mardi 22 septembre 2026

CRITIQUE, festival. MONTPELLIER, 40e Festival Radio-France Occitanie Montpellier (Opéra Berlioz), le 15 juillet 2025. STRIGGIO, BENEVOLO, CORTECCIA, PALESTRINA. Le Concert Spirituel, Hervé Niquet (direction)

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A Montpellier, le lendemain d’un 14 juillet républicain, avec concert sur le parvis de la Mairie, tous à la messe à l’Opéra Berlioz ! La spectaculaire Messe à 40 voix d’Alessandro Striggio (1558) résonne en stéréophonie grâce à la reconstitution opérée par le Concert Spirituel et son chef, Hervé Niquet.

 

S’imaginer être dans la cathédrale Santa Maria del Fiore de Florence sous les Médicis. Écouter la  Messe à 40 voix d’Alessandro Striggio, rejouée au début du XVIIe siècle lors d’un office dédié à Saint-Jean. Nous y sommes, nous auditeurs du Festival, fascinés par les sonorités enveloppantes du cercle choral sur le plateau de l’Opéra Berlioz ! Cette reconstitution bâtie par Hervé Niquet magnifie la polyphonie renaissante et baroque. Les musiques baroques de la procession et du rituel catholiques sont en effet intégrées aux cinq pièces (dites « de l’ordinaire » ) de ladite messe de Striggio – Kyrie, Gloria, Credo, Sanctus, Agnus Dei. Conservé à la Bibliothèque nationale de France, l’unique manuscrit de l’œuvre fut découvert par Dominique Visse et confié à Hervé Niquet. 

Sous les lumières rougeoyantes, l’entrée des musiciens et choristes s’effectue en plain-chant (Beata viscera Marie virginis) sur le bourdon de la teneur aux sacqueboutes, depuis le fond du plateau. Une fois placé sur la scène, le dispositif des cinq chœurs  (totalisant 40 voix) forment un large cercle, tous répartis autour du noyau dur constitué par le chef (Hervé Niquet) et l’instrumentarium des vents (doulcianes, orgue, régale) et des basses d’archet. En corolle du cercle, les trois sacqueboutes et le cornet à bouquin, surélevés sur un praticable,  interviendront en interludes instrumentaux. Ce rituel, aujourd’hui désacralisé, impose son rythme et son élévation au fil des pièces. 

L’alternance de pièces baroques – signées d’Orazio Benevolo, Francesco Corteccia – et du Pater noster de Palestrina, recherche la fusion plutôt que l’opposition avec les pièces de ladite messe. Car le contrepoint (Kyrie) et la plénitude harmonique (Sanctus) sont les vecteurs communs de l’écriture. L’auditeur apprécie le jeu des masses entre les chœurs distincts, chacun véhiculant plusieurs registres de voix. La spatialisation musicale culmine dans le Gran concertato qui mêle instruments et voix, parfois en coro spezzato (2 chœurs en antiphonie) comme à Venise. A cet égard, le puissant Gloria admet même les vocalises des ténors, échappées du chœur, alors que l’Agnus Dei revient sobrement au plain-chant. Les épisodes strictement instrumentaux aèrent le déroulé par des rythmes plus variés, parfois même de danse. Les excellents sacqueboutiers et le cornet à bouquin dialoguent alors avec les doulcianes au timbre nasal (anches doubles, ancêtres du basson). La palette renaissante est riche en couleurs non homogénéisées !

Pour les oreilles de notre temps, le statisme de l’harmonie crée toutefois une certaine lassitude au fil de l’écoute, d’autant que le cadre rythmique (mesures binaires et dactyle en vedette) est monolithique si on le compare aux Canzon de Giovanni Gabrieli à la fin du XVIe siècle. Il est évident que la diffusion de la Messe de Striggio doit être plus exaltante dans la basilique Saint-Jean de Latran (Rome) où le Concert Spirituel se produisait en juin. Et tout autant sous les voûtes de la cathédrale Saint-Pierre, au festival de Saintes, ce 18 juillet (où notre confrère Emmanuel Andrieu sera présent pour un second point de vue) !

 

 

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CRITIQUE, festival. MONTPELLIER, 40e Festival Radio-France Occitanie Montpellier (Opéra Berlioz), le 15 juillet 2025. STRIGGIO, BENEVOLO, CORTECCIA, PALESTRINA. Le Concert Spirituel, Hervé Niquet (direction). Crédit photo (c) Droits réservés

 

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