A seulement 24 ans, le chef finlandais Tarmo Peltokoski vient de prendre ses fonctions de directeur musical de l’Orchestre National du Capitole de Toulouse et se produit pour la première fois au Festival Radio France Occitanie Montpellier, à la tête de sa formidable phalange. Et c’est rien moins que la monumentale et sublime Deuxième Symphonie (dite « Résurrection ») de Gustav Mahler (qu’il a dirigée sans partition !) que le jeune chef a interprété dans la seconde plus grande ville de la Région Occitanie, ce véritable Everest symphonique (également notre symphonie préférée !).
La soirée débute cependant par une exécution de l’ouverture de Tristan und Isolde de Richard Wagner, dont les trois derniers accords sont aussitôt suivis, sans temps de pause ou respiration aucune (pour mieux en accentuer la filiation ?…), par le fameux Totenfeier et sa déflagration d’un pupitre de violoncelles incisif et vigoureux : c’est bien une vision spectaculaire et sombre de cette œuvre que s’attachera à dessiner la baguette du fringant et passionné jeune chef (qui vient également d’être nommé à la tête de l’Orchestre Philharmonique de Hong-Kong qu’il dirigera à partir de septembre 2026). On se délecte aussi, dans l’Allegro Maestoso, des admirables pizzicati qui absorbent l’écoute. Dans l’Andante moderato, c’est la finesse des cordes, toutes en volupté, qui capte aussitôt l’attention. Tarmo Peltokoski fait ensuite ressortir dans le Scherzo tout le grinçant contenu dans ce mouvement, et dont se souviendra plus tard Chostakovitch… Mais il se distingue avant tout par une aisance incroyable, entre puissance et souplesse, le corps entièrement donné à la musique (qu’il torsionne en avant ou en arrière, se désarticulant presque quand il s’agit de déclencher un fortissimo !), doublée d’une battue virtuose, et surtout un charisme naturel qui fait que nul ne peut détacher ses yeux du podium, pas plus les musiciens que le public.
Dans l’Urlicht, nous découvrons la superbe contralto allemande l’héraultaise Marianne Crebassa qui apporte à cette partie une humanité confondante, tranchant radicalement avec les trois premiers mouvements. Elle délivre un chant très pudique d’une voix intense et blessée. Le chef s’engage alors dans un final étiré et néanmoins terrifiant. La lente montée vers le Wild herausfahrendest, impeccablement traitée, fait courir le frisson derrière l’échine, avant que la soprano étasunienne Rachel Willis-Sorensen ne prenne le relais dans le long finale où le magnifique chœur basque Orfeon Donostiarra ne murmurent (comme il se doit…) le Mit flügeln. Ils délivrent ensuite “con tutta la forza” un Bereite dich zu leben (“Prépare-toi à vivre” !) vibrant d’émotion – qui emporte tout sur son passage, et notamment l’adhésion enthousiaste du public qui se rend bien compte qu’il vient de vivre un moment historique, et applaudit – debout et à tout rompre – pendant de longues minutes !…
________________________________________
CRITIQUE, festival. MONTPELLIER, 40e Festival Radio-France Occitanie Montpellier (Opéra Berlioz), le 10 juillet 2025 MAHLER : 2ème Symphonie dite « Résurrection ». Orchestre National du Capitole de Toulouse / Tarmo Peltokoski (direction). Crédit photo (c) Romai Alcaraz





