mercredi 16 septembre 2026

Paris. Opéra Comique, le 9 mars 2012. Henry Purcell (1659-1795). Les Mystères de Didon. Concert – Conférence. Les Arts Florissants. William Christie, direction

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Opéra Comique, compte rendu
Par notre envoyée spéciale, Monique Parmentier


Les Mystères de Didon

L’émotion de la genèse d’une œuvre et d’une production

Alors que viennent de s’achever à l’Opéra Comique la veille au soir, les représentations de la reprise de la production de Didon et Enée de 2008 des Arts Florissants, un dernier événement dans le cadre du mini-festival organisé autour de cette œuvre majeure de l’Orfeo Anglais, a attiré un public très nombreux vers la salle Favart.

Un concert – conférence passionnant intitulé Les Mystères de Didon nous a été offert par William Christie, les Arts Florissants et un certain nombre d’interprètes de la production – et du Jardin des voix pour deux des artistes principales n’ayant pu être disponibles pour cet événement.

Avec beaucoup d’humour, le chef américain s’est attaché à nous dévoiler certains de ces mystères de Didon, titre qu’il nous dit ne pas être celui qu’il avait choisi, mais qu’il sait faire sien avec beaucoup d’esprit d’à– propos.

Ce ne sont pas les personnages de la tragédie dont il a été ici question. Et les mystères sont plutôt ceux d’une partie de sa musique disparue (toute la fin de l’Acte II en particulier), ainsi que les zones d’ombres de la genèse de l’œuvre et de la vie d’Henry Purcell. La date et le lieu de la création de Didon et Enée font aujourd’hui partie des grands débats entre musicologues.

Toutes les certitudes acquises depuis plus d’un siècle ont été remises en question récemment. Jusqu’à présent historiens et musiciens disposaient de deux sources tardives pour appréhender la naissance de cette étoile filante qu’est Didon et Enée : une copie de 1775, dite « de Tenbury » – qui se trouve dans une bibliothèque à Oxford- et le livret d’une représentation donnée dans une école de jeunes filles à Chelsea en 1689. Tous semblaient persuadés au vu de ces deux sources que le commanditaire de cet opéra était un certain Josias Priest, maître de ballet et directeur de cette école. Toutes les recherches actuelles et les recoupements permettent aujourd’hui d’affirmer qu’il n’en fut que le repreneur et que cet opéra fut plutôt créé dans un contexte royal au début et non à la fin des années 1680.

William Christie s’est aussi attaché à nous présenter le point de vue des musiciens d’aujourd’hui et leur travail pour redonner vie à une partition qui laisse une grande liberté à ses interprètes. Ainsi aucune indication sur les instruments n’y figure, pas plus que sur les ornements que peuvent ou doivent utiliser les chanteurs.

Pour illustrer son propos, William Christie et ses solistes d’un soir, ont repris plusieurs airs, ainsi que des récitatifs et des choeurs des trois actes de Didon et Enée. Nicolay Borchey, le baryton russe qui la veille au soir nous avait paru emprunté et presque fade, nous a semblé nettement plus à l’aise. Capable de plus de nuances et d’émotion dans le récitatif et le duo final avec Didon. Et l’on retiendra également la prestation d’Elodie Fonnard, superbe et sensible Belinda d’une grande agilité vocale dans les vocalises du rôle. Un nom à retenir que celui de cette soprano française.

La jeune soprano Mariano Rewerski a chanté le rôle titre avec une grande finesse, mais il nous est apparu en l’entendant que le choix d’une mezzo pour tenir le rôle était plus évident. La Didon de ce soir quelles que que soient ses qualités vocales, était peut-être trop jeune pour être la Didon de nos rêves, plus Juliette que femme mûre sûre de ses choix. Ce personnage requiert une maturité, propre à la violence même de la mélancolie qui la tue.
Enfin, et c’est toujours avec le même plaisir que nous avons retrouvé l’enchanteresse exubérante d’Hilary Summers et ses deux compagnes sorcières aussi pestes que drôles qui l’accompagnent avec tant de talent, Ana Quintans et Céline Ricci.

William Christie a su tout au long de la soirée nous dire son amour de la voix, de son orchestre dont il aime à nous décrire la palette, et aussi et surtout du public et plus que tout de la musique. Plus de trente ans après la création de son ensemble, autour d’une œuvre majeure du répertoire, il partage encore avec une émotion intacte ce qui a guidé ses choix tout au long de sa carrière. Une véritable ovation a salué ce grand monsieur de la musique baroque et les artistes qui l’accompagnaient.

Paris. Opéra Comique, le 9 mars 2012. Henry Purcell (1659-1795). Les Mystères de Didon. Concert – Conférence. Dido : Mariana Rewerski ; Aenas : Nikolay Borchev ; Elodie Fonnard: Belinda ; Sorceress : Hilary Summers ; First Witch : Céline Ricci ; Second Witch : Ana Quintans ; . Choeur et Orchestre des Arts Florissants. William Christie, clavecin et direction. Article mis en ligne par Adrien De Vries. Rédigé par notre envoyée spéciale, Monique Parmentier.

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