetterie en ligne, directement sur le site du Festival Baroque de Pontoise 2025 / Les Philanthropes : https://www.festivalbaroque-pontoise.fr/

 

 

TEASER VIDÉO
Festival Baroque de Pontoise 2025 – Les 40 ans / Les Philanthropes

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